Recherche Gault&Millau Japon, mais pas désespérément. La première édition nippone du fameux guide brille par son silence médiatique depuis sa soirée de lancement le 1er décembre. Le classement n’a généré quasiment aucune retombée médiatique, ni en japonais, ni dans une autre langue. Le site web de Gault&Millau Japon, mis offline fin novembre, n’est toujours pas revenu en ligne. La veille du lancement, Gastronomy & Partners, qui exploite la licence Gault&Millau au Japon, nous assurait pourtant que le site était « en train de migrer » et allait réapparaitre le jour du lancement. Quant à Gault&Millau, il fait comme si ce lancement n’avait jamais existé, préférant faire des gorges chaudes de la Pologne, grande puissance culinaire comme chacun sait, ou annoncer « le restaurant de Tomer Sisley » dont la crédibilité gastronomique parle d’elle-même.

Mais la discrétion est parfois un bien. Depuis sa timide parution les chefs interrogés fustigent son classicisme. Les quatre tables notées 19/20, toutes 3-étoilées dans le Michelin, sont les adresses les plus « évidentes » du pays (à l’instar de Joël Robuchon) – quand elles n’apparaissent pas en perte de vitesse, comme le mythique Quintessence, accusé de ne pas se renouveler beaucoup depuis dix ans. Le « prix de la transmission » conféré au vétéran Kyomi Mikuni, dont la cuisine est considérée comme rétrograde, fait aussi beaucoup grincer des dents. Tous les chefs interrogés en revanche se réjouissent du coup de projecteur apporté par le Gault&Millau à de jeunes talents japonais.

gault-millau-japonPourquoi ne pas avoir reçu Harumi Osawa lorsqu’elle est venue a Paris fin août ? Pourquoi ne pas avoir tenu compte des mises en garde précises des chefs et des autorités touristiques françaises ?

Même en mettant la jeunesse de son côté, le petit guide jaune n’est pas sorti de l’auberge japonaise. Au sortir du lancement le propriétaire de la marque, Côme de Cherisey, se faisait fort de régler le conflit qui oppose les ex-associés français et japonais de Gault&Millau Japon devant la justice locale, parlant de « cette affaire de 30 000 euros ». Or Harumi Osawa, la principale plaignante, exige solidairement avec ses anciens associés 13,7 millions de yens, ou 113 000 euros, en remboursement de leur investissement dans l’affaire. Sa dispute avec Hervé Couraye, qu’elle accuse d’avoir abusé de sa confiance, n’est pas prête de quitter le tribunal. « Mettons les choses au point : je n’ai pas l’intention d’accepter le règlement de mon cas indépendamment de celui de mes partenaires. Nous attendons le jugement de la Cour », explique Harumi Osawa. A ce rythme là, alors que les sponsors ont déserté et que le guide n’a été imprimé qu’à 3000 exemplaires et ne fait même pas l’objet du service minimum de communication, on se demande bien comment un modèle économique pérenne pourrait apparaitre. « Il faut au moins 300 000 euros chaque année pour réaliser sérieusement un guide gastronomique pour une région japonaise », tranche un familier de l’industrie.

Mais il y a mieux – ou pire. Harumi Osawa prépare, avec l’équipe de gourmets qu’elle avait recrutés à l’origine pour le Gault&Millau, son propre classement, dont la parution est prévue au printemps prochain sous le titre « Les meilleurs ». « La raison pour laquelle j’avais pris la décision de travailler pour Gault&Millau était de faire connaître les terroirs du Japon à l’étranger. Pas seulement Tokyo et Kyoto, mais toutes les régions de mon pays. Cet objectif ne change pas, même après l’affaire Gault&Millau. « Les meilleurs » est notre outil pour cela », déclare-t-elle, assurant qu’il n’y a aucune confusion entre le travail effectué pour le guide français et celui pour son classement.

« J’ai le plus grand respect pour la culture japonaise », clamait Côme de Cherisey lors de son passage à Tokyo. Alors pourquoi ne pas avoir reçu Harumi Osawa lorsqu’elle est venue a Paris fin août ? Pourquoi ne pas avoir tenu compte des mises en garde précises des chefs et des autorités touristiques françaises ? Entre un tour en Pologne et un au Canada, son passage dans ce pays a tenu de la dégustation à l’aveugle. Le Japon n’est pas qu’une licence ; c’est aussi, précisément et premièrement, une culture.


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Régis Arnaud

2 Réponses

  1. Pitch

    C’est marrant de systématiquement taper sur tous les palmarès (Michelin, Gault & Millau, La Liste).
    On serait pas un peu jaloux d’être laissé au bord de la route ?

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    • Franck Pinay-Rabaroust

      Cher Pitch Patch, merci de ce commentaire. Et, effectivement, entre la Liste hier et Gault&Millau aujourd’hui, cela fait quelques critiques difficiles sur les guides et les classements en très peu de temps. Hasard du calendrier. Mais je peux vous assurer que ces critiques ne sont pas le fruit de la moindre jalousie ou je ne sais quoi de négatif. Atabula n’est ni un guide, ni un classement, mais un média qui informe et qui ose apporter un regard critique sur l’actualité gastronomique. Non, la critique négative n’est pas le symptôme de je ne sais quelle frustration…

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