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L’essentiel à retenir

Avec le réchauffement climatique, la production de café baisse. Avec une communication à outrance, la consommation de café ne cesse d’augmenter au niveau mondial. Pour des millions de producteurs, la situation est inquiétante.


Amateurs de café, encapsulés ou pas, il y a de quoi s’inquiéter. Et si le réchauffement climatique vous semble abstrait, alors la démonstration par le café vous sera probablement utile. Faisons simple à défaut d’être sensationnaliste : oui, le changement climatique met en péril la production mondiale de café. Ce qui provoque une situation périlleuse : ces dernières années, la demande est supérieure à la production.

Le sourire de George Clooney fait (réellement) des ravages ! « Tout le monde va être touché. Le café est très sensible aux légères variations de température. A mesure qu’elle (la température) montera, tous (les pays) seront affectés », a déclaré à l’AFP le Brésilien José Sette, directeur exécutif de l’Organisation internationale du café (OIC), qui réunit 43 pays exportateurs et sept importateurs. Les surfaces cultivables destinées au café pourraient être réduites de moitié en 2050 à cause de la hausse des températures (mais aussi pour des raisons économiques, comme le développement de la production de khat en Ethiopie) qui favorise en outre le développement de maladies touchant la plante, selon un rapport de l’Institut de climatologie australien de 2016.

Selon l’OIC, la production est inférieure à la consommation depuis deux ans. Entre octobre 2015 et septembre 2016, 151,3 millions de sacs de 60 kilos de café ont été consommés, soit un déficit de 3,3 millions de sacs comblé par la surproduction des années précédentes. Depuis 2012, la consommation de cette matière première connaît une croissance annuelle moyenne de 1,3%, ajoute l’organisme. Une production inférieure ne pourrait pas répondre à la demande mondiale, a expliqué à l’AFP Roberto Vélez, le gérant de la Fédération nationale des producteurs de café de Colombie (FNC), troisième producteur mondial. « Les chocs climatiques sont beaucoup plus virulents », a prévenu M. Vélez lors du Forum qui a fermé ses portes mercredi à Medellin (département d’Antioquia, nord-ouest), la deuxième ville du pays. Il a pris l’exemple de la vague de gel de 1975 au Brésil, principal producteur et exportateur de grains d’or noir, qui a détruit la moitié de la récolte. Si un tel scénario venait à se répéter, « d’où sortirions-nous 25 millions de sacs ? », a-t-il demandé.

En 2016, le Brésil a récolté 51,4 millions de sacs, mais une baisse de 11,3% cette année est attendue, en raison du cycle biennal négatif de la variété arabica. Le président colombien Juan Manuel Santos a prévenu durant le Forum que les terres brésiliennes seront à l’avenir moins aptes à la culture de café, le réchauffement global affectant davantage les pays éloignés de la ligne de l’Equateur. De son côté, Roberto Vélez a mis en garde contre la concentration des récoltes au sein des principaux producteurs (Brésil, Vietnam, Colombie, Indonésie et Honduras), où un éventuel phénomène climatique mettrait en danger l’offre. Ainsi, « cette année il ne va pas y avoir (de production de café) dans certaines régions » de Colombie, a-t-il souligné, expliquant que le pays sud-américain avait dû réduire d’au moins 14 millions de sacs les projections de production pour 2017 à cause des fortes pluies enregistrées entre novembre 2016 et début mars. Quelque 25 millions de familles dans 60 pays vivent de la production de café, un marché de 100 milliards de dollars au niveau mondial, selon les chiffres de l’OIC du premier trimestre 2017.

Les surfaces cultivables destinées au café pourraient être réduites de moitié en 2050 à cause de la hausse des températures qui favorise en outre le développement de maladies touchant la plante

La réponse des producteurs pour faire face au changement climatique repose sur deux axes : adaptation et atténuation de cet impact, résume M. Sette. Selon ce responsable de l’OIC, le premier point concerne toute la société et les pays, dépassant le secteur de la caféiculture, ce qui rend essentiel la réduction des émissions de carbone. Concernant le deuxième axe, les solutions passent par un changement des sites de plantation, l’accompagnement des plants de café par d’autres espèces qui leur apportent de l’ombre, la création de variétés plus résistantes et l’accroissement de la production par hectare. La viabilité des producteurs, dont les revenus sont directement touchés par la perte de récoltes, est un des principaux défis du secteur, selon ces experts. L’économiste américain Jeffrey Sachs a fait valoir que les revenus des producteurs ont baissé de deux tiers depuis les débuts du XXe siècle. « Lorsqu’il y a un problème lié au changement climatique, ces millions de familles de producteurs ont faim et connaissent de graves problèmes », a indiqué Fernando Morales, fondateur de Café for Change, un projet basé à Strasbourg qui soutient les petits producteurs. Alors, quel est l’avenir du petit noir au comptoir ? Incertain. Après la viande de synthèse, à quand le café qui ne sera pas du café ?

Auteur

Franck Pinay-Rabaroust, avec AFP – © FPR – David Gannon


 

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