Atabula y était… à la réunion du Club des Croqueurs de Chocolat

Hôtel Royal Monceau, 18h30. Au premier étage du palace de l’avenue Hoche, le salon André Junot accueille au compte-goutte deux tiers des 150 membres du Club des Croqueurs de...

Hôtel Royal Monceau, 18h30. Au premier étage du palace de l’avenue Hoche, le salon André Junot accueille au compte-goutte deux tiers des 150 membres du Club des Croqueurs de Chocolat venus pour la traditionnelle réunion du trimestre. Au menu ce lundi, les tablettes et autres bonbons d’une quinzaine d’établissements lauréats du guide annuel du « CCC  (plus de 3 000 exemplaires écoulés) publié chaque automne à l’occasion du Salon du Chocolat parisien. Pour l’anecdote, c’est le fondateur des Croqueurs qui souffla l’idée d’un évènement grand public à organiser dans la capitale. Lequel draine aujourd’hui 130 000 visiteurs sur cinq petits jours et s’exporte jusqu’à Séoul. Le milieu du chocolat peut remercier feu Claude Lebey…

L’étiquette Croqueurs de Chocolat générerait entre 15 et 30% d’augmentation d’activité

Président de l’association et animateur en chef de la soirée, le journaliste Jacques Pessis commence justement avec quelques mots à l’égard du créateur récemment disparu, salue sa « verve habituelle ». Il y a 30 ans, les Croqueurs furent pensés à 16 mains. Ne restent aujourd’hui que celles de Nicolas de Rabaudy. Moins apôtre du passé que tourné vers l’avenir, le club présente ses deux nouvelles recrues. L’une est psychologue du travail et a séduit le bureau par sa lettre enflammée envoyée au culot. L’autre évolue chez France 2 et a été cooptée par deux membres comme c’est habituellement le cas. Le mensuel Capital recensait en 2008 le Club des Croqueurs dans sa sélection des cénacles « accélérateurs de carrière ». Jacques Pessis réfute la qualification. « On ne parle que de chocolat » avance-t-il avant de pointer les profils hétéroclites des mangeurs de cacao. Présents dans la salle aux murs boisés ce 30 janvier : un enseignant, l’ex-directeur de la création de chez Fauchon, un milliardaire issu de l’industrie, une romancière éditée au Seuil, l’aînée d’une famille de grands restaurateurs en Côte-d’Or, l’ancien patron de Thomson ou encore une presque trentenaire employée par un fabricant de couches pour bébés. Attablée près de l’auteur de ces lignes, Valentine Tibère, « chocolatologue » qui compte parmi ses faits d’armes l’écriture d’un livre avec Pierre Hermé et un second ouvrage listant les 101 tablettes qu’il faut avoir goûté dans sa vie. La cotisation, elle, est des plus démocratiques : 120 euros l’an. Six fois plus pour les bienfaiteurs (volontaires) du club.

Les corbeilles de pain tranché (probablement de la maison Poilâne, l’héritière du boulanger parisien étant administratrice des Croqueurs) et eaux plates jonchent les nappes blanches histoire d’aérer les gosiers entre deux bouchées. La session peut commencer. Défilent alors sur plateau ardoise comme sur scène une dizaine d’enseignes récemment mises à l’honneur dans la dernière édition du guide. Satisfaites, elles le sont, et pour cause : l’étiquette Croqueurs de Chocolat générerait entre 15 et 30% d’augmentation d’activité. Parmi elles, Olivier Vidal (Auxerre), la Chocolaterie du Blason (Clermont l’Hérault), Edwart (Paris), la Chocolaterie de Pont d’Aven dans le Finistère, Henner Frères (Strasbourg), Hasnaâ (Bordeaux), Marc Verdant (Besançon). Citons aussi le Japonais Shigeyuki Oishi venu spécialement de Tokyo pour l’occasion. L’un des chocolatiers conviés s’est même fait inscrire sa notation sur veste. Pourquoi pas… Après tout, un cuisinier français ne s’était-il pas fait tatoué une étoile Michelin sur la nuque ?

A la vue des vestons cravatés de la gente masculine et coupes impeccables des dames, les nouveaux introduits croiraient deviner les sensibilités politiques de leurs désormais pairs. En matière de fèves pourtant, le club ne verse pas vraiment dans le Tea Party. La preuve ici avec un décalé praliné curry chaudement récompensé, là un jeune artisan distingué qui sillonne les principales cités du Vaucluse à bord de son fourgon Citroën d’époque. Là encore un Parisien décoré qui fait uniquement dans le chocolat sans sucre. Le guide de 169 pages se veut lui aussi défricheur et compte des adresses en Israël (IKA Chocolate), en Hongrie (Zangio Chocolates), au Brésil (Chocolat du Jour) ou au Liban (M de Noir).

Le brouhaha est joyeux quoique studieux. A chacun son style : certains désossent les bonbons à l’aide d’un couteau, d’autres font dans la découpe molaire. Cheville ouvrière du club en charge du panel de dégustation, le sérieux Alain Blanchon revient sur les conclusions du comité réduit qui se retrouve tous les mardis chez Boissier avenue Victor Hugo. « Eblouissement de notes aromatiques avec de la noisette grillée ». « Fraîcheur remarquable de cette ganache citron ». « Très équilibré, avec une belle longueur en bouche ». « Le panel a aimé la saveur raffinée de la violette ». Deux heures plus tard, les convives quittent leur fauteuil palacier la mine réjouie. Il fut un temps où la valeureuse assemblée se donnait rendez-vous dans une autre institution hôtelière de la capitale (le 25 avenue Montaigne puisque vous insistez). Jusqu’à la prochaine réunion, les Croqueurs de Chocolat pourront patienter en décortiquant leur guide, publié aux « Editions de la Confiserie ». Gourmandise, quand tu nous tiens…


Ezéchiel Zérah / ©EZ

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