Pierre Marcolini, un peu fort de café

En rade de capsules Nespresso. Vous savez, ces petits trucs en alu qui font les choux gras de Nestlé. Direction, donc, la boutique de la rue Scribe, juste à côté de l’Opéra Garnier. Ca fait un bail que je n’ai pas mis les pieds à cette adresse. Et là, à la place de ma cave à café, un chocolatier! J’étais pressée, petite déception. Toute petite cependant. Le chocolat, ça me console de n’importe quoi. Les capsules attendront cinq minutes. J’entre chez Pierre Marcolini. Je ne sais pas comment il est le Belge mais son magasin est vraiment très classe. Au moins autant que celui de Nestlé dont il semble avoir pris la place. Les deux œufs géants qui trônent au centre de la boutique m’épatent. Service impeccable… Au fait, mes capsules ! Faut que j’y aille, moi ! Vite, j’achète deux tablettes. C’est un principe. Ne jamais sortir les mains vides de chez un chocolatier. Sur les indications de la vendeuse, je courre à 200 mètres de là, me précipiter dans l’univers Nespresso.

Comme sur les Champs-Elysées, on a l’impression d’entrer dans un salon d’aéroport pour détenteurs privilégiés de la carte gold. Du luxe bling-bling. N’empêche, c’est toujours la queue chez eux. Comme chez Apple, ça fait partie du buzz. Y’a du monde, donc c’est « the place to be ». Dans la file d’attente, une hôtesse très mignonne me propose un carré de chocolat. Je choisis le noir. Horreur ! Il est fourré au vinaigre de framboise ! Mais bon, « cacaophile » de nature, je finis par me pencher sur le rayon chocolat placé judicieusement à proximité du guichet de commande. Après l’hôtesse, c’est mon vendeur de capsules qui en remet une couche : « Du chocolat également ? ». C’est comme la SNCF qui vous propose un hôtel avec le billet. Et si vous refusez l’hôtel, il vous propose une voiture, puis un abonnement… Je lui fais très vite comprendre que j’ai un train à prendre… Euh, non… Que je ne suis pas d’humeur à acheter des petits carrés de chocolat industriel à 7 euros les 75g. J’engraisse déjà Nestlé avec mon café cher et pas écolo pour un sou. Faut pas pousser mémé ! Il me donne vaille que vaille une brochure au design alléchant et me souffle à l’oreille : « Vous savez, un grand chocolatier a élaboré ces tablettes, c’est du très bon. » « Qui ? Dites moi qui a pactisé avec Nestlé ? », je lui demande en commissaire du peuple chocolatophile ? « Je peux pas vous le dire mais il n’est pas très loin d’ici ». Pas possible ! Je sais ! Marcolini !

Mais oui, il s’est marié à Nestlé en 2007. Depuis, il ne le crie pas sur les toits, évidemment. Voilà pourquoi il est installé dans l’ancienne boutique à capsules. Moi qui croyais être tombée par hasard sur du chocolat quand j’étais partie pour acheter ces foutues capsules. Moi qui croyais avoir été guidée par la main du dieu ganache. Tu parles…

En fait, j’ai été victime d’un échange de bons services. Le Bruxellois désirait s’appuyer sur la puissance de frappe de Nestlé pour se développer et le géant de l’agroalimentaire en quête de respectabilité cherchait un nom prestigieux. Qui des deux tire le mieux son épingle du jeu ? Pour les ficelles en tout cas, on s’en doute…

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