… que comme vous, j’ai envie de m’asseoir et de regarder le ciel. Et de me souvenir que chez vous, on oublie le temps qui passe, loin des tumultes de la ville et de la vie. Certains cherchent en vain leur paradis. Vous, vous l’avez trouvé tout gamin dans les marais de la Brière. En allant chasser le canard, vous avez compris un matin que la nature serait désormais l’endroit où vous vous ressourcerez encore et encore. Même les sirènes parisiennes, le Taillevent, la Tour d’Argent ou le Jules Verne où vous êtes passé, n’ont pas su vous retenir. Et on vous comprend.
Ce petit coin de paradis, vous l’avez pourtant chèrement payé. Parce que vous rêviez comme vous le dites si bien d’une « belle maison avec de beaux objets pour recevoir du monde », vous avez fait d’une bâtisse acquise une bouchée de pain en scellant la vente sur le dos d’un sous-bock, une demeure habitée, où se mélangent inextricablement vos passions du voyage et des oiseaux. Une sorte de cabinet de curiosité grandeur nature où l’œil ne se repose jamais. J’imagine que vous-même y retrouvez parfois avec émotion un objet oublié… Vous avez consacré à cette maison une énergie folle et épuisé les banquiers. Ce qui vous a obligé à toujours avancer sur le fil. Maintes fois, vous avez été aux abois. La perte de l’étoile en 2008 a failli sonner le glas. Mais tel le phénix, l’oiseau légendaire qui renaît toujours, vous avez continué l’aventure. Quitte à y laisser quelques plumes…
Je voudrais également vous dire que j’ai été touchée par votre sensibilité et votre créativité. Vous dessinez, faites de la photo, écrivez ; la cuisine n’étant finalement pour vous qu’un moyen d’expression parmi d’autres. Vous dites avoir envie avant tout de faire passer des messages, des énergies. On ne vous suit pas toujours, mais toujours on saisit votre sincérité. A travers un plat, vous racontez la migration des oiseaux ou exprimez quelque chose qui simplement vous amuse. La cuisine française est comme une nature morte, dites-vous. La vôtre se dessine d’abord au trait, d’un jet. Plat d’un jour ou d’une saison, vous les envisagez avec la même spontanéité, conservant néanmoins, en précautionneux naturaliste, croquis préparatoire et photo de chacun d’entre eux. Ils forment d’inestimables carnets de voyage culinaire auxquels répondent des carnets de route consignés au retour de vos expéditions en Afrique ou en Asie.
Vous qui rêvez d’écrire un roman, sachez que la Mare aux oiseaux raconte une très belle histoire dont vous êtes l’émouvant auteur. Si un jour ce roman paraît, je me ferai un plaisir de venir m’asseoir au bord du marais, pour le découvrir… entre ciel et terre.
Marie-Laure Fréchet
La Mare aux Oiseaux – 162 Fedrun - 44720 Saint-Joachim – 02 40 88 53 01 - www.mareauxoiseaux.fr















7 Responses to “Eric Guérin (La Mare aux Oiseaux), je voulais également vous dire…”
23/05/2012
LaurentJe n’en ai entendu QUE du bien… Hâte de découvrir la table…
23/05/2012
Pascal HenryLe paradis gourmand existe sur terre,une partie se trouve en Brière,caché quelque part dans la mare aux oiseaux.
