Temps de lecture

Moins de 2 minutes


Elle s’appelle Mathilde, à moins que ce ne soit Margaux ou Julie. Une foodista totalement convaincue. A l’excès même, à tel point qu’on se demande si cette drôle de dame n’appartiendrait pas au mouvement du « foodistrass ». Plus qu’une tendance, un vrai mode de vie, une philosophie. Une rigueur même. C’est qu’il faut choisir les ballerines qui siéront le mieux au chou rave du midi, trouver la punchline miracle qui fera cliqueter la centaine de followers sur les réseaux sociaux après la publication d’un selfie sourire utra-brite devant les gâteaux-bijoux du pâtissier du moment. Un quart d’heure de célébrité forgé à coup de likes… Bienvenue dans un monde où cette blonde/brune/rousse sans mousse s’affiche avec un ris de veau braisé sauce Madère comme si elle portait le dernier veston Versace. Aime-t-elle au moins manger ? Y prend-elle du plaisir ? Rien n’est moins sûr puisque toujours à moitié pleine revient l’assiette. Les mauvaises langues murmurent qu’elle régurgiterait sa pitance une fois le dos du maître queux tourné.

Des cuisiniers justement, parlons-en. C’est qu’elle fait souvent copine comme cochonne avec des « amis-chefs » qu’elle ne connaissait pas 120 secondes plus tôt. Ou s’extasie devant un plat pas encore goûté. Combien de fois a-t-on entendu un « c’est merveilleux » alors que les légumes n’étaient pas dressés en cuisine ? Dans le meilleur des cas, notre adepte du foodistrass tient un blog régulièrement actualisé où l’on suit ses frasques. Dans le pire, elle deale deux ou trois posts sur Instagram en échange d’un dîner, d’un cookie ou d’une boîte de surimi (véridique). Ne soyons pas trop durs : il faut reconnaître qu’elle est toujours impeccablement manucurée, un atout de taille lors des pince-fesses qui rythment le calendrier de la profession. Plutôt que par sa plume, elle a parfaitement compris que la disponibilité était son arme fatale. Un vieux briscard de la presse magazine annule au dernier moment ? Pas de soucis, elle viendra gonfler les rangs des présents, parfois même à deux, cinq, dix soirées simultanées.

Quand la food sera moins à la mode, elle trépassera et se recyclera dans le dernier hobbie in (le jardinage, le bricolage, la moto, la culture de paillassons vivants) ou la com’ pour exploiter son « réseau » étalé en grandes pompes. Qu’importe l’univers. D’ici là, elle continuera à briller à coup de smileys sophistiqués, de phrases bien léchées ou de clichés pseudo-artistiques. En 140 caractères bien sûr, filtre photo inclus. Ces quenelles de brochet étaient succulentes mais peu photogéniques ? Tant pis, elles ne passeront pas l’étape du partage public. A l’inverse, une assiette était infâme ? Pas grave, bienvenue au royaume du toujours beau à défaut du toujours bon ! #miseenscène, quand tu nous tiens…

A lire également

Food Porn or not Food Porn ?

Auteurs

Ezéchiel Zérah / © kanashkin


 

 

16 Réponses

  1. Les Tasters

    Bravo Ezechiel,
    Belle prise de positions courageuses qui va à l’envers de la fascination actuelle pour l’image et l’apparence.
    Tous ces comptes sont des journaux intimes qui devrait le rester: les petites adresses de Machin, les pérégrinations de truc muche qui n’ont strictement rien à dire sur la gastronomie et n’ont pas de connaissance, ni de recul.
    Une pollution visuelle qui fait croire que l’on « créer » , pour des pseudo-artistes en image. Toute la difference entre esthétique et art. L’art fait sens, perturbe les représentations, il ne vise pas à faire du beau, sinon c’est de la déco.

    Si on a pas une vision de la cuisine alors pourquoi faire partager sa vie? Le pire, le lifestyle, un nouveau fourre-tout pour ceux qui n’ont pas de sujet. Avec renforts de photo de chaussures dans les resto, de latte avec macbook (du sucre et du lait dans du café, bonjour la dégustation), de chats, de fleurs, d’ongles vernis, etc…
    Et la cuisson, les ingrédients, le sourcing, les cuissons, les accords, le parcours du chef, le style de cuisine, ce que cela exprime, dans quelle tradition ou courant cela s’insère, notamment par rapport aux autres adresses équivalentes? Rien, wallou!

    Je rencontre de plus en plus de personnes qui sont déçus de cette approche, et surtout de la part des restaurateurs qui ne ressentent pas une perception juste de leur travail, de leur engagement, de leur choix. Alors ils prennent toujours, en pensant que cela peut amener des clients curieux et ouverts mais dans le fond ils n’en pensent pas moins.
    Toutes les photos se ressemblent, une sorte de carte touristique des villes avec des images des portes, des veilles voitures ou devanture pour attirer les lecteurs étrangers.
    Du rêve de pacotille pour représentation en carton pâte, du flou en guise de mystère, de la couleur à la place de la joie. Faire croire qu’on a une vie palpitante en 2 clics, bref de la pub low cost sur une fausse vie en guise de rêve…

    Répondre
  2. Koldeko

    Quand la Food traîne trop longtemps dans l’attente de la photo parfaite… elle fermente et à la fin… effectivement ça saoule.
    Aux Mathilde, Margaux ou Julie qui surfent dans le paraître je préfère mille fois les missionnaires de https://www.josephine.com/ et de http://www.mamie-regale.fr/ qui sont dans l’être de ce le Food peut représenter. Merci pour le post.

