Le 7e arrondissement de Paris est plus politique que culturel. On ne compte pas les ministères, ambassades et autres grandes écoles. Mais côté culture, ce n’est pas vraiment ça, avec un seul cinéma : la Pagode, en travaux depuis la diffusion des premiers courts-métrages des frères Lumière… Et, pour l’anecdote, cet arrondissement des beaux quartiers a pour maire… la très médiatique Rachida Dati. Pas « une » Lumière à ma connaissance. No comment. Mais, soyons francs, on s’en fout. Car, ici, seule l’assiette nous intéresse et il se trouve que dans la rue Pierre-Leroux, coincée entre la rue de Sèvres et la rue Oudinot, se cache une petite adresse comme on les aime. Avec des vrais gens ! Même qu’ils vous reconnaissent alors que vous n’êtes venus qu’une fois. Magique à Paris. Du coup, on discute, on échange, on parle popote avec Gérald, qui règne sur les fourneaux, et on goûte des canons avec Marylène qui assure à la perfection accueil, service et choix des vins. Et ne jouez pas les fiers-à-bras avec elle : Marylène en connaît un rayon côté cave et vous surprendra avec un vin nature en provenance directe du Lubéron, de l’Ardèche ou, comme aujourd’hui, un pichet de rouge de côtes-du-rhône (AOC Vinsobres) à se damner. A chaque fois, on se fait surprendre par la justesse du choix de la patronne. Car ici, on se laisse guider. Rouge ou blanc, votre choix s’arrêtera là. Et évitez le kir pour ne pas froisser…
Dans l’assiette, la formule à 15 euros le midi remporte tous les suffrages avec deux entrées et deux plats au choix. La terrine de campagne ne s’embarrasse pas de superflu, le filet de rascasse et ses pâtes ont la générosité requise. Impossible de faire l’impasse sur le gâteau au chocolat (une tuerie), servi sans chichis, nature, posé sur son assiette blanche. Solitaire mais vaillant. A la carte, la cuisine bistrot propose ce qu’elle a de mieux : planche de chorizo ibérique et saucisson de l’Ardèche (7 euros), entrecôte poêlée sauce aux baies de genièvre (19 euros), rognon de veau sauce moutarde à l’ancienne (18 euros), pot de crème chocolat (5 euros).
L’adresse est modeste, le cadre tout en décalé (appliques modernes, murs en fausse brique, tables en bois sans charme) mais l’atmosphère et la cuisine sont à l’unisson : délicieuses. Alors on se laisse aller à y retourner régulièrement, comme une cantine où l’on est fier d’avoir son rond de serviette. Le Vin de Soif réussit là où tant d’autres tables échouent lamentablement : mêler la simplicité, la générosité, la qualité et le sourire. Marylène, fais-nous encore découvrir un petit vin sorti de je ne sais où !
Le Vin de Soif – 24 rue Pierre-Leroux – 7e arr. – 01.43.06.79.85 – www.levindesoif.com - Métro Vaneau – Fermé le samedi midi et le dimanche – Cuisine de bistrot
Photos – Marc Neeloff