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A l’occasion de la deuxième assemblée générale de l’association « Ô Service – Des Talents de demain » rassemblant près de 200 professionnels des métiers de la salle, Hélène Clément, directrice de l’agence Palais Royal spécialisée dans la communication digitale, a pris la parole afin de développer la problématique du smartphone au restaurant.


« Je suis la cliente qui arrive au restaurant avec deux téléphones. Inutile d’espérer me voir les ranger sagement dans mon sac une fois installée à table. La première question que je vais vous poser ? ‘Y’a t-il du wifi dans la salle ?’ La seconde : ‘où poser mon téléphone sur la table ?’. Je vais d’ailleurs me sentir plus à l’aise sur une table non nappée, espérant que le téléphone passe inaperçu dans un coin alors que ce sera plus compliqué avec une table joliment dressée où la place de chaque objet a été réfléchie.

Hélène Clément, créatrice de l’agence Palais Royal / ©Valérie Semensatis

Et puis il y a les restaurants qui vont annoncer clairement la couleur en précisant élégamment que les photos ne sont pas interdites, mais que  ‘le chef suggère simplement au client de partager un bon moment et d’en profiter au maximum’ comme c’est le cas avec Alexandre Gauthier à la Grenouillère à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais). On a tous en tête des exemple de chefs étoilés ou non, en France et à l’étranger, s’insurgeant contre l’usage du téléphone portable pour des raisons de droit à l’image, de copyright ou encore de mauvaises qualité des photos. Mais il est bien compliqué d’avancer ces arguments en 2017 et ce pour plusieurs raisons parce que le smartphone est devenu un couvert de table.

La qualité des téléphone portables s’est d’abord grandement améliorée et à moins d’avoir deux mains gauches, il est possible de faire des photos de qualité avec un smartphone. Il est compliqué d’interdire aux clients le smartphone utilisé tout au long de la journée et devenu un véritable compagnon du quotidien comme l’a montre une étude du cabinet Deloitte. Et enfin, on ne va pas se leurrer, prendre une photo au restaurant, que l’on soit ou pas une foodista, la partager sur les réseaux sociaux, se géolocaliser etc, c’est avant tout une façon de se faire valoir, se la raconter, c’est très narcissique. Cela a une forte fonction égotique.

Il y a ceux qui ont trouvé l’astuce puisque dans certains restaurants où le réseau n’est pas capté, il n’y a pas de wifi non plus et nous voilà cantonnés à une diète digitale le temps du déjeuner, détox obligatoire comme chez Jean-François Piège au Clover Grill (Paris), ce qui n’empêche pas de prendre quelques photos, les poster à la fin de repas et on aura tout de même passé un très bon moment.

Mais en tant que maîtres hôtels, connectés ou non, votre solution, c’est l’humour ! Merci de ne pas culpabiliser vos clients, ne pas vous énerver ou les snober car installés à table, vos clients sont vos meilleurs ambassadeurs. Avant, vous les incitiez à écrire au guide Michelin. Maintenant, au lieu de les inviter aussi à aller commenter sur Tripadvisor et autre sites de notations en ligne, il est plus opportun de les éduquer. Incitez-les à prendre rapidement une photo, à profiter du moment et du repas puis à la poster sur les réseaux sociaux en sortant de table en mentionnant le restaurant, la géolocalisation et vos propres comptes sur les réseaux sociaux. Il sera plus bénéfique de s’en sortir avec une formule pleine d’humour plutôt qu’en les culpabilisant.

Si l’équipe de salle est souvent dans l’ombre des cuisines, vos clients sont vos premiers spectateurs, ils seront ravis de relayer le spectacle, vos gestes et votre savoir-faire indispensables à l’expérience globale d’une sortie au restaurant. Les réseaux sociaux sont votre meilleur atout pour décoincer l’image guidée des métiers de la salle. Mais attention, il faut bien garder en tête que c’est une vitrine complémentaire à maîtriser parfaitement, on ne s’attend pas à des photos personnelles, il faut trouver sa ligne éditoriale et il est souvent préférable de confier la stratégie à de véritables professionnels de la communication pour vous aider à trouver votre voie et garder votre spontanéité.

