Rarement un restaurant n’en aura autant pris dans le buffet en quelques semaines et en si peu de lignes. Forcément attendue au tournant, le Champeaux, cette brasserie des Halles estampillée Ducasse et située au rez-de-chaussée de la nouvelle canopée, s’est fait descendre en flèche par les cadors de la critique gastronomique qui ont pris – cela se sent – un malin plaisir à flinguer à vue. Rares sont ceux aujourd’hui à défendre le Champeaux.

Faut dire que, en amont du lancement en avril, le ramdam a été à la hauteur du personnage Ducasse qui entendait bien crier haut et fort qu’il sait aussi faire dans le populaire. Comme en écho, le couple Rubin-Gaudry, gentiment accompagné de François Simon et de Télérama ont sorti l’artillerie lourde pour le ramener à sa propre réalité. La brasserie n’est pas un restaurant comme les autres ! Ducasse sera-t-il plus à l’aise dans son Château de Versailles – où il ouvre Ore en septembre – que dans le trou des Halles ? Espérons pour lui.

Alors que le Monégasque a consulté il y a quelques semaines tous les chefs qui comptent dans la bistronomie parisienne pour comprendre pourquoi leurs restaurants de quartier étaient complets alors que les siens souffrent de la conjoncture actuelle, il a réussi au moins à remplir le Champeaux qui enquille les services bondés. Reste à savoir combien de temps.

Pour mieux comprendre l’étendue de la critique, Atabula a recensé les plus belles phrases assassines lues dans Télérama, Le Figaro, L’Express et sur le blog de François Simon. Et donne par la même occasion son point de vue – à double face – sur cette brasserie dont tout le monde cause.


— Le cadre —


→ Un hall de gare (Télérama)

→ Un espace accueillant comme un aérogare où métal, tuyaux et terrazzo jouent d’élégance froide, difficile de se sentir plus que de passage (Télérama)

→ Décor à peine plus engageant qu’une cafétéria d’entreprise (L’Express)

→ Il y a un peu du Roissy terminal 2E du côté de la Canopée et encore plus au Champeaux. Des volumes larges comme des pistes, des banquettes longues comme Airbus, du bois-béton en jet-lag et de la baie survitrée où l’aquarium se dispute à l’aseptisé. (Le Figaro)


— Le service —


→ Le service gentiment balourd (L’Express)

→ Le lundi, c’est blanquette sauf que le stupide panneau a oublié d’annoncer qu’il n’y en a déjà plus. Nuage pour nuage, on choisit un soufflé puisque entre deux parisianneries culinaires, le soufflé fait, ici, son grand retour. 20h40, rien. 20h50, notre rang s’impatiente en piochant sa corbeille de pain. Notre 070 n’a pas ce loisir, pas même celui de sa bouteille d’eau. 20h55, le soufflé déboule, à ceci près que les zapatistes de la salle ont oublié les entrées. On s’agace avec cette fermeté qui n’interdit pas la politesse mais le maître d’hôtel lève le ton en nous exhortant à le baisser. Dans cinq minutes, il nous engueule. Dans dix, il appelle la sécurité. Il y a, soudain, de cette superbe hostile des grandes compagnies aériennes lorsqu’elles se sentent en faute. Le monde à l’envers et la brasserie, pas franchement à l’endroit.(Le Figaro)

→ Le service. Pour l’heure, aussi insupportable qu’incompétent. (Le Figaro)


Vol-au-vent / Liégois / Paris-brest

Vol-au-vent / Liégois / Paris-brest

— La cuisine —


→ La salade de légumes se pare d’un trop amer pesto de fanes (Télérama)

→ L’avocat-crevette fait peine à voir, mélange en vrac (Télérama)

→ La dégustation déçoit (Télérama)