    Répondre
  3. mylittlerecettes

    Je trouve le billet un peu categorique même si je partage au global le point de vue qui ne se limite pas à la gatronomie. Les « instagrameurs » ou Snapchateurs, égocentriques et sans connaissances gastronomiques sont devenus nombreux. A qui la faute ? Les consos ne veulent plus lire ils veulent voir.
    Ajoutons à la décharge de ces foodistas qui ne sont pas toutes des nouilles, que des marques et des chefs les sollicitent avidement. Enfin les agences de rp qui invitent ces personnes, vont rarement, pour un tres grands nombre d’entre elles, voir s’il y a du contenu derriere ces profils, si les suiveurs sont reels ou fictifs. brefs, tous un peu coupable de la situation.
    Et puis dites donc, sur Atabula, parmi vos personnalites influentes, tout le monde est pro en gastronomie et personne ne fait copine/copain comme cochon ou cochonne avec les chefs ? 😉

    Répondre
  4. Camille

    Que de clichés dans cet article… Ces arguments sont bien trop légers et catégoriques.
    Que faites vous des passionnés de gastronomie? Si Mathilde ou Julie aiment poster des photos d’assiettes sur fond de mocassins à paillette, où se situe votre problème? Pour ma part, je m’intéresse réellement au monde culinaire, et les articles de Mathilde ou encore Julie me passionnent et me permettent de faire de nombreuses découvertes.
    Votre article haineux ne respire pas l’intelligence….ni une grande ouvertire d’esprit.

    Répondre
  5. Léa

    C’est sûr que de construire un article autour de rumeurs, cela relève du grand journalisme. Dîtes plutôt que vous avez les boules, cela reviendra au même.

    Répondre
  6. Anthony

    A bon entendeur…
    Cryptos photographes et cryptos gourmets passez votre chemin!
    Merci Ezéchiel pour votre billet d’humeur.
    Je ne peux que vous donner raison, tant comme photographe culinaire que comme vrai mangeur.
    Merci Atabula.

    Répondre
  7. Coraline

    Beaucoup d’agressivité, beaucoup d’aigreur et pas vraiment de fond. Un article défouloir et c’est bien dommage de lire ça ici.

    Répondre
  8. MichOui

    hahaha cet article est très juste. par contre j’étais déçus de voir sur Instagram que tu fais exactement la même chose que Mathilde, Julie ou Julien.

    Répondre
  9. dubari

    En dehors de l’univers parfois très girly et narcissique, les photos exagérément retouchées, la prose extatique devant un fish and chips, je ne vois pas grand chose à reprocher à ces blogueurs et blogueuses qui croient sauver l’humanité en donnant une adresse du triangle Marais, Faubourg Saint Denis – Saint-Germain. Souvent pour faire de la redite ou un écho sans fin aux spots testés par Mina dans Très très bon… (oui parfois le contraire se produit) Non, c’est de la rigolade et plus sérieusement, je crois qu’elles auraient tort de se priver de ce passe-temps dont le pouvoir de nuisance est proche de zéro. A partir du moment où l’on a commencé à adjoindre au mot blogueur celui d’influenceur, ces gens ont eu le sentiment d’être importants comme si elles avaient une fonction vitale, une prise sur le destin des modes culinaire, vestimentaire, cosmétique… Quant à tous ces blogs de foodistrass, ceux qui ne les aiment pas ne devraient pas s’en infliger la lecture et aller voir ailleurs, car rien ne nous les impose sinon un clic maladroit sur un lien égaré…. Je pense que tout cela, si c’est archivé et je crois que ce doit l’être par la BNF, donnera matière à dissertation dans 150 ans aux étudiants en sociologie, si la discipline est toujours enseignée.

    Répondre
  10. Puechbroussou

    Bonjour, tout en étant d’accord avec le fond, et l’irritation causée par la mode de la bonne bouffe et ce que cela peut entraîner de superficiel, je suis choquée du ton profondément misogyne de cet article. La vacuité et le narcissisme sont-ils l’apanage des femmes ? Je ne crois pas. Certains reproches me semblent faciles. Après tout, où est le mal ? Je suis d’accord avec dubari. Libre aux followers de ces « foodistrasss » de trier le bon grain de l’ivraie, et d’en faire leur propre miel. Personne n’est dupe dans ce petit jeu. Arrêtons de prendre les lecteurs pour des abrutis.

    Répondre
  11. Géraldine

    Journaliste culinaire depuis quelques années, je m’étonne encore de la misogynie des ces messieurs journalistes, rédacteurs en chef et autres petits boss qui pensent avoir l’exclusivité du bon goût et de la connaissance en matière culinaire. Je vous ai lu beaucoup plus pertinent… Votre prise de position vise tout le monde et personne à la fois ce qui rend le message complètement vain (et inintéressant). Et pourtant vous pointez du doigt un phénomène réel qui m’exaspère également…

    Répondre
    • Aline

      Si tu es la Journaliste que je crois que tu es… tu n’es pas dans cette catégorie, à mon avis et celui de beaucoup !

      Répondre
  12. Cyril

    Eh, les filles (Aline et Géraldine), les articles d’Ezechiel sont fait pour provoquer les moins intelligents d’entre nous, vous valez mieux que çà non ? Le mouvement est totalement futile et inutile (rime riche) voire nuisible, mais l’ignorer est la meilleure arme ! Bises.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.