Lancé fin mars à Paris, le Bel Ordinaire se veut une cave-cantine-épicerie à destination des « amoureux du bon goût et du bon glou ». Rencontre avec l’un des deux associés, le journaliste et chroniqueur gastronomique Sébastien Demorand.


 Atabula – Le Bel Ordinaire a ouvert ses portes il y a six semaines. Êtes-vous satisfait de ce début d’activité sur le plan comptable ?
 Sébastien Demorand – Nous réalisons chaque jour environ 90 couverts avec un panier moyen de 35-45 euros. C’est plus que ce que nous pensions. Nous proposons autour de 280 références de vins et presque autant niveau bouffe, fromages inclus. Certains produits sont issus de mon travail de sourcing pour le projet de la Jeune Rue : les vinaigres de Laurent Agnès, les canards de Jean Michel Berho qui gère une exploitation agro-forestière formidable dans le Pays Basque… Il propose des produits dinguissimes, de vraies petites rareté à s’offrir. Côté anchois par exemple, nous comptons trois produits sur les 15 que nous avons goûtés en amont avec mon associé Cyrille Rossetto (ex-cadre dans le digital chez Lagardère, Orange et TF1, ndlr). L’offre tourne, s’enrichit. Nous n’avons pas vocation à devenir un supermarché avec 3 500 références, on fait de la curation.
Le Bel Ordinaire est-il un lieu culturel ? 
Bien entendu ! C’est un commerce culturel. La cuisine s’écrit avec un C, comme culture. C’est pompeux mais un restaurant est un lieu culturel. Hier, nous proposions un événement autour du chocolat péruvien, nous sentions que les clients avaient envie de se faire transmettre des choses à travers ce truc jouissif qu’est le goût. Nous ne révolutionnons rien, notre offre est simplement complémentaire des supermarchés alentours, riche de sens, de goût. Nous avons déjà démarré une poignée d’événements pour nos amis actionnaires, le grand public viendra après. Ce soir, nous organisons un repas privé pour une cinquantaine de personnes imaginé par Gregory Marchand (restaurant Frenchie) et Nicolas Fabre (chef du Bel Ordinaire). Dernièrement, nous étions chez Philippe Bornard à Pupillin dans le Jura. C’est un immense vigneron qui a malheureusement perdu 95% de sa récolte cette année. On a appris ça une fois sur place, c’était très douloureux comme nouvelle.
Le Bel Ordinaire est issu du financement participatif. Qui sont les différents actionnaires ?
 Je crois que nous sommes 111, chacun a mis 5 000 euros dans l’aventure. Je ne les connais pas encore tous, certains sont des amis d’amis, mais il y a des retraités à l’aise, des jeunes foodies, des gens de la télé, de l’édition, dans l’informatique… Les profils sociologiques et socio-culturels sont extrêmement variés, je n’ai pas les âges en tête mais on est sur 38-42 ans en moyenne. Tous ont envie de bien bouffer, de bien boire et sont heureux de se lancer dans l’entrepreneuriat par procuration. Il y a un côté grisant à se dire « ce petit truc, c’est comme chez moi ».

Le couscous de « jésus de Morteau », plat déjà emblématique du Bel Ordinaire

Vous êtes connu pour avoir animé pendant longtemps la scène principale du festival Omnivore à Paris ou encore pour votre rôle de juré dans l’émission Masterchef. Au-delà du Bel Ordinaire, vous officiez ailleurs ?
J’y consacre 99% de mon temps. Le reste, c’est RTL où je travaille depuis 10 ans (il fait partie de l’émission Maison Jardin Cuisine Brocante diffusée deux fois par semaine sur les ondes de la radio, ndlr). Je n’ai pas le temps de faire autre chose. Et puis, mon activité de journaliste et de chroniqueur gastronomique  se prolonge avec le Bel Ordinaire. C’est un changement dans la continuité.
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Une nouvelle adresse Le Bel Ordinaire verra-t-elle le jour à Paris ?
Oui, on y réfléchit depuis un moment. Il y a déjà 30 personnes qui souhaitent participer au prochain Bel Ordinaire. L’un des intéressés est un fou de pinard évoluant dans le monde de l’édition, il a très envie de tenir une boutique. Par principe, j’aimerais ouvrir dans le 17ème arrondissement, du côté de Cardinet. L’idée, c’est de trouver une centaine de mètres carrés (le Bel Ordinaire actuel totalise une superficie de 102 m2 plus 72 m2 de stockage en sous-sol, ndlr). On se voit comme un réseau : si on lance trois ou quatre Bel Ordinaire, ce serait super. Ni Cyrille ni moi n’avons l’envie, les moyens et le talent de devenir une chaîne ou une franchise. Et puis, on ne va pas commencer à tomber dans les travers que nous dénonçons depuis 20 ans, à savoir pinailler pour 1,20 euro auprès de nos fournisseurs ! Nous n’avons rien négocié, tout a été payé rubis sur ongle une heure après les commandes, parfois même en amont.

Propos recueillis par Ezéchiel Zérah / ©Lisa Klein Michel


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