Le phénomène Cédric Grolet (Le Meurice – Paris)

C’était le 21 octobre 2014, sur les coups de 11h. Lors de notre première rencontre avec Cédric Grolet, le chef pâtissier du Meurice, en fonction depuis septembre 2012, ne possédait pas le moindre compte Instagram. L’Appelou qu’il est affichait alors un sourire crispé, une timidité visible, encore émerveillé par son environnement doré (« je rêve de travailler pour une clientèle aisée sur des bateaux » indiqua-t-il à la presse locale lorsqu’il fut désigné Meilleur Apprenti d’Auvergne à 18 ans). Trois titres et 340 000 abonnés plus tard, Cédric Grolet s’est définitivement imposé comme la nouvelle figure de la scène sucrée française. Il fallait le voir lors de la dernière session du Club des Sucrés, le ton poli mais l’allure déjà impériale avec son manteau beige épais. A ses débuts, « pendant six mois, le Meurice lui a fait la misère : il était même prêt à jeter l’éponge. J’ai appelé Alain Ducasse et la direction de l’hôtel pour leur dire que ce n’était plus possible » racontait Christophe Michalak à Atabula. Ironie du sort, l’actuel boss sucré du palace parisien compte aujourd’hui cinq fois plus d’aficionados en ligne que son employeur et beaucoup plus aussi que le chef monégasque. Soit davantage que Jean Dujardin et Johnny Hallyday réunis. Peu importe que Wikipédia le boude encore : Cédric Grolet est demandé par tous et partout pour animer des masterclass. Belgique, Angleterre, Italie, Russie, Ukraine, Mexique, Israël, Thaïlande, Singapour, Hong-Kong, Australie, Norvège, Espagne, Grèce, Los Angeles et Chicago Outre Atlantique…

Grosse actualité à venir : la publication en septembre d’un beau livre aux éditions Alain Ducasse sur lequel il planche depuis des mois et qui s’annonce déjà comme un best-seller compte tenu de son aura. « L’idée est de montrer tout ce qui se passe en une année en pâtisserie autour du fruit » révèle Cédric Grolet. Comprenez : les créations à l’assiette issues du restaurant gastronomique de l’hôtel, les fruits sculptés pour le tea time et le Dali, table bis du Meurice, et même des viennoiseries aux fruits. L’homme ne cache pas ses ambitions d’installation à son compte, avouant au journal Le Progrès qu’il aimerait un jour « faire de (son) nom une marque de pâtisserie et l’implanter dans les plus belles capitales du monde ». Ce sera pour bientôt avec une boutique parisienne à l’enseigne Cédric Grolet qui devrait voir le jour dans le courant de l’année, rue de Castiglione (Ier arrondissement). Un projet validé par Alain Ducasse lui-même et financé par le Meurice qui souhaite à tout prix garder son poulain.

Certains évoqueront que son statut est d’abord dû à la force de frappe du service communication du 228 rue de Rivoli, épaulé par le système Alain Ducasse. D’autres souligneront que son succès est la conséquence d’une brigade XXL forte de 25 jeunes loups dont il cultive le sens de la compétition avec des concours internes fréquents. Mais l’essentiel est ailleurs : ses créations affichent non seulement une identité reconnaissable en un coup d’œil mais elles parlent également, visuellement, à un large public en plus de proposer des goûts francs et subtils. Raffinement extrême d’une part, forte lisibilité de l’autre. Ses desserts « marquent » les foodies, ici les fruits reconstitués bluffants (pomme verte, citron, noisette, poire), là les tartes citron, pommes et Saint-Honoré hautement précis, là encore le Rubik’s Cube qui affole les compteurs sur le web.

Le « Citron » par Cédric Grolet, hôtel Le Meurice à Paris

A 31 ans, Cédric Grolet peut se targuer de déjà compter des disciples parmi lesquels Maxime Fréderic (L’Orangerie à l’hôtel George V), Eunji Lee (Jungsick à New York, deux étoiles au guide Michelin), Aurélien Rivoire (Yannick Alléno avec le 1947 à Courchevel et Ledoyen à Paris), Nina Métayer (Le Grand Restaurant de Jean-François Piège), Nicolas Innocenti (L’Escargot 1903 récemment étoilé à Puteaux) ou encore Mathieu Lobry, chef pâtissier sous les ordres de Yann Couvreur. On ne se fait guère de soucis pour ses lieutenants et sous-lieutenants du moment, Yohann Caron, Thibault Thauchard, François Deshayes, Marine Urbain et Ariitea Rossignol, qui s’épanchent eux aussi avec réussite sur Instagram. Le réseau digital est justement l’arme principale de Cédric Grolet. Lui qui ne s’est pas forgé de notoriété télévisuelle compense avec les centaines de milliers de fans qui le suivent assidûment. Les chiffres des réseaux sociaux où il est présent, Cédric Grolet les booste lors de ses démonstrations en France et à l’étranger, les participants relayant alors en ligne les photos du maître avec le mot-clé « #cédricgrolet ». Ce n’est pas un hasard si le week-end dernier, la boutique Fou de Pâtisserie (de la revue de même nom, ndlr) générait à Paris une file impressionnante de becs sucrés qui ont patienté jusqu’à cent vingt minutes pour s’offrir du Cédric Grolet, exhibant avec fierté leur trophée du jour. Soit sa fameuse « Noisette » (biscuit dacquoise noisette, crème à la noisette, praliné et cœur coulant caramel), produite à 1 700 exemplaires pour l’occasion, qui se monnayait à prix démocratique contre 18 euros à la carte du Meurice.

Tous les dix ans, un nouveau maestro bankable se révèle et donne le la. Pierre Hermé dans les années 90. Christophe Michalak au début du nouveau millénaire. Au tour de Cédric Grolet.


Cédric Grolet en dates 

Août 1985 – Naissance à Firminy (Loire)

Septembre 2012 – Nommé chef pâtissier à l’hôtel Meurice à Paris

Septembre 2015 – Chef pâtissier de l’année par le magazine Le Chef

Avril 2016 – 100 000 abonnés sur Instagram

Septembre 2016 – Meilleur Pâtissier Relais Desserts

Octobre 2016 – Chef pâtissier de l’année par les Trophées de la gastronomie et des vins 

Février 2017 – 300 000 abonnés sur Instagram  / Le concept-store parisien Colette distribue son cookie « cacahuète et caramel fleur de sel »

Mars 2017 – Prix Omnivore du Pâtissier


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Ezéchiel Zérah / Photos ©Lisa Klein Michel

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