Astérix au McDo, symbole du French paradox !
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Astérix au McDo, symbole du French paradox !

Tout fout le camp et la publicité ne respecte plus rien, même plus nos icones gauloises ! Astérix au McDo, c’est pour beaucoup une horreur, une honte, une impertinence sans nom. La Toile regorge désormais de reproches adressés aux Editions Albert René (qui détiennent les droits) d’avoir négocié avec le clown Ronald et appelle au boycott du Parc Astérix.  Imaginons que, hasard de l’actualité, 300 Roms décident d’investir le McDo du coin avant de retrouver les faubourgs de Bucarest, et la France exigerait non pas seulement la relance de notre économie mais celle d’un vrai et profond débat sur notre identité nationale. Et je n’ose imaginer le durcissement du discours sécuritaire de notre Président. La France a peur et la publicité ne fait que lui montrer l’inexorable déliquescence de ses valeurs. Tout fout le camp, on vous aura prévenu. Et puisque nous ne comptons plus les lois qui ne servent à rien, pourquoi ne pas faire voter un texte qui bannirait tout usage des symboles nationaux par des entreprises étrangères à des fins publicitaires ? N’est-ce finalement pas la finalité cachée de ceux qui font sonner l’hallali contre McDo ?

McDo, premier restaurant de France

Mais la vérité sur cette publicité ne serait-elle pas ailleurs et, à vrai dire, bien plus difficile à accepter. Car celle-ci a au moins un intérêt difficilement contestable : elle met en exergue le décalage de plus en plus grand entre nos pratiques alimentaires et culinaires quotidiennes, et notre discours qui repose en grande partie sur ce qu’il est convenu d’appeler le mythe gastronomique français*.  Car il est bien beau de crier – et de regretter – que le hamburger a remplacé le pot au feu ou le cassoulet mais il faut regarder la vérité en face : le premier restaurant de France, c’est McDo. Chaque jour, ce ne sont pas moins de 1,2 millions de personnes qui vont serrer la main de Ronald, qui lui laissent quelques euros pour apprécier ses menus taillés sur mesure, boire du coca-cola et offrir un cadeau estampillé aux couleurs de l’enseigne à leurs rejetons. Et tout cela sans rechigner et sans y être forcé. Si on fait le compte sur une année, ce sont 438 millions de consommateurs qui se rendent, en France, dans un McDo. Mieux, le marché français constitue, avec un chiffre d’affaires annuel de 2,6 milliards d’euros, le deuxième contributeur des résultats du groupe, implanté dans l’Hexagone dès 1979. Alors il faut bien se rendre à l’évidence : Astérix suit le mouvement plus qu’il ne cherche à l’inciter ! Peut-être me direz-vous qu’il y a encore heureusement les bacchantes d’un José Bové pour porter haut les couleurs nationales. Qui a oublié le démontage du McDo de Millau en 1999, acte totalement illégal que certains assimilent pourtant à un acte de résistance ? Personne, certes, mais depuis, il faut savoir que ce restaurant n’a cessé d’améliorer son chiffre d’affaires. Pire, ce dernier se situe au-dessus de la moyenne nationale. N’est-ce pas la preuve qu’entre nos mots et nos attitudes, il y a un fossé dans lequel la publicité s’engouffre avec délectation pour mieux faire écho à notre schizophrénie culinaire ? The French paradox !

Astérix va où il veut et c’est bien là la force de notre irréductible Gaulois. L’enseigne américaine l’a bien compris et surfe sur cette liberté en choisissant un slogan on ne peut plus évocateur : « Venez comme vous êtes ». Le vrai débat n’est pas d’interdire à Astérix – ou à Tintin, à Bécassine, à Gaston Lagaffe  – de se rendre au fast-food mais de pousser les restaurateurs qui prétendent entretenir et développer la grande tradition gastronomique française à lui redonner envie de franchir la porte de leurs établissements. Avec menhirs, sangliers, cervoises et sesterces. Au fait, dernière remarque : et si Astérix s’était rendu dans un Quick halal, comment aurions-nous réagi ?

*Il faut lire l’excellent livre d’Alain Drouard, Directeur de recherche au CNRS : Le mythe gastronomique français, éd. CNRS.

Je vous invite également à lire l’article des Echos sur “Astérix au McDo : la fausse polémique”, qui montre que cela fait bien longtemps que notre célèbre Gaulois a cédé aux délices publicitaires – Cliquez ici

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