→ De là à jouer à la dînette avec un bouillon tout lisse, où flottent quatre lardons cubiques, le tout flanqué d’une mouillette à l’emmenthal, radine et sèche comme un coup de trique… Rien de généreux dans cette soupe à 10 euros, si ce n’est la marge du restaurateur. A part trois fashionistas nipponnes qui la trouveront kawaii, on se demande encore à qui s’adresse cette simulation de nourriture prolétaire… (L’Express)

→ Sur le papier, c’est bien emballé. Sous le palais, c’est peu emballant…  (L’Express)

→ A force de manger à tous les râteliers, Champeaux perd sur tous les tableaux: salade crevettes-avocat aux feuilles de sucrine fatiguées comme dans le buffet à volonté du coin de la rue, soufflé aux pointes d’asperges vertes ratatinées, digne blanquette de veau servie dans sa cocotte, mais accompagnée d’un riz en bouillie.  (L’Express)

→ Les nourritures atterrissent avec cette impression de n’avoir jamais décollé. Cocktail crevettes lâchant de l’avocat et du mollusque pas mieux qu’en classe business, bavette béarnaise jetée sur l’assiette comme trace de pneu sur tarmac. Le soufflé aux asperges, lui, re-déboule, gonflé comme gilet de sauvetage. Rien de mauvais, rien de bien gai. Sur ce coup, Ducasse, le disque dur de la gastronomie mondiale, s’emmêle le logiciel. 22 heures passées, débarquement immédiat. On sort de là, dans la fatigue des vols retardés. (Le Figaro)

→ J’ai choisi à la hâte, le plat du jour. Celui-ci n’avait pas franchement grand intérêt, une fricassée de volaille jaune sans relief. J’aurais dû aller gratter ailleurs, à la carte, prendre un soufflé, je ne sais pas… (Simons Says de François Simon)


— Le point de vue d’Atabula —


Il est à double face. Pour l’auteur de ces lignes, l’expérience Champeaux a vite tourné à la débandade : un croque-monsieur sans goût qui se casse la gueule sur la table à cause d’une assiette totalement inadaptée, un ceviche à la mâche désagréable et des agrumes qui emportent tout sur leur passage, une assiette de légumes d’une tristesse effroyable et une mousse au chocolat fadasse. Ajoutez à cela un service approximatif et l’expérience Champeaux fut un échec. Pour Ézéchiel Zérah, journaliste à Atabula et qui a pris quatre repas dans cette brasserie des Halles, l’avis est totalement différent : « Ceux qui viennent pour une assiette d’émotion de bistrot parigot au charme maladroit-ménager seront déçus : la cuisine est impeccable, droite, structurée. » Lire sa critique complète du Champeaux.

Comme quoi les avis sur le Champeaux peuvent être totalement différents d’un bec à l’autre. Si les critiques négatives ne sont jamais agréables à entendre, nul doute qu’Alain Ducasse doit lire tout cela avec le sourire aux lèvres, lui qui ne déteste rien tant que l’indifférence par rapport à lui ou ses à projets. Là, au moins, l’homme est servi.


À lire sur Atabula

Aux caniveaux le Champeaux de Ducasse ? Pas pour moiChampeaux brasserie Halles 200

Alain Ducasse à propos de Champeaux : « Le choix de la brasserie me semble pertinent : les Halles doivent conserver un caractère populaire »

