Secteur fort de la création culinaire, inventif à souhait, la pâtisserie ne cesse d’acquérir de nouveaux titres de noblesse. En parlant de noblesse, la boutique de Sébastien Gaudard en a à revendre, aristocrate à souhait, des matériaux et couleurs choisis jusqu’aux obséquieuses cloches qui couvrent les (très) rares gâteaux présents. Ici, tous les codes sont à l’unisson et assument le grand luxe, l’exceptionnel et l’exclusif pour une clientèle très « martyrs » qui revendiquent ses nouveaux privilèges jusqu’aux premières marches menant à la basilique du Sacré-Cœur.
Ancien du Délicabar (Bon Marché), passé par Fauchon et accesseur de Pierre Hermé, Sébastien Gaudart a le profil en ordre de marche pour porter haut l’étendard de son concept pâtissier : redorer le blason de gâteaux que l’on peut qualifier de « vieille France » : paris-brest, mussipontain, tête de nègres (pardon, renommée ici Othello, par bien-pensance excessive de notre moderne société), baba au rhum et quelques classiques indémodables comme la tarte aux poires ou au citron, forêt noire, etc. Janvier oblige, quelques galettes trônent également sur leurs plaques, à peine plus chères que les boulangers réputés du quartier (Delmontel ou Landemaine).
Sébastien Gaudard applique à sa manière les théories du vide que François Cheng applique à la peinture chinoise* : « Dans la peinture comme dans l’Univers, sans le vide, les souffles ne circuleraient pas, le Yin-Yang n’opérerait pas. » Sa boutique ne montre donc pas grand-chose – quelques gâteaux exposés, et du grand vide partout -, les règles marketing du luxe étant d’en montrer le point possible pour susciter l’envie irrépressible d’en avoir, à défaut d’en être. A l’image d’une voiture ou d’une montre, seule compte sa possession et le standard social qu’elle renvoie. Avoir au bout de son bras le petit sac blanc siglé Sébastien Gaudard, tel est le dernier signe extérieur de richesse de la rue des Martyrs.
La rareté marketée dans le secteur alimentaire est rarement satisfaisante côté papilles. Quand on vous vend du tape-à-l’œil luxueux de la sorte, il faut que ça tape en bouche. Et là, en plus d’être de taille très réduite (code marketing du rare jusque dans la taille du gâteau ?), les pâtisseries balancent entre un honorable satisfecit (une Forêt noire légère, presque trop ; une tarte au chocolat bonne, mais pas plus que celles réalisées par de nombreux « concurrents » qui n’en font pas des tonnes) et une trop ordinaire banalité (l’Othello).
Penser design, architecture intérieur et marketing, c’est bien. Mais il faut que le produit aille avec. A défaut, le concept ne tient pas la route. Ce que l’on veut me vendre avec les yeux doit se retrouver, tôt ou tard, dans le plaisir que j’ai en goûtant lesdits produits. Noblesse oblige !
Franck Pinay-Rabaroust
* Vide et Plein, le langage pictural chinois, de François Cheng
Pâtisserie des Martyrs (Sébastien Gaudart) - 22 des Martyrs, Paris (9e arr.) – 01.71.18.24.70 – Ouvert du mardi au vendredi de 10h00 à 14h00 et de 16h00 à 20h00 ; le samedi de 9h à 20h, et le dimanche de 9h à 14h – www.sebastiengaudard.com















14 Responses to “Adresse – Coup de gueule chez Sébastien Gaudard, Pâtisserie des Martyrs (Paris 9e arr.)”
09/01/2012
jean-louisCrème et Châtiment,
Totalement d’accord, ras la tarte de ces pâtisseries transformées en joaillier et en prime avec des collections. Chez Victor et Zola et les autres, là lapsus , tout est en vitrine ou sous cloche. Tête de Nègre dite Othello, et Brigitte Bardot dénommée sirène au lieu de vieille dame. Tout cela Appâts d’odeur, précisément si vous aviez face à vous le plus bel homme du monde ou la plus belle femme, le (la) mettriez-vous sous cloche. Si oui, rendez-vous au musée Grévin mais pas chez les Epicuriens. Tête de Négre transformée en Othello, tout feu tout frime, Ya bon, vous connaissiez, et le personnage Banania était rentré de façon sympathique dans notre paysage quotidien. Marketez, marketez, marketez et vous réussirez à devenir de nouveaux Léonidas, le médiocre devient du luxe aux yeux de 85% des consommateurs. Mais Putain, la GMS, vous laisse 15% de la clientèle, gardez là précieusement, soyez vous-mêmes, ne confiez pas votre talent et votre âme à n’importe quel consultant expert. Messieurs les pâtissiers, je crains que l’on vous prenne pour de la bonne pâte et résultats, ce sont vos conseillers qui se font des « choux ».
10/01/2012
GaudardBonjour à tous, je vous remercie pour vos commentaires qui j’en suis sûr m’aideront à aller de l’avant. Je suis désolé que le manque de produits dans mes vitrines ait été interprété comme un volonté de ma part. La pâtisserie à ouvert ses portes il y a un mois seulement, je n’ai que très peu de visibilité car ce sont là les premières semaines d’activité. Le temps nous a cruellement manqué pour finir l’aménagement de la pâtisserie. Mon envie est de faire renaître et non de revisiter la pâtisserie de tradition. C’est là un point essentiel qui me différencie de mes confrères et pour la plupart amis ô combien talentueux cités dans vos échanges.
