Spéculer est un art, nullement une science. La preuve : Jean-François Piège n’a pas eu sa troisième étoile dans le tout nouveau tout chaud guide Michelin 2017. Elle lui était pourtant promise, attendue et déjà sussurée par le chef lui-même. Sauf que les augures se sont plantés. Ca fait mal.

Nommé « créateur de l’année » par le festival Omnivore Paris en 2014, « Homme de l’année » par le magazine GQ en 2015, élu « chef de l’année » par deux pseudo guides gastronomiques, Pudlo et Champérard, en 2016… Année après année, Jean-François Piège a enchaîné les distinctions, imprimant de façon pérenne sa signature dans l’actualité gastronomique.

Retour sur un parcours. Ses premiers pas, c’était en tant que sous-chef au restaurant Louis XV à Monaco. Le Valentinois démarrait alors une carrière dont la première partie pourrait être estampillée « Alain Ducasse ». À l’occasion de ce chapitre, le jeune chef goûte déjà au plaisir des trois étoiles, lorsqu’il dirige, d’une main de fer, la brigade du restaurant Alain Ducasse au Plaza Athénée, à Paris. Jean-François Piège prend son envol en 2004 pour tenter une nouvelle aventure au restaurant « Les Ambassadeurs » à l’hôtel de Crillon, dans la capitale. Une page se tourne pour Piège qui parvient à imprimer sa signature culinaire sous les dorures d’un établissement historique. 

Sur sa lancée, le chef tente un nouveau pari aux côtés de l’homme d’affaires Thierry Costes en s’occupant de la brasserie Thoumieux, puis d’un restaurant gastronomique. Dans le 7e arrondissement, Jean-François Piège casse les codes et ose la pizza soufflée ou remplace les spaghettis par des calamars pour réaliser une carbonara. Il n’hésite pas à déranger en servant des churros dans le cadre élégant de sa nouvelle maison. Piège glane alors deux étoiles au guide Michelin. Mais le chef comprend rapidement qu’il aura du mal à « prendre » la troisième chez Thoumieux. Pour cela, mais également à cause de dissensions avec Thierry Costes, Piège s’en va tenter sa chance…. Chez lui.

En 2015, le maître du blanc-manger décide de voler de ses propres ailes en déménageant sa table doublement étoilée au 7 rue d’Aguesseau, dans le prestigieux 8e arrondissement . Le nom a fait causer : « Le Grand Restaurant – Jean-François Piège ». Dès 2016, Michelin suit sa jurisprudence habituelle et remet immédiatement les deux étoiles. Omniprésent dans les médias, Jean-François Piège met en avant sa dimension « investisseur » et répète à l’envi qu’il a engagé quelques millions d’euros dans son affaire. Entre temps, le chef avait ouvert Clover (Paris 6e arr.) puis, en novembre dernier, Clover Grill dans le centre de la capitale.

La stagnation de Piège à deux étoiles va être très dure à digérer pour un homme qui se faisait à l’idée d’obtenir le Graal en 2017. Logique puisque tout le monde lui assurait cette récompense depuis plusieurs semaines, toutes les rumeurs allaient en ce sens, même Alain Ducasse l’affirmait en privé. Sauf que Jean-François Piège avait tout le monde avec lui, sauf le Michelin. Partie remise en 2018.


Franck Pinay-Rabaroust

2 Réponses

  1. Rafael

    Il faut aller déjeuner chez JF Piège pour comprendre pourquoi il n’a pas trois étoiles, plutôt que de glaner les ragots.
    La cuisine de Piege etait et reste tres en deçà du niveau trois étoiles français.
    Peut être le chef pourrait-il etre dans sa cuisine plus souvent ?

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    • Derain

      Il faut avoir faim et être très bien couvert pour manger dans ce « restaurant » qui ressemble à un refuge de montagne en 1960 pour James Bond.

      007 pour la déco !!! avec éclairage pour salon de coiffure………….

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