Le Villaret (11e arr.) – Bistrothentique

Le Villaret (11e arr.) – Bistrothentique

Pour sûr, il ne fallait pas y aller pour l’ambiance.  Vendredi 26 février, service du midi, en pleines vacances scolaires : 6 malheureux couverts un peu perdus dans la salle aux allures d’auberge de campagne un peu vieillotte avec ces chaises d’un autre temps et des appliques piquées dans l’appartement de grand-maman. Lors du partage de l’héritage, le chef aurait pu mieux choisir. Mais qu’importe, faites comme moi : allez-y avec une bonne copine qui vous racontera qu’après un parcours réussi de marketeuse dans une société spécialisée dans l’alimentation (bio) pour les culottes courtes, elle envisage de se reconvertir comme manageuse de groupes de musique hardo-punko-rocko et tous ses frères. Une fille comme ça, ça vous comble une salle vide. Tant qu’elle ne vide pas une salle comble avec ses musiciens en folie, personne ne s’en plaindra…

Pendant que ma rockeuse plongeait ses yeux bleus et ses couverts dans une salade tiède de bulots, pommes de terre et vinaigrette d’herbes bien troussée, j’engloutissais une envoûtante crème de rougets safranée avec menus morceaux de chorizo et de petits légumes. Sitôt les plats de résistance posés sur la table nappée de blanc,  joues de porc braisées au Xérès pour elle, cuisse de canard en petit salé, embeurrée de choux verts et moutarde violette pour moi, voilà que la miss m’annonce son premier projet de manageuse : un concert sous l’eau dans une usine désaffectée de sous-marins en Ukraine. Pourquoi faire simple quand on peut faire autrement ? Le défi, voilà tout. Heureusement, la cuisine du Villaret ne cherche ni la bravade, ni l’aventure : elle est bien accrochée au terroir et à la qualité du produit, avec un savoir-faire sans ostentation mais bien maîtrisé. Bref, du néobistrot comme on les aime. Seule déception : les desserts, un net cran en dessous, à cause d’un baba au rhum rabougri et caoutchouteux, et des madeleines accompagnant deux petits pots (à la vanille et à la chicorée) ayant déjà quelques heures de vol. A noter également le prix élevé des cafés (4 euros tout de même).

Cette fausse note finale ne doit pas faire oublier la gentillesse du service et la qualité de l’imposante carte des vins. Ce Villaret mérite qu’on s’y arrête : ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre une table comme celle-là, à la belle authenticité provinciale, tout juste cachée derrière la très (trop) parisienne, populeuse et nuitarde rue Oberkampf.

Le Villaret – 13 rue Ternaux – 11e arr. – 01.43.57.75.56 – M° Parmentier – Menu à déjeuner à 20 euros (2 plats) ou 25 euros (3 plats) ; le soir, entre 40 et 50 euros à la carte (pas de menu) – Fermé le samedi midi et le dimanche – Cuisine néobistrotière