Mais à quoi va servir ce Collège culinaire de France, créé il y a peu et initié par les duettistes Joël Robuchon et Alain Ducasse ? En attendant de voir la feuille de route qui ne devrait pas tarder à être rendue publique, on peut légitimement se poser des questions et ouvrir quelques pistes de réflexion :
. Tout d’abord le nom. Difficile de faire plus pompeux et ronflant. Le lien sémantique avec le vénérable Collège de France, créé en 1530 par François 1er, est évident. Mais la comparaison s’arrête là. Les buts et la philosophie de ce Collège ne sont pas les mêmes,
. Ce Collège repose une fois de plus sur le mythe gastronomique français : oui, la cuisine française fait partie des meilleures du monde et il faut valoriser notre savoir-faire, mais d’une part elle n’est pas en déliquescence et, d’autre part, il faut bien s’enfoncer dans le crâne que les Français sont des consommateurs avant d’être des gastronomes (Je l’ai déjà écrit mais je le répète : le premier restaurant de France, c’est McDo avec 1,2 million de clients chaque jour.) Ce n’est pas « le silence de la haute cuisine française qui est dangereux pour son rayonnement international » mais, au contraire, la volonté de quelques-uns de la corseter pour tenter de créer un semblant d’unité. Unité qui n’a jamais été réalisée et ne le sera jamais. Il suffit pour justifier ce point de vue de se remémorer les haines tenaces nées de la création du syndicat de la haute cuisine. Et des inévitables scissions, notamment celle du « groupe des 8 », avec des chefs talentueux comme Bras, Veyrat, Roellinger ou Gagnaire,
. Ce Collège n’est pas une première en France. Dès le début du XXe siècle, de nombreux gastronomes remettent déjà en cause l’avenir de la cuisine française. Les deux causes n’ont guère changé : l’industrialisation et l’internationalisation. Tel est l’objectif du célèbre Club des Cents qui est créé en 1912 pour « arrêter l’affligeante décadence de notre art culinaire, le défendre non point par de vains discours mais par des actes ». Ce Club n’est qu’un exemple parmi d’autres (il faut citer également l’Académie des gastronomes de Curnonsky) : on dénombre près de 1300 clubs qui ont pour but de revaloriser la cuisine hexagonale dans les années trente. La question ne date donc pas d’hier,
. Ce Collège se trompe d’époque : l’heure n’est plus à imposer quoi que ce soit avec des « syndicats », qui se refont une vertu en se nommant « collège », et qui ont montré par le passé qu’ils étaient juste bons à s’entredéchirer et à lancer des oukases contre ceux qui refusent de rentrer dans le rang (Roellinger a payé cher ses inimitiés en se voyant très longtemps « interdire » par quelques barons sa troisième étoile Michelin). Aujourd’hui, les jeunes chefs étoilés n’aspirent qu’à une chose : la liberté. La liberté de créer leur propre voie en allant puiser leur inspiration non pas seulement dans la grande tradition hexagonale, mais également par delà les océans ou tout proche, de l’autre côté des Pyrénées, en Espagne, le pays qui fait peur à nos vieux chefs aux chiffres d’affaires gonflés aux hormones et aux étoiles lustrés à coup de lobbying avenue de Breteuil,
. Justement, où sont nos jeunes chefs dans l’histoire ? Feraient-ils l’école buissonnière pour ne pas croiser leurs vieux professeurs devenus infréquentables ? A lire les noms des présidents et vice-présidents, on a l’impression d’être au cœur des Seventies, ou presque : Paul Bocuse, Michel Guérard, Pierre Troisgros…
Enfin, je ne peux m’empêcher de penser à un livre passionnant, écrit par Dominique Moïsi, intitulé « La géopolitique de l’émotion »*. L’auteur explore la dimension émotionnelle de la mondialisation et estime qu’Europe et Etats-Unis vivent une crise d’identité qui alimente une culture de la peur. Du coup, l’Autre devient un rival. Pour être complet, le monde arabe et musulman est marqué par une culture de l’humiliation, alors que l’Asie est portée par une culture de l’espoir. Pour en revenir à nos moutons et leurs deux bergers en chef que sont Robuchon et Ducasse, ce Collège symbolise cette peur récurrente et ancienne du déclin de la cuisine française. Et on ne peut s’empêcher de noter que pour nos deux francs-tireurs, l’ennemi se situe par delà nos frontières, invisible et intouchable, sans jamais se poser la question du poids grandissant de l’industrie agroalimentaire en France, et de ses méfaits. On en viendrait presque à croire que notre Collège va être sponsorisé par Fleury-Michon, groupe industriel dont l’égérie n’est autre que notre Robuchon national.
* La géopolitique de l’émotion : comment les cultures de peur, d’humiliation et d’espoir façonnent le monde – Dominique Moïsi – Flammarion – 20 euros
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J’aimerais savoir si bras, rollinger, veyrat, et le groupe des huits sont ou ont été francs maçon!
il suffit de voir les 3 points utilisés de manière honteusement ostentatoire par Olivier Roellinger pour comprendre son appartenance à la franc maçonnerie….