Très bel article
23/05/2012
Mathilde's CuisineVoyage prévu en juin … hâte …
24/05/2012
Jean-LouisBonjour,
Laissez-moi vous dire, Marie-Laure, que votre style s’adapte à toutes les étapes. A peine avez-vous grimpé le Tourmalet avec les traders généreux et sympathiques de Hof Van Cleve que vous gravissez le Mont Ventoux avec une aisance d’écriture aussi aisée et élégante que ceux qui descendent des Côtes du Rhône. Même si on n’est pas premier dans un état second, que prenez-vous pour nous emmener dans cette mare profonde où le seul risque est de se noyer de plaisir. Avec la légèreté d’un oiseau, votre écriture nous fait découvrir ce qui a du sens, à savoir l’homme. Donc, inutile de nous compter les plats et leur technique, on a vite compris que l’épaisseur humaine de cet homme garantissait sans bouée la qualité de ces mets et l’émotion qui s’y rattache. Atabula vous sortez de l’ordinaire avec le sens que vous insufflez à tous vos articles, dans ce domaine de la cuisine et des produits, se mélangent un panel assez hétéroclite, de frimeurs, de bling bling, de sérieux, de compétents et d’imbéciles. Certains se prennent pour des aigles, d’autres pour des faucons et pourtant les vrais cons sont nombreux, merci de redonner de l’intelligence et de la sensibilité à cette activité gustative où le marketing fait une oeuvre destructrice. Bravo Marie-Laure
24/05/2012
MagalieCe magnifique article (votre style est assez « extra-ordinaire », bravo)me renvoie 3 ans plus tôt lors d’une superbe soirée chez E. Guérin. 3 ans déjà… je sais que depuis, beaucoup de choses ont changé, il faut vite trouver une date!!!
24/05/2012
annick belloneTres bel article sur ce coin de paradis terrestre et de son mentor j’adore y revenir sans cesse pas seulemnt pour manger mais aussi pour l’ambiance qu’on y trouve merci Eric d’etre ce que tu es une bien belle personne…
07/08/2012
Ferdinand BardamuBeaucoup de choses à dire sur ce lieu, découvert il y a quelques jours. Des bonnes, des moins bonnes. Mais rien qui soit susceptible de dissuader quiconque (avec néanmoins un certain budget), autochtone ou de passage, de rejoindre cette île (Fedrun). Et puis il faut soutenir le pari d’ouvrir un lieu esthète en Brière, environnement isolé et longtemps réputé rustaud (je le sais, j’ai grandi à côté) – mais méfions-nous des réputations et, rustaud ou pas, le charme des marais est là. Vous êtes « loin ».
On sent qu’Eric Guérin veut qu’on se sente accueilli, attendu dans son domaine et il a déployé pour cela la matière, végétale et animale. Pas celle de l’assiette qui attendra, mais du jardin sauvage où prendre l’apéritif, non sans disputer l’excellente charcuterie locale qui l’accompagne aux grues à tête couronnée un peu envahissantes, qui la goûtent fort elles-aussi.
Parisien aujourd’hui mais ayant grandi dans le coin de Saint-Naz, comme on dit, je voudrais dire à Eric Guérin toute ma sympathie pour le choix de son personnel, et notamment quelques arpètes que j’ai imaginé regagner Trignac ou Saint-Joachim sur leur 103 Peugeot kitée après le service, tant ils m’ont rappelé quelques souvenirs d’adolescent. Bref, c’est jeune, perfectible dans la tenue comme dans l’aisance, parfois approximatif, mais surtout très frais, sympathique, gentil, plein de bonne volonté et je leur souhaite tous de réussir dans ces métiers exigeants de la restauration dans lesquelles ils s’engagent la fleur au fusil. Je les remercie encore ici de leur accueil.
Pour le reste, oui, c’est bon, et c’est déjà beaucoup. Il semble évident qu’Eric Guérin est un homme généreux, ce qui cependant dans l’assiette peut parfois se traduire par des associations inutiles, dont on se demande si elles ne viennent pas juste en démonstration de la multiplicité des bons produits, mais n’ont pourtant pas grand-chose à faire ensemble. Ce qui est agréable au palais avec l’anguille fumée sur le fois gras laisse circonspect avec ces sardines certes fraiches et succulentes, mais dans la même assiette qu’un pigeon lui aussi parfaitement cuit (rosé) et tendre. Le défaut se retrouve dans plusieurs assiettes, qui donne envie que l’on se recentre au lieu de se disperser. D’autant qu’individuellement, les produits sont tous globalement de très belle qualité, et bien préparés.
Choisissez-bien votre jour pour profiter du jardin, et prenez, et le café dans le salon cosy, et votre temps : le lieu et son équipe le méritent.