Chère Brigitte Bardot,

Ce n’est pas sans une certaine émotion que je me permets de m’adresser à vous, vous l’actrice mythique, l’égérie trans-générationnelle et la figure emblématique de l’émancipation des femmes. Un sacré pedigree qui ne vous empêche pas de déverser des tombereaux d’horreurs. Et, disons-le tout net : des grosses conneries ! Vous venez tout juste de mettre les pieds dans le plat et de piétiner allégrement l’image de la gastronomie française. « Que la France tire sa gloire de la gastronomie, ça me dégoûte ! […] On est vraiment loin des Lumières. C’est le siècle des fourneaux ! C’est insupportable » déclamez-vous dans une interview accordée au magazine Le Point. Certes, vous êtes une habituée des provocations en tout genre – incitation à la haine raciale, contre le métissage, l’homosexualité ou l’islam – et des condamnations judiciaires, mais cette nouvelle saillie contre la place de la gastronomie en France suscite chez moi quelques incompréhensions.

Pourquoi donc s’en prendre à ce pan historique et culturel de notre pays, riche et complexe et somme toute assez indéfinissable ? Que vous rejetiez la consommation de viande parmi les pires horreurs humaines, soit, c’est un choix personnel qui se respecte quoique contestable, mais de là à vouer aux gémonies toute la gastronomie, c’est une prise de position intenable. Car sans fondement. Votre dégoût pour cet art d’agrément n’a d’équivalent que le ridicule profond de vos propos. Cette gastronomie, chacun l’a consomme comme il veut, comme il l’entend, à domicile ou au restaurant, seul ou à plusieurs. Qu’elle soit politisée ou marketée, la gastronomie reste avant tout un humanisme (je me permets quelques références aux Lumières…) de l’assiette où l’utilitarisme brut cède sa place au plaisir d’un savoir-être et d’un savoir-vivre respectueux de l’autre. Votre référence aux Encyclopédistes est en outre bien légère puisque leur position sur la question est plus complexe qu’un dégoût pur et simple de « la science de la gueule » pour reprendre l’expression de Montaigne. Pour Diderot, le rejet de la « cuisine par excellence » repose sur sa complication progressive et l’excès de raffinement. Or, chère Brigitte Bardot, sortez donc de votre tour d’ivoire pour découvrir la gastronomie d’aujourd’hui : vive, dynamique, loin de toute complication. L’heure est à l’évidence du produit, à la cuisine simple. Actualisez vos références !

Quant à savoir si la France tire sa gloire de sa gastronomie, la réponse est oui. Merci de le souligner ! Depuis quelques années, notre beau pays s’est emparé du sujet, avec quelques retards d’ailleurs sur d’autres contrées qui ont saisi tout l’intérêt du discours sur la bonne chère. N’avez-vous donc jamais fêté vos plus beaux rôles au restaurant, autour d’une jolie table où vous réunissiez le temps d’un repas les gens que vous aimiez ? La gastronomie, c’est aussi et surtout ça : du partage. Alors, plutôt que de partager vos provocations nauséabondes, retrouvez ne serait-ce qu’une fois le plaisir de voir un plateau se rapprocher de vous. Non pas un plateau de cinéma, mais un plateau rempli de beaux produits. Votre dégoût disparaitra d’un coup. Clap de faim.


Franck Pinay-Rabaroust / Flicker-Miguel Ángel Coronel

12 Réponses

  1. Francis PARLANT

    Mais oui Brigitte, relisez un peu l’Encyclopédie de Diderot ! Ce que vous croyez croit dénoncer comme une déviance de notre l’époque matérialiste était déjà en place : « Les François saisissant les saveurs qui doivent dominer dans chaque ragoût, surpassèrent bientôt leurs maîtres, et les firent oublier : dès-lors, comme s’ils s’étaient défié d’eux-mêmes sur les choses importantes, il semble qu’ils n’ont rien trouvé de si flatteur que de voir le goût de leur cuisine l’emporter sur celui des autres royaumes opulents, et régner sans concurrence du septentrion au midi. » http://xn--encyclopdie-ibb.eu/index.php/science/1027774185-mechanique/706273735-CUISINE. Mauvaise pioche Brigitte ! Same player tries again.