Je prendrais exemple autour de trois maîtres d’hôtels connectés que j’ai plaisir à suivre en tant que cliente et spécialiste des réseaux sociaux dans l’univers de la gastronomie. Joseph Desserprix d’abord, jeune directeur du restaurant l’Abeille au Shangri-La Paris. Il anime lui-même son compte Instagram et montre sans complexes la bonne entente entre salle et cuisine au restaurant, les coulisses des mises en place avec son équipe et révèle un second degré certain plaisant.

Denis Courtiade aussi connu pour ses bisous aux divers acteurs de la profession a su révéler les coulisses du restaurant Alain Ducasse au Plaza Athénée en valorisant son équipe, les arts de la table et les gestes du service au sein d’un restaurant qui fait rêver des clients du monde entier.

Julien Gardin, directeur du restaurant Pierre Gagnaire à la Grande Maison de Bernard Magrez, a lui du créer son compte Instagram afin de répondre à un impératif de communication. On se doute bien qu’on ne sera pas accueillis ni par Bernard Magrez ni par Pierre Gagnaire au sein du restaurant bordelais et ainsi les clients ont pu découvrir Julien en véritable maître de maison, complice des chefs Jean-Denis Le Bras et Pierre Gagnaire et se faire donc reconnaître immédiatement par les vrais clients du restaurant, créant ainsi une complicité nouvelle avec eux, recevant même parfois des réservations par messages privés via son compte.

En tant que cliente ultra connectée, je rêve que l’on me confie l’équivalent d’une carte de visite avec le wifi du lieu et les comptes réseaux sociaux des acteurs du restaurant : le chef, le sommelier, le pâtissier, le directeur de salle et le bon hahstag correspondant. J’aurais ainsi le loisir de prendre le temps d’aller consulter leurs comptes, les mentionner sur les publications, les découvrir sous un autre jour, continuer de les suivre après mon repas pour continuer de m’émerveiller et ne rêver que d’une chose : revenir les voir pour de vrai ! »

Auteur

Hélène Clément / ©HC


 

 

 

2 Réponses

  1. Baptiste

    Je photographie les belles assiettes (uniquement le midi quand j’ai assez de lumière naturelle car le soir l’éclairage électrique donne un aspect trop jauni). En dix ans et à raison de trois restaurants par semaine, je n’ai jamais eu la moindre remarque de la part du personnel de salle, je trouverais très déplacé et inopportun que l’on vienne « m’éduquer », fusse-t-il avec humour. C’est une question juridique, la jurisprudence française n’est pas, semble-t-il la même qu’en Allemagne, puisque le débat est parti de là. Je sais que l’on parle souvent de cuisine d’auteurs, que les chefs ont parfois des égos d’artistes et qu’ils considèrent leurs assiettes comme des oeuvres d’art, mais le droit ne leur permet pas de revendiquer un droit d’auteur pour leurs « creations ». Je préfere cent fois quelqu’un qui photographie son assiette à quelqu’un qui parle bruyamment et s’esclaffe sans faire fi des gens qui l’entourent.

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  2. Jacques

    Lorsque je rentre au restaurant je mets mon téléphone en vibreur. je peux alors le consulter en toute discrétion si nécessaire et si je dois répondre ou appeler, je sors de table et je m’éloigne. Cela s’appelle la courtoisie, même si ce mot n’est plus très à la mode
    Il n’y a rien de plus énervant, je reste poli, qu’une personne passant son temps à téléphonner à la table d’un restaurant. Le problème du téléphone c’est qu’en général on y parle assez fort.
    Sauf à vouloir informer la clientèle de ses affaires, il faut respecter les autres clients.
    Il m’est même arrivé de demander à changer de table à cause de commerciaux qui péroraient leurs affaires en ligne, insupportable.
    Je viens passer un bon moment dans un restaurant. Je ne viens pas y connaitre la vie privée ou professionnelle des autres clients.
    Ceci dit pouvoir être joint à tout moment est une chose utile même si parfois c’est dérangeant. Cela n’enlève en rien à la discrétion et à la courtoisie élémentaire.

    Pour ce qui est des photos de plats, je demande généralement la permission.

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