Quels tristes scenarios écrits par quelques amateurs de scoops, prêts à tout pour obtenir les miettes de la sélection du guide Michelin avant tout le monde. Téléphoner, contourner, harceler les chefs, voire négocier bassement pour savoir qui gagne, qui perd, voilà ce qui vient de se dérouler ces dernières heures pour annoncer avant tout le monde les promotions et déchéances dans l’édition 2016 du guide Michelin. Lequel a su, enfin, protéger sa sélection de fuites abusives. Une victoire qui énerve au plus haut point ces bavards du net qui cherchent moins à informer qu’à exister aux yeux du plus grand nombre sur les réseaux sociaux. Avec les résultats désormais connus, chacun peut constater que ces rumeurs et pronostics étaient pour la plupart infondés.

Cette année, cela va au-delà des sempiternelles rumeurs qui vous balancent des dizaines de noms en espérant que, in fine, il en restera quelques-uns dans le tamis de la vérité. Au fil des années, Stéphane Riss est devenu le spécialiste de la chose. Tant pis s’il se trompe, s’il annonce les récompenses aux mauvais endroits, s’il balance à tout-va, il s’en moque, tant que l’on parle de lui ; lui qui a été écarté sèchement de la plupart des événements – y compris de la conférence de presse du Michelin ce matin – et grands rendez-vous de la profession à la demande… des chefs. Mais, finalement, cet agitateur qui cherche aujourd’hui sa voie resterait presque dans son rôle de provocateur et d’emmerdeur en agissant ainsi. Tel n’est pas le cas des journalistes Thibaut Danancher et Gilles Pudlowski qui ont pignon sur rue avec leur média respectif – Le Point pour le premier, Les Pieds dans le Plat pour le second – et qui agissent contre les principes mêmes de leur profession. Nulle analyse, nul recul, nulle volonté d’informer, juste l’envie de montrer qui à la plus grosse en sortant le premier les scoops étoilés. En annonçant « en exclusivité » la troisième étoile au Plaza Athénée d’Alain Ducasse, Thibaut Danancher prouve une fois encore qu’il reste le meilleur attaché de presse du chef monégasque qui se réjouit de perturber les plans du Bibendum en laissant fuiter l’info. Si seulement Danancher faisait son travail, il aurait annoncé que le même Ducasse chute au Meurice en perdant une étoile, idem chez Rech. Mais non, ça, ce n’est pas le rôle du « RP » d’annoncer les mauvaises nouvelles…

Quant à Gilles Pudlowski, c’est peu ou prou la même chanson : il met la pression chaque semaine aux chefs pour tenter de sortir des « chuchotis » qui tiennent la route ; il a juste accéléré la cadence pour être le « prem’s » à sortir ses scoops michelinés. Nous touchons ici au niveau zéro du journalisme. Ce matin, après la conférence de presse, plusieurs chefs ont montré leur énervement face à ces comportements inquisiteurs et profondément malsains.

En réussissant à protéger le contenu de sa sélection, le Michelin a exacerbé les rancoeurs et mis en lumière la vacance intellectuelle et professionnelle des personnes précitées. Sans le vouloir, le Bibendum a fait coup double. Mais reste au final les vrais perdants : les chefs, objets de toutes les convoitises, balancés depuis des semaines entre le désir de se protéger des rumeurs et l’envie de connaître leur avenir étoilé. Protéger les chefs de tout cela constitue bel et bien le futur défi du guide Michelin.

Faviconfondblanc20gFranck Pinay-Rabaroust

2 Réponses

  1. Paula

    Ouh que cela fait du bien. Merci pour ce coup de gueule qui remet les choses et les personnes citées à leur place.

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  2. Caol Ila

    D’un autre côté, la sortie du guide Michelin est devenue un non-événement, sans aucun intérêt pour beaucoup de gastronomes comme moi, usés par les trusts ducassiens, robuchonnaires et autres palaciens qui se goinfrent à coup de distinctions, pour leur cuisine aseptisée, sans défaut et sans passion. Tout est millimétré sans vague, sans rythme, avec un service policé et une clientèle endormie. J’ai arrêté de gaspiller mes euro au fur à mesure que leurs additions s’envolaient dans des sphères immorales. Du coup, aujourd’hui, je regrette que le Michelin oublie d’années en années, les plus petits, les artisans de la cuisine qui mettront des décennies à obtenir le Graal quand les chefs-people arriveront à se double-étoiler en quelques mois, voir en quelques semaines. Je n’oublie pas les grands loupés du guide rouge comme la dégradation survenue à Eric Guérin, l’étoile donnée à Nicolas Le Bec alors que le 21 décembre, jour de mon anniversaire, son restaurant n’était toujours pas ouvert, où encore, dans la même hypocrisie, la grande distribution de macarons aux palaces de Courchevel alors qu’ils n’ouvrent leurs portes qu’à la mi-décembre… On ne prête qu’aux riches !

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