Relais Plaza : l’autre grand restaurant de l’avenue Montaigne

C’était un soir de mars. On célébrait le printemps mais les rues étaient encore refroidies par une météo moins clémente qu’à l’accoutumée. Vingt heures. Nous étions attendus. Pas là...

C’était un soir de mars. On célébrait le printemps mais les rues étaient encore refroidies par une météo moins clémente qu’à l’accoutumée. Vingt heures. Nous étions attendus. Pas là où l’on se bouscule habituellement pour nourrir sa soif d’étoiles. Non, l’autre restaurant. La brasserie de l’hôtel. Disons plutôt le restaurant de cuisine de brasserie de l’hôtel car ici comme beaucoup ailleurs, on ne trouve ni banc d’écailler ni service délivré en continu. Ce n’est point dérangeant mais pour être juste, évitons tout abus de langage.

Relais Plaza Paris

Réplique du salon à manger du Normandie, la salle embrasse toute la splendeur des lieux quand la nuit tombe. Nous sommes dans le Paris des Années Folles. Style Art Déco. Vitraux et lustres habillent les murs. Un rouge coquelicot-cardinal tapisse le sol. Ce soir, c’est au rythme de sons live-swing-jazzy que dîne, c’est du moins ce que l’on se plaît à imaginer, le Tout-Paris. Cœur de saumon fumé norvégien Bömlo, gaufre tièdes aux olives taggiasche ; salade de crevettes roses, romaine, asperges vertes, parmesan, croûtons, sauce cocktail ; faux-filet Black Angus grillé, béarnaise, pommes “coin de rue » ; tartare de bœuf, mesclun, pommes allumettes ; sorbet menthe-citron… Les séquences demandées se succèdent à la manière de l’identité maison, en version haute-couture, anoblies mais originelles. Qui s’en étonnerait ? Vuitton, Chanel, Saint-Laurent et Givenchy habitent à l’année l’avenue. A la limite, on devrait troquer religieuses et parfaits Michalakisés pour d’honnêtes desserts brasseries. Pour rester dans le thème : crêpes Belle Epoque (celles de la Tour sont superbes mais il faut débourser trois centaines d’euros pour s’y attabler), glace vanille fraîchement turbinée et crème brûlée éminente. « Est-on venu seulement manger ? Que nenni ! On est venu s’inscrire dans un univers […] Celui d’une clientèle joyeuse et compliquée, celui d’une clientèle qui ne veut jamais ce qui est sur la carte. A l’écouter, elle voudrait de la salade sans sauce, le homard sans arête, le steak sans frites, les petits pois sans leur peau. Et le serveur avec un sourire » ironise l’ex-mangeur en chef du Figaro François Simon dans Aux innocents la bouche pleine (éditions Robert Laffont). Depuis la parution de l’ouvrage en 2008, rien n’a changé. Pour quoi faire ? On ne métamorphose pas pareille institution.

Cette dame en place depuis le milieu des années 30 s’anime par l’exquise présence de Werner Küchler. Natif de Bavière, le jeune sexagénaire aux près de quarante ans de maison appartient à l’une des dernières lignées des « seigneurs du plateau » selon la jolie formule consacrée par Simon. Il en impose discrètement par la gravité de sa voix, son sens du détail, son humour poli, sa vitalité énergisante, ses gestes réalisés ou fantasmés « j’imagine la découpe parfaite d’un faisan qui se ferait en un seul geste continu, à la fin du mouvement, le faisan tomberait entièrement découpé », son aisance aussi. Sans doute le chef d’orchestre de l’un des rares bistrots de la capitale, sinon l’unique, à prétendre à l’appellation de grand restaurant

Une table palacière qui a de l’esprit… bienvenue au Relais Plaza !


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Pratique

Relais Plaza – 21 avenue Montaigne – Paris 8e arr. – 01 53 67 64 00 – www.alain-ducasse.com

Un commentaire
  • Ferrara
    18 mai 2016 at 12:18
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    Sans oublier la grande classe du chef Philippe Marc qui sous la direction de Mr Ducasse il fait un travail remarquable dans la sélection des produits.

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