Nous l’écrivions le 18 avril dernier, c’est désormais confirmé : la ville de Bilbao (Espagne) accueillera la cérémonie des World’s 50 Best Restaurants en juin 2018. Après New York (2016) et Melbourne (2017), l’événement retrouve le chemin de l’Europe où les festivités avaient traditionnellement lieu (en Angleterre, siège du groupe en charge du palmarès). La destination a été annoncée dans la matinée à Londres au restaurant basque Eneko où étaient conviées 80 personnes parmi lesquelles Unai Rementeria, député général de la province de Biscaye dont Bilbao est la capitale, ou encore Elena Arzak (restaurant Arzak à Saint-Sébastien) qui pointe à la 30ème place dans la dernière édition de la liste.

Valoriser l’image d’un territoire tourné vers l’avenir

Lorsque la direction des 50 Best a approché l’Espagne, c’est le Pays basque qui s’est montré le plus attractif, devant Madrid et Barcelone. Au-delà de la stricte province de Biscaye, les autres ensembles de la zone (le Guipuzcoa et l’Alava) seront eux aussi mis en lumière. Quel est l’objectif des autorités locales ? « La région est certes attirée par un gain de notoriété sur le plan gastronomique mais elle est déjà connue en la matière. Plus que tout, elle souhaite valoriser l’image d’un territoire tourné vers l’avenir. Elle croit beaucoup au fait que la gastronomie est trans-domaines, que cela va lui permettre de parler également agriculture, économie, éducation et culture » précise Hélène Pietrini, directrice des 50 Best. Un positionnement différent de l’Australie surtout attachée, elle, au gastrotourisme. Alors que cette dernière a déboursé plus d’un demi-million d’euros pour sponsoriser l’événement en 2017, quid de la somme inscrite par l’Espagne dans le contrat de 25 pages signé en novembre dernier ? « Le montant n’est pas incohérent » par rapport à celui réglé par l’Australie avance Hélène Pietrini avant de préciser que le budget sera prochainement révélé par la province de Biscaye, publication publique des comptes oblige.

Des pays d’Asie et des Amériques se sont eux aussi montrés intéressés par l’accueil des prochains 50 Best

L’enjeu 2018 pour le classement ? « Montrer que nous sommes un référent mondial des meilleures destinations culinaires de l’année et qu’au-delà des 50 noms, nous créons du contenu notamment à travers des conférences . J’aimerais que l’on retienne également que les offices de tourisme et ministères sont devenus des partenaires à part entière, nous les traitons d’une façon très particulière, nous développons des campagnes de promotion spécifiques parce que les objectifs sont très différents en fonction des territoires » explique Hélène Pietrini à Atabula. Sans rentrer dans les détails, la patronne de l’influent palmarès ajoute que des pays d’Asie et des Amériques se sont eux aussi montrés intéressés par l’accueil des prochains 50 Best.

Hélène Pietrini (à gauche) et Dominique Crenn (Atelier Crenn) lors de la soirée à Melbourne en 2017

Bilbao, une surprise ? Pas vraiment. C’est qu’en matière de créativité, la cité basque n’a pas à rougir. En 1990, la ville, sinistrée par le déclin de ses industries, n’avait-elle pas convaincu la Fondation Guggenheim de créer une antenne espagnole du fameux musée new-yorkais ? Venise et Salzbourg étaient sur le rang, ce sera pourtant Bilbao (et son budget de 110 millions d’euros comprenant construction, nom, prêt des collections et savoir-faire de l’établissement) qui remportera la mise. Et quelle mise ! Inauguré en 1997, le satellite Guggenheim aurait généré en 2016 près d’un demi-milliard d’euros de retombées pour le Pays basque. A tel point que l’on parle aujourd’hui d’ « effet Bilbao » que les municipalités du monde entier souhaitent dupliquer. Quinze ans après le lancement des 50 Best, ce choix symbolise aussi les liens du classement avec l’Espagne : en 2002, lors du premier millésime, c’est le restaurant catalan El Bulli qui avait été désigné meilleure table du monde (puis, plus tard, de 2006 à 2009). Depuis, les frères Rocca, installés à Gérone, avaient eux aussi été élus au sommet (2013 et 2015). A noter que si le Pays basque compte régulièrement plusieurs tables au sein du palmarès, ce n’est pas le cas de la ville-même de Bilbao qui n’y a jamais figuré (Nerua, le restaurant abrité dans le musée Guggenheim, est 56ème cette année).

On sait que les 50 Best sont encore assez controversés dans l’Hexagone où certains pointent la place de notre pays qu’ils considèrent comme peu importante. Ce dernier étant le premier fournisseur de visiteurs étrangers du Pays Basque (18% du tourisme international), verra-t-on plus de chefs, journalistes, influenceurs et experts français à la cérémonie de Bilbao ? L’on jugera sur place. Espérons en tout cas que la curiosité surpasse la méfiance.


La ville de Bilbao en chiffres : 

345 122 habitants 

877 847 touristes par an 

977 restaurants (Tripadvisor)

20 restaurants référencés dans le guide Michelin dont un cinq une étoile (Zortziko, Nerua et Etxanobe, Zarate et Mina)

3 tables répertoriées dans la Liste (Zortziko, Nerua et Etxanobe)


Ézéchiel Zérah / ©Wojtek Gurak (Flickr)


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