Ducasse forme (voir le billet amuse-gueules du 14 avril), la vie déforme, la cuisine réinsère. Après la responsabilité sociale des entreprises, après les restos du cœur, voilà le restaurant transformé en outil de politique publique. Grâce à qui ? W9, une chaîne du câble – qui se définit comme « généraliste à dominante musicale » – qui lance, à partir du 8 mai prochain, un docu-réalité gentiment intitulé « Présumé cuisinier : le restaurant de la 2e chance ». Tout un programme. Le but ? Ouvrir un restaurant avec 24 anciens détenus sans aucune expérience en cuisine. Le chef-maton-formateur se nomme Marc Thuet, Français installé à Toronto (Canada), où il possède plusieurs établissements dont l’Atelier Thuet. Aidé de sa femme Biana, il se donne 3 semaines pour former sa brigade, ouvrir un restaurant et, dès la fin du premier trimestre, réaliser un premier bénéfice. Bref, un docu-réalité qui fleure bon l’arnaque du siècle, face caméra s’il vous plaît. Un coup à retourner derrière les barreaux illico.
Les téléspect-acteurs, imbéciles finis
N’est-ce pas prendre un peu plus encore les téléspect-acteurs pour des imbéciles finis ? Qui peut croire qu’en trois semaines une seule et même personne puisse former 24 néophytes ? Inutile donc de lâcher 6000 euros par an pour intégrer l’école Grégoire-Ferrandi, 19500 euros pour décrocher le « grand diplôme » du Cordon bleu ou 9800 euros pour faire ses premiers pas à l’Institut Paul-Bocuse. Téléphoner à Magic Thuet et prenez votre billet pour Toronto, c’est tellement plus simple !
Avec la multiplication des émissions de télé-réalité autour de la cuisine, tout devient possible. Demain, j’en suis certain, à force de montages et bidouillages divers, ma grand-mère pourrait assurer un service de 80 couverts devant les caméras de M6 ou TF1. Alors oui, me direz-vous, les cours de cuisine (bien facturés…) ne se sont jamais aussi bien portés grâce à « Top Chef » et consorts et que, assurément, les Français retournent en cuisine pour mieux faire ripailles et donner du plaisir à qui veut bien s’asseoir à leur table. Mais, ô terrible vérité, ce n’est pas aussi simple. D’une part, les études montrent qu’au bout de quelques semaines la dure réalité revient comme un boomerang : par manque de temps et/ou à cause d’une cuisine mal équipée, notre ménagère, érigée en vedette cathodique, délaisse de nouveau ses casseroles et refait de l’œil au four micro-ondes qui se languissait dans son coin. D’autre part, ce n’est pas en apprenant à faire une blanquette de veau en 3 heures pour 4 personnes que l’on saura, demain, assurer un service pour 50 couverts, midi et soir. On peut devenir acteur ou animateur face caméra. Certainement pas cuisinier !
Alors, oui, il faudra jeter un œil discret à cette émission « Présumé cuisinier, le restaurant de la 2e chance » pour mieux la critiquer et en découvrir toutes les limites. Et tous les mensonges. Du violon au piano, la télévision instrumentalise tout ce qu’elle touche : sa cuisine y est de plus en plus indigeste.
Docu-réalité « Présumé cuisinier, le restaurant de la 2e chance » – Diffusé du 8 au 14 mai sur W9
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Cela dit lâcher 6000€ a Ferrandi ne fait pas non plus de vous un cuisinier, je dis ca…