Bien cordialement,
Sébastien Gaudard
10/01/2012
moreauBon, l’important c’est « d’Hermé »… pour un recentrage venez Chez Bakour rue de Bezons a Courbevoie meilleures viennoiseries et pain du 92, banlieue quand tu nous tiens !!!
amicalement,
15/01/2012
S LloydJ’adore vous lire, c’est toujours interessant. Par contre, d’ou vient cette idée d’aller visiter un endroit dans ses 1eres semaines d’ouverture? C’est fait exprès pour s’assurer d’un maximum de controverse? Ou simple incident de parcours? Tout le monde sait que ca prend un certain temps avant qu’un nouvel etablissement prenne son envol. Y aller 3,5 mois plustard, je peux comprendre. Mais dans ses toutes 1eres semaines??? Avouons que c’est un peu mesquin.
@Sébastien Gaudard – J’y ai fait un tour lors d’1 tout récent passage à Paris. Ecoutes: ce sont les 1ers balbutiements. Donc, rien à dire pour le moment. Mais c’est bien que tu prennes en compte la critique constructive effectivement. Et puis, tu sais ce qu’on attend de Paris en termes de patisserie. Donc, je repasserai en été, et on verra bien!
10/06/2012
Claude&LaurentIl ne suffit pas de recevoir un prix et d’avoir été l’adjoint de Pierre HERME pour prétendre être à sa hauteur !
M. GAUDARD devrait également s’inspirer de ses pairs en termes de courtoisie vis-à-vis de sa clientèle et s’abstenir ce type de réponse : « Je ne suis par commerçant, je suis patissier !!! »
Le packaging n’est pas à la hauteur du produit et des prix affichés : les parts individuelles sont emballées dans un simple papier (comme chez le boulanger du coin de la rue) … avec la crème au beurre des Paris-Brest ou la crème citron des tartelettes qui collent au papier !!!
Quel regret d’avoir été infidéle à A. DELMONTEL……
11/08/2012
monelisaJ’ai connu des pâtissiers hors pairs qui proposaient des gâteaux au marasquin (oublié), des gâteaux au café SANS chocolat (impossible à trouver en dehors de ceux à la crème au beurre) et autre que le sempiternelle opéra.
Où sont passé ces délices?
J’avais commandé il y a 15 ans chez le pâtissier PERON rue Boulard dans le 14ème à Paris leur spécialité :un gâteau divin à base de café et de meringues, d’une légèreté sans pareille. Mes convives m’en parlent encore 15 ans plus tard!je rêve de retrouver ce gâteau. Si quelqu’un de leur famille a repris une pâtisserie et refait ce gâteau, dîtes-moi vite où, n’importe où en France, j’irai.
15/09/2012
BrunozziUne galette des rois plus que quelconque, avec un feuilletage médiocre…pour un tarif exorbitant, voici le seul souvenir que je garde de cette boutique froide et austère aves des étalages peu garnis.
11/11/2012
JohnJe suis lyonnais, et quand je rentre rentre dans les meilleures pâtisseries de Lyon tout le personnel est AIMABLE, SOURIANT. Chez Gaudard le thème est de faire la gueule et d’être à peine poli.
Les 5 amateurs que nous sommes avons trouvé les 5 petites pièces chosies très bonnes, mais rien à voir ni en qualité, ni en prix avec Bernachon, Tourtillier ou Hirsinger.
03/12/2012
jacquelineTout c« omme vous, j’etais très deçu par S. Gaudard. Je dois dire que je n’aime pas plus — en fait, beaucoup moins — Delmontel. Qu’est-ce qu’on regrette la Patisserie Seurre!
17/01/2013
emmanuelMa contribution: Bûche de Noel Marron-crème amande.
Infâme noyé dans l’alcool (pas mangeable, poubelle), une autre bûche chocolat-caramel beurre salé, beurk! sans saveur et le chocolat digne d’une tablette aromatisé (honte à vous Mr Gaudard).
L’accueil, en boutique est puant donc désagréable, il doit me manquer la carte du club.
Donc je suis déçu, j’aimerai bien connaître autre chose que HERME, HEVIN etc…
22/01/2013
FOURNIEREt bien j’aime la patisserie de Sébastien Gaudard……..
Son magasin est beau, propre
Que la critique est aisée.
05/02/2013
PFAABEt j’ajoute, quelle honte de jeter à la poubelle des pâtisseries que l’on a pas trouvé à son goût alors qu’il aurait été bien plus compréhensible de la donner à quelqu’un qui n’a pas les moyens de se payer ce type de luxe et qui aurait certainement été ravi…
Quel « parisianisme » dans tous ces commentaires acerbes !
16/03/2013
pierre revonJe suis passé suite à l’article d’Emmanuel Tresmontant paru dans « Le Monde ». Je pars à découverte de la carte d’hiver et achète quatre petites pâtisseries servies poliment avec un sourire crispé de convenance… Le Baba au Rhum est bon, le Mussipontain fond allègrement sur la langue pour révéler une certaine pauvreté gustative, les agrumes de la tarte ont presque oublié leur parfum de fruit et, de la tarte aux fruits sec, des noisettes presque rances dominent un caramel à la fleur de sel bien taciturne..
Le décor se veut joli et le tout est décevant.
Quelle mouche a piqué la langue d’Emmanuel Tresmontant?
05/04/2013
nabti faridpour répondre a monalisa j’ai travaillé a la patisserie Péron en 1972et1973 et je me rappelle pas de cet entremet,mais je pourrais faire des recherches et j’ai une certaine idéé de l’entremet que cela pourrais etre étant sur Paris actuelement,je suis nostalgique de mon passage a Paris de cet époque et je recherche cette famille,qui était d’origine de Bretagne,ils avait 2fils et un qui s’appelle Pierre,si vous avez des renseignement j’en serais trés heureux,merçi.