Le chou à la crème de chez Popelini se mérite. Trouver tous les parfums disponibles en une seule visite est un défi, en trouver encore ne serait-ce que quelques uns à partir de 18h en fin de semaine relève de l’exploit. Pire, il n’est pas exceptionnel de trouver porte close avant l’horaire normal de fermeture. Par manque de marchandises. Cela énerve, forcément. Et cela interpelle. L’ensemble porte un nom : le marketing de la rareté.
Comme nous le rappelle leur site Internet, « Popelini est une pâtisserie entièrement dédiée aux choux à la crème. Chaque jour, nos choux sont confectionnés de façon artisanale et à partir des meilleurs ingrédients dans notre cuisine derrière la boutique. » Popelini était un pâtissier italien qui, en 1540, inventait ce fameux chou.
Le chou ne date pas d’hier ; le concept de rareté dans le secteur de la consommation non plus. Que ce soit les logiques « de collection » (comme certaines bouteilles Evian, macarons, etc.) ou « de période restreinte » (vente d’un produit sur une brève période, à l’instar de la galette des rois, vendues à prix d’or), ou tout simplement de production en très faible quantité, le marketing de la rareté a fait ses preuves.
Puisque le rare a plus de « valeur » que le banal, l’acte d’achat fonctionne différemment. Ainsi, une étude (Lessne/Notarantonio, 1988) montre que l’on a tendance à acheter en plus grande quantité un produit que s’il était « commun ». Le sentiment de manque revient également plus vite, ainsi que l’envie de s’informer sur ledit produit. En amont même de l’acte d’achat, la rareté influence déjà la perception du produit. Autrement dit, les effets de la rareté influence tout le processus de décision de consommation.
En faisant d’un simple chou à la crème un objet d’exception, Popelini a réussi un petit exploit, à l’instar, dans un autre genre, de Nespresso avec sa petite capsule pleine d’un café dont on ne sait pas grand-chose quant à la composition… Reste la vraie question : chez notre descendant du pâtissier italien, cette rareté est-elle voulue ou subie ? A en croire les vendeuses de la boutique de la rue Debelleyme (Paris 3e arr.), le petit atelier, accolé à la boutique, ne permet pas d’augmenter les volumes de production. Les choses devraient changer avec l’ouverture programmée d’une nouvelle boutique, rue des Martyrs (Paris 9e arr.).
Que la rareté soit maîtrisée ou pas, le chou Popelini est artisanal et diablement bon. Le succès, n’en doutons pas, tient bien évidemment également à la qualité irréprochable du produit. Demeure quand même quelques questions comme la rentabilité d’un tel concept, autour d’un produit « bête comme chou ». Après l’engouement macaron, voilà l’expérience chou. Attendons que le concept se développe pour apprécier sa viabilité. Si tel n’était pas le cas, le concept du rare se rapprocherait du concept de l’éphémère. Une autre forme du « marketing de la rareté », mais beaucoup moins reluisante.
Franck Pinay-Rabaroust















4 Responses to “Tendance – Le chou Popelini, édition (très) limitée”
12/04/2012
Jean-LouisIl y a un certain temps, nous naissions tous dans des choux, la nature déjà injuste n’offrait pas de la crème à tous! maintenant, le marketing de la rareté reproduit le phénomène. Attention tout de même, à ne pas nous prendre pour de la crème, alors nous demander prochainement, d’effectuer un pèlerinage à la bien nommée rue des Martyrs pour faire choux blanc, est un blasphème supplémentaire. Je vais plutôt prier Sainte Blandine pour ses testicules et me passer de la religion pope..lini. Plus sérieusement, il me semble qu’en ces temps de morosité, les gourmands ont besoin de retrouver les goûts d’antan, un concept « gâteaux d’avant » me paraîtrait prometteur, et de redécouvrir après élections, le Russe, la Polonaise, le Puits d’amour voire le massepain et bien d’autres raviraient nos papilles de la nation. Une pâtisserie nommée « Caprices » située rue de Paradis serait un début de campagne prometteur.
14/04/2012
DeborahJe pense que la créatrice du concept ne devait pas s’attendre à un tel engouement… J’adore ces petits Popelini et je m’impatiente de l’ouverture de la nouvelle boutique rue des Martyrs. La boutique a vraiment sa place dans cette rue gourmande.
16/04/2012
AgatheBonjour, pour info la boutique de la rue des Martyrs à ouvert il y a plus de 10jours et j’ai donc eu de la chance de pouvoir tester tous les parfums, ils sont excellents, mais petite préférence pour celui à la pistache et celui au caramel…
30/04/2012
ChrisosJe pense qu’il faut leur laisser le bénéfice du doute. Leurs choux sont très bons et c’est très difficile de prevoir la demande. Comme l’accent est mis sur la fraîcheur et la qualité, cela ne me choque pas.
Pour avoir posé la question chez Hugo et Victor, ils m’ont confirmé que la demande est très volatile d’une semaine à l’autre.
Idem pour la pâtisserie des rêves, même si eux ne fabriquent pas sur plance mais dans leur labo en banlieue…
On est encore loin de la folie Apple, personne ne campe devant les boutiques des pâtissiers pour être les premiers servis en nouveautés.