Apéro, bordeaux, bobo, le tiercé dans l’ordre (et sans trop de désordre) !

L’apéro, moment sacré… et de plus en plus marketé ! A l’image des « apéros vintage de Bordeaux », créé il y a un peu plus d’un an par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVP) et relancé avec le retour –enfin presque – des beaux jours. Le concept est simple : pour 2 petits euros, tu bois ton verre de vin – les trois couleurs sont disponibles -, moins cher qu’une bière ou même qu’un petit noir en salle, tu écoutes un concert live et, ô merveille, le vigneron est au service. La cible : la jeunesse boboïsante qui fréquente les bars branchés parisiens : le Victoria Cross (1er arr.) le 1er juin, le Plein Soleil (11e arr.) le 8. A venir : la Piscine (18e arr.) le 15 juin, le Café caché du 104 (19e arr.) le 22 juin et le Mécano Bar (11e arr.) le 29 juin.

Fallait bien que les viticulteurs bordelais réagissent un peu car leurs vins restent des stars sur les marchés étrangers mais souffrent d’une image vieillotte – et hors de prix – auprès de la nouvelle génération française, plus tournée vers les « petits vins » du Sud, avec une préférence pour les « bios » et autres vins « naturels ». Et il semblerait que le succès de ces apéros vintage soit au rendez-vous : plus de 1200 verres auraient été vendus le 1er juin au Victoria Cross, pour un public estimé à 400 personnes. Mais que fait la police ? Quant à la qualité du breuvage servi – du bordeaux à 2 euros, la chose est rare -, nous n’en savons rien. Si vous y étiez, n’hésitez pas à nous en toucher deux mots…

Au fait, une telle opération de communication ne relève-t-elle pas d’une forme d’happy hour déguisée, que notre gouvernement – devrais-je dire notre Président – voulait interdire en mai 2008 suite à la remise du rapport de la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie ? Probablement que si… Mais on s’en contrefiche !

Reste que le vrai problème de l’apéro  est ailleurs, du côté du solide : que mange-t-on sans vraiment manger pendant qu’on cause et qu’on boit ? Car la qualité de la grignote est souvent catastrophique, une forme de faux repas dont on néglige et l’apport calorique – les bonnes résolutions attendrons encore un peu – et les produits servis. Combien de 18-25 ans pensent sérieusement que l’apéricube est un vrai fromage (et que les vaches sont rouges avec une boucle d’oreille) ? Allez faire un tour sur le site officiel de la marque et notez le slogan : « Un apéro presque parfait avec Apéricube ». La perfection vue par l’industrie de l’agroalimentaire fait froid dans le dos. Rien de plus convivial qu’un apéro, certes, mais encore faut-il bien penser à ce que l’on mange avec. Le marketing a ses limites.  Apéro, bordeaux, bobo, le tiercé dans l’ordre (et sans trop de désordre) !

© Torsten Schon – Fotolia.com

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