Licenciements économiques chez Gault & Millau : le « jaune » est dans le rouge !

Gault & Millau, qui a été racheté par Smart & Co à la fin de l’année 2009, est en restructuration pour contrer la baisse des ventes de son guide 2012 et l’insuccès de son magazine nouvellement relooké dont les ventes ne dépassent pas les 5 000 exemplaires.

Sur les 20 personnes salariées par Gault & Millau, quatre (au lieu de cinq) ont été remerciées en décembre dernier. Avec ces changements, c’est désormais Marie-Laure Jarry, directrice commerciale – et ancienne commerciale chez Danone (aïe) – qui reprend le pôle marketing. Autant dire que la qualité éditoriale ne sera pas sa priorité.

Comptes dans le rouge

Sous la pression de l’actionnaire Smart & Co, Marie-Laure Jarry et Côme de Cherisey, directeur général, se doivent de redresser les comptes qui sont dans le rouge, en dépit du bon succès des licences accordées à l’étranger (notamment en Allemagne, en Autriche, en Suisse et en Belgique). La réduction très sensible du volume du guide annuel – moins d’adresses présentes dans le « print » – est un premier signe tangible de la nouvelle orientation, la disparition du guide des vins, dans sa version papier, en est un autre.

Bien évidemment, travailler en équipe réduite impose à chacun d’être multitâches. Cet élargissement du périmètre des missions implique de facto que certains salariés du Gault & Millau vont désormais s’occuper de rubriques dont ils ne connaissent pas grand-chose. Là encore, l’éditorial risque d’en pâtir.

Rumeurs insistantes sur les « doublons »

Quant à la petite dizaine de testeurs de table du guide, il faut savoir que, contrairement aux inspecteurs du guide Michelin, ils ne sont pas payés mais simplement défrayés.

Et quid de Patricia Alexandre ? A 58 ans, la directrice du Gault & Millau protège ses arrières et, contre vents et marées, veut rester le seul maître à bord. Personne d’autre qu’elle ne peut parler – ou même simplement représenter – la marque à l’extérieur. Pour elle seule donc les invitations, les dîners et autres paillettes. Le multitâche a ses limites.

C’est également Patricia Alexandre qui doit désamorcer des rumeurs insistantes et anciennes relatives à certaines pratiques peu catholiques concernant la destination et l’utilisation des « doublons », ces bouteilles envoyées en deux exemplaires pour garantir une parfaite dégustation des équipes du guide vin, dirigées par Pierre Guigui.

Pendant combien de temps l’actionnaire Smart & Co acceptera de mettre la main à la poche pour financer une structure qui accumule les dettes. Michelin tente aujourd’hui de réagir en créant les « pages jaunes » (payantes !) des restaurants. Que va-t-il advenir du Gault & Millau, nul ne le sait. Seule certitude : le modèle économique d’un guide gastronomique indépendant n’existe pas.

Franck Pinay-Rabaroust

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8 Responses to Licenciements économiques chez Gault & Millau : le « jaune » est dans le rouge !

  1. Cyril on 16/01/2012 at 13 h 57 min

    Note positive : G&M a reussi sa re-orientation vers le web en tout cas : Pratique, riche et bien reference les travaux de Pierre Guigui enchantent les amateurs de vin comme moi.

  2. Franck Pinay-Rabaroust on 16/01/2012 at 22 h 13 min

    Suite à la rédaction de ce papier, j’ai eu longuement au téléphone M. Côme de Cherisey, directeur général du Gault & Millau, qui conteste la véracité des propos tenus. Un entretien/droit de réponse lui est logiquement accordé ; il sera mis en ligne dans les meilleurs délais.

    Franck Pinay-Rabaroust – Atabula

  3. guillaume on 18/01/2012 at 17 h 06 min

    certes le ton est caustique, on en rirait presque à l’évocation de la future politique marketing sous la houlette du service publicité.
    mais voilà c’est pas drole.
    il y a des licenciements, il y a la dégradation de LA marque média qui a fait la gastronomie depuis 40 ans.
    Que peut y répondre mr de C?
    le dernier guide france n’en n’a que le nom.
    le guide vin? il l’a arreté
    la derniere version du magazine? un amas de rubriques pour capter de la pub.
    En effet, comme le disait le précédent commentaire, seul le site tient debout malgré les agressions graphiques qu’il nous impose.

    je m’insurge cependant sur une partie de l’article. Gault et Millau est je crois bien le seul guide à organiser des ventes des doublons au bénéfices d’associations carritatives… faites donc ce mauvais procès au guide hachette, à la RVF, à B&D, au Figaro, au Point …

  4. Virginie de Saint Ange on 19/01/2012 at 6 h 38 min

    Personnellement, je trouve que l’équipe fait ce qu’elle peut avec des actionnaires qui changent tous les deux ans et je ne parle pas des DGs…

  5. legendre on 19/01/2012 at 10 h 30 min

    Je n’avais pas la chance de connaître ce remarquable site d’investigation. Je reste confondu par la justesse des analyses, la précision de l’enquête, la légitimité évidente des sources… ça c’est du journalisme ! La filiation avec Albert Londres me paraît évidente. Peut-être en recentrant le propos, voire le site entier, sur une ou deux rues du 11e arrondissement, le travail pourrait être encore plus pointu, si c’est possible.

  6. Camille on 20/01/2012 at 16 h 28 min

    Concernant les, je vous cite, « pratiques peu catholiques concernant la destination et l’utilisation des « doublons », ces bouteilles envoyées en deux exemplaires  » je me permets simplement de vous joindre l’adresse d’un communiqué de presse d’Artcurial: http://www.artcurial.com/pdf/presse/2010/cp-1940-gaultmillau.pdf
    Chaque année, ces bouteilles font l’objet d’une vente de charité, en l’occurrence pour les enfants déficients de la Fondation Hardy.
    Pas catholique vous disiez? Certes. Contestable? C’est beaucoup moins sûr.

  7. S Lloyd on 21/01/2012 at 6 h 29 min

    On l’attend toujours, la fameuse réplique de G&M!

  8. admin on 21/01/2012 at 11 h 37 min

    A sa demande, j’ai rencontré Come de Cherisey jeudi soir. Je profite un peu du weekend et sa réponse devrait etre en ligne mardi ou mercredi

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