Organic Lafayette : le mauvais goût 100% bio

Les modes changent mais les règles restent les mêmes : vous êtes in ou out en fonction de votre capacité à suivre les tendances. Prenez ce lieu de restauration rapide Organic Lafayette, designé, s’il vous plaît, par Patrick Jouin et Sanjit Manku (Plaza Athénée notamment). Le concept ? Du bio partout, jusque sur les murs et, bien évidemment, on renforce la puissance du discours en expliquant que l’on respecte la saisonnalité des produits. Jusque là, rien à dire.

Mais dès que l’on goûte, tout se complique : à l’exception d’un remarquable pain fabriqué chez le Pain Bio d’Île de France (mais dont le prix est absolument prohibitif – 1,30 euro – pour une boule aussi grosse qu’une bague Chaumet) tout le reste est décevant et facturé à prix fort : une salade de quinoa insipide (7 euros), un flan vanille gelé (4 euros) et, donc, d’une texture caoutchouteuse à en casser sa petite cuillère recyclable, et un café sans relief (1,20, ouf, c’est correct).

Avec une addition grimpant à 13,50 euros, je me dis que pour 2,50 euros de plus, je mange dans un autre monde au Baratin (3 rue Jouye-Rouve, 20e) avec entrée, plat et dessert. Certes, chez Raquel et Philippe, les murs ne sont pas redessinés par Jouin et Manku (loin de là même), et tout n’est pas bio, mais au moins je mange du « vrai », du « bon », avec une cuisinière qui me parle autrement de ses produits que le jeune à casquette (je n’ai rien contre les casquettes, mais là, manque de bol, elles sont moches) de l’Organic Lafayette. Et quand je pense que deux nouvelles ouvertures sont programmées, je me dis que le secteur de la restauration marche sur la tête.

S’attaquer au bio est toujours mal vu. Mais quand va-t-on réellement se demander si le bio a du goût ? En bas de chez moi, j’ai (la chance) d’avoir une boutique bio qui me vend des tomates aussi pâle que les guiboles d’un touriste inuit en short en plein hiver. Et ces tomates, fort logiquement car il n’y a pas de miracle, elles sont dégueulasses. Alors, à quand un label « Bio et bon » ? Un début de réponse : quand quelques personnes influentes oseront dire que le bio n’est pas, en soi, un discours gastronomique mais, trop souvent, une posture marketing qui se fait au détriment de la création culinaire.

Organic Lafayette – angle rue de Charras et rue de Provence ou par le Lafayette Gourmet, 48 boulevard Haussmann – 9e arr. – Ouvert du lundi au samedi, de 8h30 à 21h.

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