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C’était un mardi ensoleillé à Bourg en Bresse (Ain). Le patron du kiosque de l’avenue de l’Alsace-Lorraine s’apprêtait à fermer, les rues étaient désertes. Nous déjeunions au Français, « haut-lieu de la vie bressanne » nous avait-on vendu. Une brasserie festive et animée comme on aimerait en voir plus souvent à Paris, censée être l’épicentre du genre. Les deux énormes poules veillaient à l’entrée sur la grande salle à manger aux plafonds hauts et moulurés. Les fleurs fraîches amenaient de la gaîté. La salle affichait complet, à croire que toute la ville s’était donnée rendez-vous à la même heure. L’endroit n’avait rien de touristique, pas plus qu’il n’était devenu un pèlerinage grotesque pour nostalgiques désireux de cultiver leurs souvenirs. Il y avait là des amoureux, des familles, des amis, des petites et grandes tablées serrées dans un joyeux brouhaha. N’est-ce pas ce que l’on attend d’une institution telle que celle-ci ? De la vie et du bruit ? Enfin une brasserie qui concrétise ce qu’on lui demande : brasser. Rassembler. Il y avait des riches et des un peu moins riches, des notables et des employées de commerce, un père et son fils, deux mamies. On commentait l’actualité : le départ d’un conseiller municipal confronté au cumul des mandats après les régionales, les travaux de la rue Gabriel Vicaire suite au déménagement de la gare routière, le tournage du dernier film de Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri et Mathieu Almaric près de l’école du quartier de l’Alagnier. La France à table… C’était émouvant.

La véritable brasserie se meurt et renaît dans des formats contemporains séduisants mais sans âme. Ici, l’assiette n’était pas exceptionnelle mais tout de même très bonne et c’est exactement ce que l’on espère. Manger vite et bien, s’attarder quelquefois, dans un décor Belle Epoque qui accroche le regard sans se montrer impressionnant. Il y avait d’abord les légumes et crevettes en gelée qu’on ne trouve guère plus que dans les menus-archives des bibliothèques spécialisées. On pouvait arrêter les messieurs en uniforme dans leur course et commander quelques quenelles de brochet sauce Nantua, une choucroute, un tartare, l’andouillette-moutarde, des rognons de veau madère, les grenouilles de la Dombes et la volaille de Bresse bien sûr (Miéral, le fournisseur de l’Elysée et d’autres maisons de haute gastronomie), crémée et coiffée de morilles. Ou la sole meunière exécutée dans les règles de l’art et joliment désarêtée. Un classique fourni avec bol de purée (qu’on aurait souhaité plus beurrée) et épinards à la crème préparés avec soin. L’appétit en vrac, on pouvait lorgner sur les fromages de la maison Cuinet (compté, Bresse-bleu, bleu de Gex) ou passer à la suite, encore plus réjouissante avec l’armoire à desserts de la pâtissière : gros macaron, tarte au chocolat (Valrhona) et cœur mandarine, mousse au chocolat dense dans son saladier, Tatin, Paris-Brest, soufflé au Grand Marnier sans oublier, avec le café, les tuiles aux amandes, les grosses meringues et les cerises à l’eau de vie.

Qu’écrire de plus sinon de remercier Pierre et Pascale Ramboz, héritiers de l’affaire familiale acquise à la fin des années 20, et les encourager… à ne rien changer.

Pratique

Le Français – 7, avenue Alsace Lorraine 01000 Bourg-en-Bresse – www.brasserielefrancais.com

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Auteur

Ezéchiel Zérah 


 

Une réponse

  1. catherine THEVENIN

    Emouvant hommage tout à fait réaliste. Pour avoir été assez peu de fois au Français, j’en ai fortement apprécié la cuisine ainsi que la convialité. Longue vie à cet Etablissement qui se font beaucoup trop rares.

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