« Pehigord », pays gore…

Imaginez, dans votre pire cauchemar, une entreprise taïwanaise exporter des boîtes de conserve avec, dessus, ce simple mot : « Pehigord ». C’est exactement ce que montrait un site chinois de commerce en ligne il y a encore quelques jours. Mais, il y a peu, la photo a disparu des écrans… Pas un crash, juste un mouvement de recul suite à la saisine du ministère (français) de l’agriculture, de l’INAO et de l’Institut national des appellations d’origine par une association de foie gras du Sud-Ouest. Vous l’aurez compris : la Chine se lance dans la réalisation de ce que la France a de plus précieux, ou presque, de ce qui constitue une part de sa grasse identité culinaire : le foie gras. Que la Chine s’en prenne à nos brevets de train à grande vitesse, à nos canapés urticants, à notre Ariane même, mais pas à notre gastronomie ! Je le dis tout net : dans 50 ans, je refuserais encore de manger mon foie gras  à la baguette.

Depuis de nombreuses années, des entreprises françaises (des félons) se sont installées en Chine pour produire du foie gras à destination du marché asiatique. D’après les chiffres actuels, la production reste fébrile avec un petit millier de tonnes par an. Le risque reposerait donc plutôt sur une importation massive de ces foies sur le marché européen, au mépris des règles d’indications géographiques protégées (IGP). Mais tel n’est pas l’avis des spécialistes de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui ont certes relevé quelques anomalies dans le passé mais qui estiment aujourd’hui que la situation s’est désormais assainie. Même son de cloche avec Marc Roose, directeur de l’association de défense des foies gras du Sud-Ouest (Palso) qui juge qu’«il n’y a pas de véritable menace contre le foie gras français ». 

Jusqu’à quand ? A lire le dernier Courrier International (n°1014 – Un monde chinois, comment Pékin s’impose sur les cinq continents), on a un peu de mal à le croire. Philippe Baron, président de la fédération nationale des producteurs de foie gras n’exclut pas que la production française soit un jour « effleurée par une concurrence étrangère mais nous ne sommes pas inquiets ». Méthode Coué ou pas, c’est au consommateur hexagonal d’être vigilant car c’est lui qui, en première ligne, pourra lutter contre le foie gras chinois : 89% de la production mondiale de foie gras est d’origine française. Et il en consomme à lui tout seul 84% ! « Péhigord », pays gore que cette satanée Chine copieuse, laquelle dispose pourtant de l’une des plus belles gastronomies qui soit.

© danimages – Fotolia.com

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