Attention, si vous êtes un salarié, possesseur de tickets restaurant, vous ne devez pas ignorer l’évolution réglementaire, sauf à prendre le risque de devenir un délinquant. Et votre bonne foi n’y changera rien. Car dorénavant, vos fameux tickets ne pourront plus vous servir pour acheter les couches du petit dernier, les poissons panés carrés et le produit vaisselle dans votre grande surface préférée. Non, ce temps-là est fini, derrière nous, les restaurateurs ont gagné la partie. Après leur victoire sur la baisse de la TVA, ils veulent revoir vos tickets resto, plus précieux à leurs yeux qu’un billet de loto, dans leur caisse ! Et le marché est juteux : en 2009, les 4 entreprises du secteur que sont Accor, Sodexho, Natixis et Chèque-déjeuner ont émis plus de 600 millions de titre pour une valeur de près de 5 milliards d’euros. Sacré magot, ça valait bien un peu de lobbying.
Les tickets resto dans les restos
Un peu d’histoire et de contextualisation ne peuvent pas nuire : créés en 1967, les tickets restaurant permettent de prendre en charge, les jours ouvrés, une partie des frais de repas des salariés lors de leur pause-déjeuner. Il est donc normalement impossible de les utiliser les dimanches (et si on travaille le jour du Seigneur ?) et les jours fériés. Mieux, ils doivent être dépensés dans le département de votre lieu de travail ou dans les départements limitrophes. Enfin, un seul ticket est autorisé par transaction. Dès 1975, face à l’augmentation du coût de la vie, la règle connaît un premier assouplissement : possibilité d’utiliser jusqu’à deux tickets par jour, au restaurant ou chez des commerçants. Au fil des années, l’usage s’est étendu bien au-delà de la seule sphère alimentaire.
Bien évidemment, vous comme moi (surtout vous d’ailleurs), nous avons largement outrepassé ces quelques règles honteusement tatillonnes. A cause de vous, donc, la Commission nationale des titres restaurant (CNTR) et la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (CFD) ont signé une charte, applicable depuis le 1er mars 2010, visant à améliorer et à clarifier les procédures d’utilisation et d’acceptation desdits titres. Autrement dit : tout faire pour que ce qui appartient à César revienne à César : les tickets resto dans les restos, le moins possible ailleurs, notamment dans les grandes et moyennes surfaces (GMS) ! Ces dernières doivent désormais respecter les points suivants : ne plus accepter le précieux sésame pour autre chose que les préparations alimentaires immédiatement consommables (plats cuisinés frais, sous vide ou en conserve, sandwiches, salades préparées et salades de fruit) ; produire un ticket de caisse qui mentionne le montant du paiement par titre restaurant ; refuser plus de deux tickets restaurant par client ; ne pas rendre la monnaie si le paiement se fait exclusivement avec ces titres. Autant dire qu’il faut mieux s’offrir une mauvaise pizza au restaurant, c’est plus simple.
Le jour même de l’entrée en application de la charte, la Belgique a connu un tragique fait divers : deux individus cagoulés ont dérobé un butin d’environ 20 000 euros, uniquement composé de tickets-restaurant. En voilà deux qui sont à l’abri du besoin alimentaire : en faisant un rapide calcul, et en respectant la charte (soit un ticket par jour), ils peuvent s’offrir tous les deux, en amoureux, 5 longues années de sandwichs, petits plats réchauffés et salades préparées. Quand du panier (de la ménagère) au casier (judiciaire), il n’y a que deux tickets à tendre, on peut légitimement se dire que notre société (de consommation) va mal !





















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