Il n’y aura bientôt plus que la politique pour donner la gueule de bois. Et encore, par intermittence puisque la France vient de montrer que l’alternance était redevenue réalité dans un pays sociologiquement de droite mais sporadiquement de gauche. Les urnes à peine vidées, certains pleurent déjà avant d’avoir mal, d’autres se réjouissent à coups de promesses d’un monde meilleur. En politique, l’ivresse est de plus en plus courte. A table, l’ivresse peut désormais faire pschitt.
Si la politique est un art de la rhétorique qui s’auto-suffit – les mots appellent les maux -, la gastronomie s’en distinguait par la nécessaire dimension expérimentale – les mets appellent les mots. Cette dernière, nous le savons, n’est pourtant pas exempte du faux, du mensonge, de la tromperie. Depuis longtemps, les aromes alimentaires de synthèse viennent tromper nos papilles, et n’est pas truffe tout ce qui sent le cul du sous-bois.
Désormais, c’est l’ivresse qui joue les simulatrices grâce à un petit aérosol bourré d’alcool et dont quelques bouffées suffisent pour vous transporter ailleurs. Avec Philippe Starck comme designer, cet objet pas plus grand qu’un rouge à lèvres fait causer. Pas seulement sur sa forme, mais également sur le fond. Par delà la composition exacte – inconnue – de ce que l’on se met dans le gosier, nous pouvons nous demander ce que vaut cette ivresse de pacotille, aussi fulgurante qu’un bourre-pif, sans convivialité aucune, sans partage. Cet objet est bien pire encore que le binge drinking d’adolescents en mal d’émotions. Il représente la quintessence du faux-plaisir, le mépris de l’essence même de ce qu’est l’ivresse, seul ou à plusieurs : la maturation d’un plaisir, lent et progressif, généralement communicatif.
Les concepteurs du stick se réjouissent que l’on puisse s’évader sans subir les effets néfastes de l’alcool. Contrairement à la politique, il n’y aurait donc plus de lendemain qui déchante, que ce soit sur quelques heures ou pendant cinq ans ! Mais si la gueule de bois prend la poudre d’escampette grâce à ce spray de fausse ivresse, cet aérosol n’est en réalité pas autre chose qu’un godemichet pour alcoolique frigide ! A chacun son vote, à chacun ses plaisirs.
Franck Pinay-Rabaroust
* Cet objet est considéré comme un spray alimentaire nouvelle génération. Chaque pulvérisation dégage 0,075ml d’alcool. Il sera vendu au prix de 20 euros sur Internet.














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