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  2. vila janine

    bonsoir
    de toutes façons la cuisine du FUTUR sera gastronomie viande végétale, que vous le vouliez ou pas, le monde évolue et prends enfin petit a petit conscience qu’on ne massacre plus des animaux, qui sont des êtres vivants, juste pour le plaisir de la soit disant gastronomie, je ne comprends pas comment on peut manger des cadavres qui ont souffert le martyr, les bases d’apprentissage de cuisine sont aujourd’hui complètement erronées. A bon entendeur …

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    • Francis PARLANT

      Sauf que vous êtes à côté de la plaque (vous aussi), on ne parle pas de viande ici mais de gastronomie, globale, et jusqu’à preuve du contraire ça inclue la viande, le poisson, mais aussi les légumes, les fruits, etc. Mais que vous dissociez gastronomie de ce qui est exclusivement végétal finalement, n’est pas surprenant. Le quinoa seul ne suffit pas à entretenir les neurones à l’évidence.

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      • vila janine

        vous parler de VOS neurones qui sont bien déficientes a cause de la viande, comment défendre un génocide animalier, regarder les vidéos sur l’horreur que subissent les animaux dans les abattoirs, est-ce cela être gastronome ?

    • Gibritte Darbot

      Difficile d’amoindrir plus efficacement un débat à la seule dimension « végétarien/carnivore » tout en postulant, dans un raccourci ahurissant, que les gastronomes carnivores (ou plutôt omnivores) sont tous des psychopathes cruels et insensibles à la cause animale… Il y a des gastronomes, des restaurateurs et même de simples gourmets qui souhaitent continuer à manger de la viande dans des proportions raisonnables et sans faire souffrir les animaux. Envoyer au bûcher toute la gastronomie française (patrimoine culturel immatériel de l’humanité, soit dit en passant) parce qu’elle contient de la viande, c’est d’un radicalisme désespérant.

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  3. patito

    vous êtes un peu sévère car vous oubliez de dire qu’elle visait une France connue par ses fourneaux plus que par ses écrivains ou ses inventeurs
    nous pourrions avoir les deux mais je lui répondrais : chère Brigitte

    Nous sommes fier d’exporter notre science culinaire et un peu moins de voir l’inventeur d’un fantastique engin volant dans l’obligation de quitter le pays où on lui interdit toute utilisation de cet engin

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  4. Jean

    Chère Mme Bardot,
    L’indigence de la réponse qui vous est faite, nous fait comprendre combien votre phrase vous donne raison. La gastronomie ne fut que la résultante d’un art de vivre. Cet art de vivre ayant disparu, la gastronomie s’en trouve essouflée.
    Elle n’est plus capable que de nourrir, ces esprits simples qui ont fait de leur ventre des Dieux. Dieux qu’ils ne savent même plus honorés d’ailleurs. Où sont passés les plats mijotés, les saveurs d’antan, quand tout n’est plus que mal bouffe et pesticide. Ce qu’ils appellent gastronomie, combien sommes nous encore à pouvoir dire que c’était la cuisine quotidienne de nos mères et de leurs mères, cuisine de notre enfance, et combien de grands chefs le sont en souvenir de leur enfance?

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  5. Charles

    L’art culinaire Français étant connu dans le monde entier, la table à la française ayant été reconnue au patrimoine mondial de UNESCO , notre histoire culinaire ayant été chanté par nos plus grands écrivains (Rablais, Hugo, Proust…) la brigade de cuisine, la cuisine, la nouvelle cuisine, la bistronomie étant des inventions françaises, le culinaire fait donc parti de la France, on ne peut pas l’en chasser ce sont ces racines ! Il serait bon que les partisans de la bannière bleu-Marine s’appliquent à eux même « La France on l’aime ou on la quitte ! « 

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