A 70 ans, Jacques Gantié a décidé de ne pas prolonger la publication du guide gastronomique qui porte son nom, publié depuis 25 ans. Un ouvrage qui référençait le meilleur de la gastronomie en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et une partie du territoire italien. Entretien.


« Ma décision est prise depuis un moment. Elle est notamment due à l’arrêt de mes amies correspondantes, Ester Laushway à Aix-en-Provence ou encore Guylaine Idoux à Marseille. Il était difficile de trouver des gens de qualité pour les remplacer. Et puis, j’ai 70 ans aujourd’hui, je ne voulais pas faire le combat de trop, durer au-delà du raisonnable. C’est la bonne heure pour arrêter, c’est un choix sage.

En 1982, j’ai créé la rubrique ‘Cartes sur tables’ pour le journal Nice-Matin et le guide m’a permis de poursuivre ce travail d’écriture malgré la cotation (le Gantié attribue de un à quatre rameaux aux tables référencées, ndlr), de donner aux lecteurs l’envie d’aller au restaurant, sans dézinguer. C’était une manière d’aller plus loin que la parole nationale, comme c’est le cas de confères ailleurs (Pudlo Alsace, guide Ballarin au Pays Basque). Depuis un an, j’anime la chronique ‘Saveurs’ chaque vendredi dans l’édition magazine de Nice Matin / Var Matin.

Je prépare un blog gastronomique à mon nom après l’été

Vendre ou passer la main à quelqu’un d’autre ? C’est tellement personnel… Est-ce qu’un Gilles Pudlowski vendra son guide ? Certes, ça a été le cas d’Henri Gault et de Christian Millau mais c’est autre chose, c’était une marque. Si je ne pense pas avoir « fait » certaines adresses, je crois que mon guide a déclenché un apport de clientèle important. Ça a également permis d’être amicalement repris par des guides nationaux. Le futur des guides gastronomiques en version imprimée ? Je crois qu’ils vont disparaître petit à petit parce que le papier va avoir une place de moins en moins importante même si elle la garde dans le registre des romans par exemple. Il faut du courage pour couvrir 800 adresses régionales, de la crêperie au restaurant de palace. Chaque année, les textes étaient ré-écrits. C’était un boulot de dingue compte tenu de la taille du territoire et de sa densité en restaurants.

La suite ? Je prépare un blog gastronomique à mon nom après l’été. Quelque chose d’aussi personnel avec des critiques, des actualités, des billets d’humeur, sans compétition d’actualisation. Il y a aujourd’hui dans la masse des blogs que je lis du contenu hallucinant, au mieux superficiel, au pire relevant du n’importe quoi. Mon blog s’inscrira dans l’idée du « sud », l’esprit sera le même sans la lourdeur matérielle et financière du guide. Plus qu’un arrêt, c’est un changement : je continue, en solo ».

Auteurs
Propos recueillis par Ezéchiel Zérah / ©Jacques Gantié

Une réponse

  1. Bosatra Paolo

    Tres beau l’article sur Jacques Gantié. Nous attendons donc son blog.

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