Champeaux : la nouvelle adresse d’Alain Ducasse à Paris


00-FAVICONFranck Pinay-Rabaroust

4 Réponses

  1. Paule

    Alors que vous publiez souvent de très bonnes enquêtes, vous excellez vraiment pour faire de l’actu quand elle est dépassée, de façon à faire du buzz pour que ça clique sur Atabula. Et pour cela votre client préféré, Ducasse, vous assure régulièrement une remontée d’audience. Vous devriez lui reverser des royalties.
    Vous excellez aussi d’en le fait d’en remettre une couche pour votre plaisir personnel de faire mal, comme ce fut le cas en reprenant le papier de François Simon sur Papillon.
    Pour moi, c’est une forme de médiocrité journalistique qui met de côté toute objectivité. Celle-ci est pourtant la base du journalisme, quand il est sérieux et professionnel.
    Cette médiocrité s’exprime d’ailleurs dans votre phrase d’introduction : « Rarement un restaurant n’en aura autant pris dans le buffet en quelques semaines et en si peu de lignes. »
    C’est faux. J’ai lu beaucoup plus de papiers positifs que négatifs sur Champeaux, aussi bien dans la presse magazine que sur les blogs. On dirait que vous ne les avez pas même vus avant de publier cette « enquête ».
    Ce qui se prétend la « critique » culinaire actuelle se résume-t-elle pour vous aux quatre supports que vous avez recensés ?
    Paule

    Répondre
    • Franck Pinay-Rabaroust

      Bonjour Paule,
      Merci tout d’abord pour votre remarque sur la qualité de nos enquêtes et de notre travail sur Atabula. Concernant le Champeaux, cela me semble fort difficile de dire que l’actu est dépassée. Le papier de Télérama est récent et le nom de cette brasserie revient régulièrement dans les discussions. Et, mine de rien, Champeaux n’est pas non plus ouvert depuis des siècles. Pour ce qui est de la première phrase, vous avez raison : d’autres tables se font allumer au même niveau, j’en conviens pleinement. Mais, là, il s’agit d’Alain Ducasse et, forcément, cela prend une autre ampleur. L’homme s’expose énormément, donc l’homme s’expose à la critique. Quant à lui verser des royalties parce qu’il est un petit peu la tête de Turc d’Atabula, je veux bien en parler avec lui quand il sera disponible pour me rencontrer 😉
      Enfin, non, la critique gastronomique ne se résume pas à Télérama-Le Figaro-L’Express-François Simon, mais vous m’accorderez le fait qu’il n’y a pas plus influent que les supports précités. Et quand la bande des quatre va dans le même sens, il y a de quoi se poser des questions.
      Dernière chose Paule, je ne doute pas un instant que vous ayez lu le papier d’Ezéchiel Zérah qui, lui, a apprécié le Champeaux. Je lui ai demandé de faire un papier pour expliquer son point de vue. Il n’y a donc aucun anti-Ducasse Spirit chez Atabula, mais un pragmatisme constant sur tous les sujets. Nous avons déjà encensé Ducasse à de multiples reprises, et nous l’avons également descendu quand nous estimions cela justifié. C’est pour moi la marque de notre indépendance.
      Merci Paule.

      Répondre
  2. L’énigme du Champeaux |

    […] le nommer -, a ouvert le 11 avril dernier… Depuis cette date, un déluge de feu de la part de la critique a déferlé sur ce lieu qui, selon son créateur de chef-homme d’affaires, « se […]

    Répondre
  3. Latrobe Guy

    Bonjour
    Nous avons mangé au Champeaux le soir du 22 Octobre 2016 en groupe (une trentaine de personnes).
    La décoration fait très brasserie et est très sobre.
    Le service très agréable et pour moi un non habitué, les serveurs étaient présent et professsionnel.
    Concernant le repas, il était digne d’une brasserie, très simple dans sa composition, très simple dans sa présentation, sans fromage sans excès en alcool mais quand même à 80 euros.
    Je m’attendait pour se prix à avoir dans mon assiette quelque chose d’autre q’un plat que je peux reproduir chez moi.
    Le dessert peut être servi dans une cantine d’école. Un petit morceau de savarin au milieu de l’assiette et une petite boule de chantilly dans une coupe.
    J’ai été très déçue de ce restaurant que je ne peux pas me payer tous les ans. Désormait je regarderai à deux fois avant de pousser les portes d’un restaurant ou une brasserie sous l’appelation d’un grand chef.
    Actuellement je le déconseil à tous les gens à qui j’en parle.
    Guy

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.