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L’essentiel à retenir

Dans Les Corps culinaires, livre passionnant publié en 2013, la photographe Isabelle Rozenbaum raconte son parcours, ses rencontres et l’évolution de son travail. Un livre surprenant, qui tranche dans un univers d’ordinaire assez formaté.


Le livre « Les Corps culinaires » est le récit d’une réflexion et d’une évolution. Avant Isabelle Rozenbaum, peu de photographes français s’étaient glissés dans les cuisines pour saisir les gestes et les ambiances. On en était resté à la nature morte, très morte, aux couleurs retouchées, vestiges de la littérature culinaire des années 50. Apporter un appareil photo en cuisine a révolutionné la vision que nous avions du travail devant les fourneaux. Le photographe doit trouver de nouveaux repères, se poser la question du quoi montrer et quand déclencher. Les chefs, les cuisiniers doivent apprendre à donner autre chose qu’un plat fini. La qualité du résultat final dépend de cet apprivoisement réciproque. C’était une révolution visuelle.

En partageant sa propre évolution, Isabelle Rozenbaum délivre une sorte de biographie. Car, avant d’être un livre à regarder, Les Corps culinaires est un livre de photos à lire.  Les mots d’Isabelle sont simples, évidents. Organisés en chapitres évocateurs : « Tables/étables. Cuisiner ou traire c’est toujours photographier » ou « De la fête à la grenouille à la Tue Cochon, sacrifice animal », le texte suit un cheminement sensible. Chaque partie décrit la photographe au travail et livre ses interrogations. Les images qui en résultent semblent simples. Pas de théâtralité excessive, mais des empilements de petites choses qui finissent par remplir le cadre pour prendre sens. C’est l’inverse de la photo de studio, immédiate, rassurante et plaisante. Cette façon de photographier est la mise en forme d’une histoire, d’un conte. A chacun de se glisser à sa manière dans cet univers. Malgré la rigueur formelle de sa photographie, Isabelle Rozenbaum n’impose pas sa façon de voir les choses.

photo culinaire

 La série d’images choisies dans le livre n’hésite pas à mettre en scène une certaine violence qui accompagne la cuisine et que l’on évacue souvent. La vie côtoie la mort, elle a besoin d’elle pour se nourrir. Isabelle Rozenbaum est une des rares photographes culinaires à considérer, avec gravité, la nourriture comme une chose qui fut vivante. Grenouilles, coqs, cochons, vaches dans le livre attestent de ce passage. Jusqu’aux légumes, la mort rode. Les snake gourds, légumes indiens, sont photographiés à tous les stades de leur maturité, du pourrissement au desséchement. Réalisées au Polaroïd, ces visions tranchent avec les photos de produits qu’on voit dans les magazines. Du végétal, il reste un effilochement, un spectre, une ombre. Du produit, il persiste une illusion, une silhouette filiforme. Rien de ce que photographie Isabelle Rozenbaum ne parait être seulement ce qu’il est.

Depuis longtemps, les photographies d’Isabelle Rozenbaum sont bien connues des lecteurs de magazines et des collectionneurs de livres de cuisine. Qu’elles soient réalisés avec des chefs comme Guy Martin, André et Arnaud Daguin ou Michel Guérard, avec des femmes au Sénégal, en Tunisie, en Inde, ou encore autour d’un produit tel le safran, le thé la vigne. Ses ouvrages construisent une oeuvre forte et singulière dans le monde de la photographie culinaire. Elle a fait son apprentissage de photographe avec Jean-Louis Bloch-Lainé qui a transformé la photographie culinaire dans les années 70. De cet apprentissage, on retient l’élégance, le goût de la luminosité, le désir de jouer avec les produits, l’envie de comprendre qu’un plat devient beau seulement quand celui qui regarde saisit l’intention de celui qui l’a créé. Le plaisir procuré alors n’est pas seulement esthétique ou gustatif, il est porteur d’un sens plus large qui joue avec les faux semblants et l’histoire de chacun de nous.

Pratique

Les corps culinaires, Ed. D-Fiction, 2013 – 25 euros

Lien vers le site d’Isabelle Rozenbaum

Auteur

Rédaction Atabula


 

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