Tendance – La gastronomie belge ? C’est de la cuisine française améliorée

Il y a quelques années, un historien belge avait lancé une phrase à la cantonade : « La gastronomie belge ? C’est de la cuisine française améliorée. » Provocation évidente tant l’une est ancienne et reconnue mondialement, alors que l’autre est récente et s’identifie encore trop souvent à la baraque à frite et au waterzooi. Mais, derrière toute provocation, il y a souvent un fond de vérité.

Aujourd’hui, il semblerait bien que la gastronomie belge s’impose doucement mais sûrement. Les causes en sont multiples. Emigration de chefs français talentueux – Julien Burlat, Laurent Vincent Folmer notamment –, émergence de producteurs locaux à même de proposer des produits de bonne qualité et, bien évidemment, l’affirmation de grands chocolatiers comme Pierre Marcolini. Il fallait au moins un Patrick Roger pour oser provoquer ce dernier sur son terrain bruxellois, au cœur même du quartier des Sablons…

Autre cause, de taille : la Belgique a su faire de sa petitesse géographique une force. Ici, tout le monde se connaît et, sauf exception, s’apprécie. L’on va manger chez les uns et chez les autres en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Les bonnes idées circulent mieux et se mutualisent tout naturellement. Le tourisme a aussi son importance : les chefs belges s’imprègnent de ce qu’ils dégustent, que ce soit en France, en Espagne, en Italie ou, plus au nord, au Danemark, le grand pays tendance actuellement. Encore un peu, et la Belgique serait au centre du « jeu culinaire » européen. Enfin, cette capacité à faire « éponge » s’explique par cette qualité rare qu’ont la plupart des Belges : l’humilité. Nul besoin de revendiquer une histoire millénaire pour exister, nul envie d’inscrire quoi que soit au Patrimoine mondial de l’Unesco pour se dire les meilleurs…

Preuves parmi d’autres de cette affirmation culinaire du pays d’Hergé – et d’Annie Cordy -, les journalistes n’hésitent plus à traverser la frontière pour casser la graine et des groupes de blogueurs, à l’instar de Gastro On Tour, se forment pour faire la tournée des popotes et mettre en ligne photos, vidéos et impressions dithyrambiques. A raison.

Cette importance grandissante de la gastronomie belge vient de trouver une nouvelle illustration au Canada. La 13e édition du Festival de Montréal fête actuellement la gastronomie wallone et bruxelloise (jusqu’au 26 février), avec le chef Yves Mattagne*, doublement étoilé, en président d’honneur. Enfin, à Bruxelles, un tramway-restaurant circulera à partir du 1er mars avec, à son bord, six chefs belges doublement étoilés qui vont se succéder pour proposer de la haute gastronomie à un tarif tout à fait abordable (75 euros).

La Belgique s’affirme, innove, s’exporte avec talent. Encore un peu, et les Français vont être jaloux. De là à ce qu’un jour un historien français affirme que « la gastronomie française, c’est de la cuisine belge améliorée », il n’y a qu’un pas. Les histoires belges nous font encore rire. Mais rêver également.

 Franck Pinay-Rabaroust

* Il succède à des chefs aussi prestigieux qu’Anne-Sophie Pic, Alain Passard, Daniel Boulud ou Santi Santamaria.

5 Réponses

  1. Claire

    Complètement d’accord, et ce n’est pas seulement au niveau gastronomique : des chefs atypiques et inventifs comme Philippe Emmanuelli au café des spores (Bruxelles) ou la jeune Stéphanie Wouters (Carrod’s)- pour ne citer qu’eux – bousculent les codes sans les effets de manches habituels. J’adore ! D’ailleurs, week-end miam prévu à Anvers au mois de mars.

    Répondre
  2. Jean-Louis

    Eh, bien dites-moi une fois, comme c’est étrange de découvrir la gastronomie belge au 21ème siècle. Il me semble que Gault-Millau qui sont à la cuisine française c que tintin et Milou sont à la BD belge, ont édité dans les années 90 ou plutôt, un guide de la Belgique…dans un pays grand comme deux départements français, l’étonnement de trouver autant de bonnes tables est surprenant. Bruxelles en regorgent et quelques estaminets nichés un peu dans tous les coins offrent au delà de la qualité de leurs mets, une chaleur humaine sympathique et goûteuse. Le nouveau Danemark ???? Stop, au phénomène mode branchouille, depuis que les chefs de Copenhague et alentours ont mis en avant (à priori, pas encore goûté) une cuisine jardiland, tout le monde veut se peindre en vert même les moléculaires…Ils sont devenus fous du star système les médias, ils nous font des chefs en ogre-doux. Les bons chefs sont partout, les conservatoires du bonheur nous attendent dans chaque pays, à l’époque où on veut tout, tout de suite, il a fallu faire Toulouse -Rosas durant x années, après Toulouse-Londres enfin Toulouse-Copenhague, pour ce dernier je m’en fous, je suis ami du Prince Henri de Montpezat, j’ai le gite gratos et je peux demander, comtesses qu’on mange, mais on va pas rouler notre « brosse » jusqu’à 3€ le litre de gaz-oil. En conclusion et Anvers et contre tous, je serais heureux que la Belgique, réputée pour être la plaque tournante de tous les trafics de bidoche et autres denrées, devienne par la cuisine un centre d’ancrage involontaire au rapprochement de la Wallonie et les Flandres…

    Répondre
  3. La gastronomie belge ? C’est de la cuisine française améliorée | | Eating.be / Le blogEating.be / Le blog

    […] La gastronomie belge ? C’est de la cuisine française améliorée 22fév by laurent Franck Pinay Rabaroust, journaliste freelance établi à Nicolas ScheidtParis ose cet avis. Bon, ok, les premiers chefs cités dans son analyse sont hexagonaux pure souche (Laurent et Vincent Folmer de Couvert Couvert à Leuven, Julien Burlat du Dôme à Anvers) et l’on peut craindre l’effet de mode qui vogue par vagues récurrentes depuis quelques mois : la mise en vitrine des chefs français qui se révèlent dans notre plat pays. Outre les deux cités et dans un style bistronomique que le français sont les seuls à maîtriser, Nicolas Scheidt (La Buvette / Bruxelles) et Nicolas Darnauguilhem (Neptune / Bruxelles) affichent aussi de bien belles choses. Mais dans cette analyse on invite Franck à faire un tour dans ces maisons qui représentent la gastronomie contemporaine en Belgique. Et de savourer. Son billet est à lire ici. […]

    Répondre
  4. Matrix

    Pour y avoir travaillé quelques mois (dans la restauration), je confirme que la Belgique possède de très grandes tables, comme l’Air du temps, comme la Hoff van cleave de Peter Gossen, comme le Prieuré etc etc… Je dirais que dans l’ensmeble, le niveau de gastromie est peut être plus élevé qu’en France, mais ça n’est que mon opinion …

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.