Il avait même prévenu qu’il partait. Dans un court mail, écrit presque à la va-vite, JP Géné annonçait tout à trac sa maladie et son inéluctable verdict : la mort. Celle-ci est survenue rapidement, très rapidement. Trop rapidement. Il n’y avait aucun pathos égocentré dans son message ; simplement des faits et la conséquence des faits. Jusqu’au bout, Géné aura veillé à ne jamais se mettre en avant, même en écrivant sur son imminente disparition.

Je n’étais ni un ami, ni un intime de ce journaliste discret, ultra professionnel, bon vivant et rigolard. Mais j’ai eu la chance de discuter quelques fois avec lui, de me faire interviewer à plusieurs reprises, et deviser du métier en descendant du bon vin. Il y avait toujours chez lui une envie de parler et le désir de se taire. Il connaissait l’univers des casseroles par cœur, il ne faisait état de ses connaissances qu’avec parcimonie, il écrivait sur les sujets qu’il voulait. Un électron libre (r)attaché à son journal, papier de préférence. JP Géné était un journaliste à l’ancienne, connu de tous et connu de personne. Il s’amusait allègrement des initiales incertaines de son prénom – JP pour Jean-Paul – qu’il ne devait guère apprécier et de Géné, un simple diminutif de son nom de famille – Généraux -, utilisé comme un surnom. Géné pour tout le monde. Ce choix n’était pas sans fondement, probablement la trace d’une certaine discrétion qu’il a toujours entretenue, comme une envie de passer inaperçu à une époque où être vu et reconnu est synonyme de notoriété et de gloire, à défaut de définir un talent.

Du talent, Géné en avait à revendre. Son écriture était limpide, directe et franche. Il savait de quoi il causait. Et il causait, surtout de tout, jamais de rien. La cuisine, mais pas seulement. L’homme a bourlingué, partout dans le monde, et pas pour faire bronzette. Son autre sujet de prédilection était l’herbe, la bonne, celle qui se fume. À cause d’elle, il connut la case prison, mais également la case « notoriété » avec son « Appel du 18 joint ». Un must de manifeste. Géné était ainsi : un journaliste engagé, entier, caractériel comme tout militant qui se respecte.

Il avait prévenu. Dans un court mail. Alors, ne faisons pas trop long. Ses écrits manqueront, forcément. Sa voix, ses idées, aussi. Ce 23 mars 2017, JP Géné est mort. À ceux qui restent de tenir plus fermement encore la plume et de continuer son combat contre la malbouffe et le vrai goût des choses. Dans cette lutte intemporelle du bon goût, Géné a marqué son temps.


Franck Pinay-Rabaroust


3 Réponses

  1. Mesplède JF

    JP Gené était un gars bien, discret, connaisseur, bon vivant
    Il manquera au paysage gourmand même s’il affectionnait la discrétion
    Une pensée pour lui

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  2. AVIOTTE. Alain

    Chez Ducasse, dans le hall du Louis XV gavé des fournisseurs en tout genre du maitre: poissons qui bougent encore, champignons sortis de terre au clair de la dernière lune, toi et moi comme deux mômes, s’extasiant de tout, goûtant à tout entre deux vannes, buvant des coups au hasard de nos extases. Alors que finalement on se connaissait juste comme ça. Ce jour d’épiphanie risque perdurer assez longtemps dans ma mémoire. Salut l’artiste.

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  3. Michel Vidal-Subias

    Quelle tristesse infinie…il est parti dans un chuchotement le meilleur et le plus discret des chroniqueurs de mangeaille de ces cinquante dernières années, mais pas que : relire ses papiers de voyages et de curiosités, de produits et de colères, de chefs et de passions… toujours juste, toujours vrai, toujours en avance, même lorsque ça fait mal. Nous avons parcouru bien des chemins ensemble, rarement mais régulièrement, à Libé ou ailleurs. Toujours avec joie et émerveillement. Il me manque comme à beaucoup mais c’est sûr Chapel et Abert ,ses potes, l’ont accueilli avec le festin des Dieux de l’Olympe. Salut et respect, Géné.

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