Fonctionnement – Le Lavazza lavasse du TGV

« Le bar TGV vous propose un large choix de produits… ». Large au point de vous proposer deux types de café : arabica ou robusta. Et, à la question de la gentille barmaid, soyons francs, nous ne savons pas trop quoi répondre. La tentation est grande de jeter un œil sur la carte géante affichée sur notre droite pour voir où est le piège, mais, c’est bien connu, dans le TGV, tout va trop vite.

Personnellement, je ne m’embête pas et je réponds à chaque fois la même chose : « le moins cher ». Non par pingrerie excessive, mais tout simplement parce que dans les deux cas, je n’ai, dans mon petit gobelet en plastique, qu’une triste lavasse sombre sans aucun goût.

Nous sommes en droit de nous interroger sur la raison qui pousse la SNCF à proposer deux cafés aux origines différentes alors qu’elle pourrait se contenter d’une seule sans perdre un seul client. Dans le rade du coin, sauf exception, vous n’avez pas le choix.  Et même si la qualité n’est guère meilleure, au moins, on ne tente pas de vous intellectualiser le café. Car, entre nous, qui est capable d’expliquer la différence entre un arabica et un robusta ? Personne ou presque. Pas moi en tout cas.

Alors même que les restaurateurs sont de plus en plus tentés par réduire leur carte pour améliorer la qualité de leur plats, que certains boulangers réduisent leur offre pour ne faire que le meilleur*, bref, que la qualité passe de plus en plus par une réduction de l’offre, la SNCF, elle, s’échine à proposer un arabica et un robusta. Certes, certains diront que c’est un détail insignifiant et qu’il y a tant d’autres motifs d’être mécontents des services de notre compagnie nationale (présente dans 120 pays tout de même). Ils n’ont pas tout à fait tort. Mais j’avoue que voyager est un plaisir et qu’un voyage commence toujours par un déplacement physique, en l’occurrence, donc, en train. Cela m’exaspère donc profondément de ne pas pouvoir siroter à 300 kilomètres/heure, les yeux rivés sur le paysage, un excellent café, tendance ristretto napolitain. Est-ce demander la lune ? Il semblerait bien que oui. En changeant de fournisseur il y a quelques années, la SNCF avait promis une amélioration de la qualité. De la quoi dites-vous ?

Ah j’oubliais un élément non négligeable. Notre barmaid adorée oublie bien évidemment de préciser que l’arabica coûte 2,40 euros, soit 30 centimes de plus que le robusta. Autant payer l’eau chaude la moins chère possible ! La prochaine fois, vous pourrez donc dire sans hésiter : « le moins cher ». Et de conclure, comme il se doit entre personnes bien élevées, par un « merci » de circonstance. Car notre pauvre barmaid n’y est pour rien : le discours commercial de la SNCF lui est imposé, et à nous aussi par la même occasion, sauf à boycotter les voitures 4 et 14 de nos si chers TGV. C’est horrible à dire, mais moi, je n’y arrive pas avec, irrémédiablement, cet espoir qu’il soit gustativement meilleur. Je suis – et reste – un doux rêveur. Accro au petit noir, je dois bien me faire une raison : le Lavazza lavasse de la SNCF constitue bel et bien un symbole fort marquant le début de mes voyages ferroviaires.

* Je ne peux m’empêcher de faire référence ici à Christophe Vasseur (Du Pain et des Idées – 10e arrondissement) qui va prochainement arrêter sa baguette pour se consacrer exclusivement à son désormais fameux Pain des Amis,

Haut de page