par Franck Pinay-Rabaroust /

Logo RestoleaksLa transparence est à l’honneur et il sera bien difficile de lutter contre cette lame de fond dans le secteur de la restauration. Si les clients veulent désormais savoir ce qu’ils ont dans leur assiette et tout connaître des cuisines, les professionnels – du commis jusqu’au chef, en passant par les fournisseurs – hésitent encore entre deux attitudes : se taire ou parler.

Il y en a un qui a fait son choix depuis longtemps. Chef, chef d’entreprise, citoyen engagé ou lanceur d’alertes, lui-même ne sait plus trop comment se définir, Xavier Denamur mélange les genres pour mieux les bousculer. Auteur très engagé dans son dernier livre*, il lance officiellement jeudi 9 avril le site Restoleaks. La référence au Wikileaks d’Edward Snowden est évidente, « mais il faut comparer ce qui est comparable. Je ne compte pas déstabiliser les états ou les grandes entreprises. Je veux juste donner la parole à tous les acteurs du secteur de la restauration et qu’ils se servent du site pour dénoncer ce qui ne va pas, et faire des propositions » assène-t-il.

Xavier DenamurCe site sera un immense forum ouvert à tous, sans distinction de parcours ou de renommée. « Chacun doit oser s’exprimer. Ce sont les témoignages qui feront la force de Restoleaks. Violence en cuisine, rythme de travail, harcèlements divers, fournisseurs, connaissance du droit du travail, tous les thèmes ont leur place sur le forum » explique Xavier Denamur. Lequel espère que l’effet de masse permettra de créer une caisse de résonance importante et interpeler ceux qui sont visés : les professionnels eux-mêmes, la puissance publique et les syndicats. Par rapport à ces derniers, Xavier Denamur n’est pas tendre : « Ils sont à la ramasse. Depuis des années, ils ne proposent plus rien. Il faut proposer une alternative aux professionnels pour s’exprimer et se faire entendre. »

Ouvert à tous, Restoleaks fera l’objet d’un travail de modération important, pour éviter tout risque de poursuites judiciaires ou de dévalorisation du travail de transparence engagé sur le site. Pour Xavier Denamur, ce forum aura une autre vertu : « Cela va obliger certains d’entre nous à écrire. Cela n’est pas si évident que cela de s’exprimer par écrit pour de nombreux professionnels. Écrire, c’est se responsabiliser et c’est prendre conscience de la force des mots. » Gageons que cela responsabilise ceux qui prendront la parole mais aussi que cela fasse réfléchir ceux qui ont encore la mauvaise tendance à refuser l’implacable logique de la transparence et de la vérité, vis-à-vis de leurs clients, de leurs confrères et de tous ceux qui ont un rapport avec la restauration.

 Faviconfondblanc20g

Franck Pinay-Rabaroust / © Rebus

 www.restoleaks.com

Et si on se mettait enfin à table – ed. Calmann Levy – Xavier Denamur et Daniel Bernard – 17,50 euros

SUR LE MÊME SUJET

Xavier Denamur, citoyen fort en gueule

2 Réponses

  1. tokugawa

    Bonjour,
    Tout d’abord, bravo pour cette excellente idée de mettre le débat de la cuisine, des produits, et des façons de les préparer sur la toile publique.
    Je tacherais de vous apporter, témoignages, commentaires, et suggestions le plus régulièrement possible.
    Aujourd’hui, je vais faire une critique, mais aussi, poser une question, SUR « les critiques ».
    Voilà donc l’histoire : l’année dernière, ma compagne, sachant que je suis assez « pointu » en matière de repas, plats, produits, etc… Me propose de m’inviter dans un restaurant asiatique de mon choix, sachant que j’entretiens, plus qu’une passion, un véritable culte à la culture japonaise, et plus largement asiatique. Pour faire suite à l’écoute de l’émission : « on va déguster » diffusée le dimanche matin sur France-inter, j’avais écoutée celle consacrée, au restaurant , « les délices de la muraille de Chine », situé à Rueil-Malmaison, ou nous demeurons. Pour faire bref, contrairement aux délices évoqués dans l’émission de, radio, nous avons eu : un service désagréable, des plats fades, et trop froids, une ambiance déprimante, et surtout, le tout pour une addition de 130 €!!
    Ceci au delà de la gène que j’ai ressenti, pour la médiocrité, pour ne pas dire l’indigence du rapport qualité/prix, me pose deux questions : les critiques gastronomiques, consomment-ils vraiment, en toute discrétion, et en payant leur repas, dans les établissements dont ils parlent ?
    Deuxième question : comment se décident, surtout sur une antenne de service public, qui est invité, sur la base de quels critères, de quelles vérifications ?
    Ceci m’amène bien sûr à la position radicale de ne plus tenir compte de l’avis de ces messieurs-dames.
    Je finirais par un apport personnel : même si mais passion de la cuisine, des produits, du savoir faire, et vivre me place à certains égards dans une position particulière, (j’ai aussi beaucoup travaillé chez les professionnels des métiers de bouche, et je connais à la perfection l’envers du décor). Il y a une question en deux point que je me pose très fréquemment : comment se peut-il que dans notre pays, avec sa réputation de « Mecque » du savoir manger, des produits d’exception, on ne puisse pas être charmé, surpris dans le bon sens du terme, par une cuisine innovante, simple, à base de produits frais, et du terroir? Et deuxième point tout aussi crucial : je cuisine des repas de ce type tout les jours, pour trois à cinq personnes, pour un coût moyen de 2 € par personne . Est-il aujourd’hui possible de VRAIMENT bien manger, pour moins de trois, à quatre cent euros, comme on nous le suggère à longueur de magazines spécialisés, et d’émissions sur le sujet ?
    Voilà, j’ai été un peu long, mais j’avais ça sur le cœur depuis un moment.
    Bon appétit à toutes, et à tous.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.