Immanquables pour les quatre millions d’âmes de Melbourne et ses visiteurs : les drapeaux tons violets hissés au-dessus des rues quadrillées de la ville. C’est que, pour annoncer la cérémonie des World’s 50 Best Restaurants, l’Etat de Victoria et l’office de tourisme d’Australie ont mis le paquet. Plus qu’un grand raout planétaire, il s’agit d’un évènement qui vient couronner la stratégie de promotion de la gastronomie et des vins du pays auprès du monde entier. Depuis le printemps 2014, l’Australie aura dépensé plus de 53 millions d’euros pour s’offrir un nouveau visage à fourchette dont 500 000 uniquement pour accueillir cet « Eurovision des foodies » comme l’écrivait il y a peu le journal The Sydney Morning Herald. En 15 ans, la petite blague lancée sur un coin de table s’est imposée comme les Oscars de la gastronomie courtisés par des nations avides, à l’image des JO, de développer leur tourisme. Où se tiendra la réunion de la « gastrocratie » l’an prochain ? En Europe selon les mieux informés. Pas à Londres (déjà fait), ni à Paris (trop tôt, les détracteurs de la liste étant encore vifs). Certains misent sur l’Espagne, d’autres sur l’Allemagne qui fera de la gastronomie son fer de lance en 2018.

À côté, la soirée du guide Michelin à Paris passerait pour une fête de supermarché paumé en zone industrielle.

Avant la cérémonie d’annonce des résultats, la presse australienne et étrangère (l’office de tourisme d’Australie a convié à ses frais 70 médias internationaux pour l’occasion), interrogeait en format tournant cinq des cuisiniers lauréats de l’édition précédente en début de matinée heure locale. L’Espagnole Elena Arzak (Arzak – Saint-Sébastien) la jouait polie. « Je suis sûre que nous utiliserons des produits australiens en revenant ». Le Parisien Yannick Alléno (Ledoyen – Paris) exposait lui sa philosophie dans un anglais correct mâtiné d’accent frenchie « the sauce is the verb of french cuisine » pendant que l’Indien Gaggan Anand (Gaggan – Bangkok) amusait la galerie. Dès 18h30, le superbe Palais royal des expositions, inauguré en 1880, accueillait un parterre de près de 1 000 élégants. Dress code officiel : black tie. Deux heures plus tard, l’animateur télé britannique Mark Durden-Smith égrainait une à une les meilleures tables du globe, distillant énergiquement ses petites blagues devant un public conquis. Musique envoyée par le DJ du Clove Club à Londres, vidéos ultra-léchées, journalistes asiatiques fondant en larmes pendant le discours du chef Daniel Humm (nouveau numéro un du classement, ndlr)… : à côté, la soirée du guide Michelin à Paris passerait pour une fête de supermarché paumé en zone industrielle.

A minuit passé, une fois les plateaux de dumplings de kangourous bien entamés, les after et after-after parties se sont enchainées jusqu’au petit matin à l’abri des regards au cœur de Melbourne. Acclamés très sérieusement par une population de foodies internationale, les 50 Best revendiquent leur dimension festive qui va de pair avec la « rockstarisation » de ses protégés. En 2016 à Manhattan, le restaurant triplement étoilé Eleven Madison Park avait été converti en boîte de nuit pour accueillir l’après-cérémonie. Il fallait voir Alain Ducasse se déhancher pendant que l’Italien Massimo Bottura déversait des hectolitres de champagne sur les invités. L’histoire dit que le chef monégasque avait quitté New York sans son smocking, irrécupérable.


Ézéchiel Zérah / ©EZ


Une réponse

  1. Fabien

    Ras le bol de ce classement. « Le meilleur » restaurant du monde… franchement qu’est ce que ça peut vouloir bien dire ? Ce n’est pas sérieux.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.