Si les élections constituent sur les réseaux sociaux un moment fort pendant lequel les opinions s’expriment avec plus ou moins de violence, la toile est actuellement le théâtre de scandales à répétition en lien direct ou indirect avec l’univers de la « food ». Racisme, insultes ou menaces, tout y passe. Mardi 9 mai, Atabula évoquait l’affaire Gaëtan Joly, ce chef qui a proféré des insultes sur son profil Facebook et que l’on pouvait voir (les posts litigieux ont été supprimés), chemise ouverte, avec les lettres FN peintes sur son torse. Le jeune cuisinier conteste les faits et avance que son profil a été piraté. Tous les témoignages reçus affirment néanmoins le contraire. Autre agression verbale récente, celle du chef Farid Guerra qui n’hésite pas à proférer des insultes violemment antisémites sur son profil Facebook. À croire que les réseaux sociaux – mais aussi l’époque… – permet de se lâcher sans se rendre compte non seulement de la violence des mots, mais également de la nature condamnable des faits. La réalité pourrait d’ailleurs rattraper Gaëtan Joly contre lequel une plainte va être déposée.

Facile donc de s’exprimer sur les réseaux sociaux, facile également de communiquer rapidement et de faire le buzz. Sauf que, parfois, les limites de la provocation sont dépassées. C’est manifestement le cas de Pizza Hut qui n’a pas hésité à se moquer des prisonniers palestiniens en grève de la faim en Israël pour mieux vendre ses pizzas. La franchise israélienne de la fameuse chaine a publié une photo montrant un prisonnier – présenté comme Marwan Barghouti, figure très populaire chez les Palestiniens – en train de manger en cachette un petit gâteau. Pizza Hut a publié un message en expliquant que « tant qu’à interrompre la grève de la faim, autant manger une pizza ». Ce message a choqué bien au-delà de la communauté palestinienne. L’image a été enlevé et Pizza Hut International a présenté ses excuses via un communiqué envoyé à l’AFP.

La publicité de Pizza Hut appelant les prisonniers palestiniens à manger des pizza

« On va tous vous trancher la gorge »

Dans un tout autre genre, la récente critique du journaliste du Guardian Jay Rayner sur le restaurant Le Cinq (George V, Paris) montre que même un professionnel de l’écriture peut tomber dans la provocation gratuite et satyrique. Celle-ci pouvant s’expliquer en l’occurrence par la volonté de son auteur de faire parler de lui pour mieux faire causer de son nouveau livre. Quand le journalisme et la communication s’embrassent dans un même mouvement, le résultat est rarement concluant. Encore dans un autre genre, les chefs de cuisine ne sont pas exempts de tout reproche. Énervés – parfois à juste titre – par les commentaires laissés sur leur établissement, certains ne se gênent pas pour critiquer à leur tour le comportement des clients. Il y a quelques années, le doigt d’honneur de René Redzepi (Noma, Copenhague), à cause d’un no show et posté sur les réseaux sociaux, avait fait jaser. Et que dire de cette vidéo du chef Vincent Durin (Les Moulins de Saint-Aygulf), qui se rapproche du million de vues et des 2000 commentaires, où il insulte un client de « trou du cul » après avoir découvert son commentaire négatif sur TripAdvisor ? « On va tous vous trancher la gorge » assène même le chef à la fin de sa vidéo.

Le chef Pascal Favre d’Anne met lui-même en ligne le commentaire négatif d’un de ces clients, et le commente. Résultat : 503 « like » et 217 commentaires

Certes, les insultes, les menaces et le racisme ne sont pas des phénomènes nouveaux. Mais ils prennent de plus en plus d’ampleur sur les réseaux sociaux, espace virtuel qui procure un sentiment d’invulnérabilité. Ce phénomène est d’autant plus fort dans l’univers de la food que chaque client de restaurant se comporte comme un critique gastronomique potentiel, avec la capacité de s’exprimer sans filtre sur les sites de commentaires. Quant au racisme récurrent et fièrement affiché par certains, il est d’autant plus facilement avouable à une époque où le Front National regroupe plus de 10 millions de votants au second tour de l’élection présidentielle. Comment réagir ? Suppression des brebis galeuses de ses « amis » sur les réseaux sociaux, boycott ou, au contraire, diffusion maximale de ces comportements pour pointer du doigt les dérives, la réponse n’est pas univoque. Mais cela montre surtout que, par-delà l’incapacité du web à endiguer de tels propos et faits qui tombent sous le coup de la loi, la société virtuelle hystérise les vices et les excès.


Franck Pinay-Rabaroust / © pixarno


 

2 Réponses

  1. Carole

    Cet article n’est que le reflet de ce qui se passe en majorité dans les cuisines. Il ne faut pas rêver, les mentalités en cuisine ont évolué mais certains souvent connus sont des tyrans avec leur brigade. La plupart font semblant devant les caméras ou convives à s’offusquer de ce qui se passe dans le monde et de prôner la bonne parole mais à peine le dos tourné…

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  2. Justin Bruitdoux

    Étrange d’associer le racisme à un parti français : soit ce parti est illégal et l’Etat doit l’interdire, soit il respecte la loi et ne peut pas être raciste.
    C’est oublier aussi un peu vite le racisme anti-blanc des banlieues et les propos des jeunes du Bondy blogspot qui, sans être du front national, n’ont pas fait dans la dentelle.
    Mais vous avez raison, simplifions le monde : les bons à gauche et les mauvais à droite ça évite de réfléchir

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