Voilà une information qui ne manque pas de sel : l’armée indienne a intégré dans son arsenal une bombe lacrymogène d’un nouveau genre, qui pourrait entrer dans la catégorie « arme exotique ». Après des années de tests, voilà donc que les militaires de la plus grande démocratie du monde nous font le coup du piment. Le touriste en goguette le connaissait déjà bien (et le faisait parfois courir plus vite qu’un dératé là où vous pensez…), l’insurgé pourrait dorénavant se le manger… en plein poumon ! Pas très sain tout ça, ni très équilibré. De la taille d’un pouce (faut toujours se méfier des petits…), notre frêle bombe se nomme « bhut jolokia » ou, en bon français, « piment fantôme ». Et ça ne rigole pas : il est réputé pour être le plus puissant du monde, atteignant même un million d’unités sur l’échelle de Scoville. Vous ne connaissez pas cette échelle ? Moi non plus il y a encore quelques minutes… Sachez juste que le Tabasco que vous planquez dans la cuisine atteint difficilement les 5 000 unités. Ca fait froid dans le dos et, probablement, très chaud ailleurs !
Une arme qui respecte l’environnement
Efficace le piment ? Pour M. Srivastava, directeur du département des sciences de la vie au quartier général de l’organisation de défense pour la recherche et le développement (c’est du sérieux), « cette arme non toxique a toutes les chances d’être efficace : son odeur piquante permettra de faire suffoquer les terroristes. »* On imagine que les écologistes doivent être contents : enfin une arme qui respecte l’environnement !
Reste à savoir comment lutter contre l’attaque du piment ? Et là, je me dis que les producteurs de lait français peuvent, peut-être, se frotter les pies (de vache). Je m’explique. Comme tout piment, le bhut jolokia est particulièrement « piquant » à cause de (ou grâce à) la présence de molécules de capsaïcine. Or, si boire de l’eau est totalement inutile –la capsaïcine est hydrosoluble -, la caséine du lait permet de neutraliser l’effet piquant sur les récepteurs de la douleur. D’où, pourquoi pas, la reconversion de nos producteurs de lait – qui se plaignent de la baisse du prix de vente de leur produit – en vendeurs de petites capsules, à base de caséine de lait, anti grenade-piment. A moins que Nestlé, en douce, négocie déjà avec quelques ténors de l’armement. Et, finalement, cela ne m’étonnerait qu’à moitié.
L’Europe a connu le gaz moutarde, l’Inde lance son piment de combat. Tant de mauvais goûts ne peuvent que nuire. Cessez le feu !
* Interview donnée au Deccan Herald, journal indien
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poivre et échalote sont déjà utilisés dans les armes lacrymogènes…