Georges Larnicol, le « grand pari » du chocolat populaire

Quand on rencontre Georges Larnicol, le doute n’est pas permis pour qui s’y connaît en astrologie. Taureau ascendant taureau, origine bretonne. Ca vous pose un homme. Son histoire a démarré en pays bigouden. Fils de pâtissier, il décide (évidemment) de ne pas l’être. Etudes aux Beaux-Arts et architecture. Tout ça pour, in fine, reprendre les rênes de papa à 31 ans. En 1985, il devient pâtissier et démarre dans le métier. La boutique de Quimper tourne à plein régime. Meilleur ouvrier de France (MOF) en 1993, le fils n’est plus « à papa ». Georges part à la conquête de sa région puis de la France et de Paris. « Pour se lancer à l’international, il faut avoir une vitrine dans la capitale ! » assure-t-il.

Faire du volume

Rapidement, la boutique de l’Odéon est la tête de proue de la marque avec le plus gros chiffre d’affaires de l’hexagone. « J’ai décidé de faire du chocolat accessible à tous et donc pas très cher. Du coup, pour être rentable, il faut faire du volume. J’ai donc choisi un emplacement visible et à très fort passage. » Rideau sur la fabrication de produits fragiles comme la pâtisserie ou les ganaches et haro sur les produits de longue conservation et les produits à forte valeur ajoutée, exceptées ses sculptures en chocolat made in Finistère. C’est, à l’instar de ce que fait Patrick Roger, la caution artisanale de Larnicol.

Avec 23 magasins en France, un chiffre d’affaires en forte progression (60% en prévision pour 2011), la maison se porte très bien, merci! Le taureau breton fonce, porté par sa devise: « Believe in yourself ! ». C’est banal mais peu osent comme lui. Lancement d’une deuxième fabrique à Menton, ouverture de restaurants à Paris avec au menu du homard bleu et du kig-ha-farz -sorte de pot-au-feu breton- et création de deux usines de masse de cacao au Brésil et aux Etats-Unis. Il voit grand et loin : « Si la Chine se met à manger du chocolat comme nous, on va très vite avoir des problèmes d’approvisionnement. Ces usines, c’est le prix à payer pour être indépendant du marché ! », explique-t-il. L’empire Larnicol s’étale comme une bonne pâte à tartiner. Il rêve de faire connaitre au monde son nom comme une marque de chocolat artisanal et grand public. Il s’affiche alors avec des projets fous: une régate avec des bateaux en chocolat grandeur nature, vous y croyez-vous ? Lui, oui. C’est prévu pour cet été. Belle opération de communication en perspective ! Le petit pâtissier bigouden est en fait un businessman talentueux et précurseur. Le Bocuse du chocolat avec les étoiles en moins ?

Sans personnalité

Côté boutique, c’est l’empire du chocolat en vrac, à l’image des bonbons a la boulangerie ! Le bonheur de retomber en enfance en choisissant du chocolat chez un MOF. Des macarons colorés, des sculptures qui font saliver les yeux. Pourquoi les servir comme de vulgaires bombons ? Fausse modestie ? Vraie trouvaille ? Le mieux, c’est de goûter, de me servir alors que j’adore être conseillée. Tant pis, allons-y. Des biscuits, pas de ganaches mais des pralinés sous différents formes, du chocolat brut en morceaux, des mendiants appelés ici galets en référence à ses origines bretonnes, différents fruits secs enrobés, etc…Bof, très bof, du chocolat grand public, sans relief ni personnalité. Certains s’en tirent mieux que d’autres comme les chocolats d’origine. Les conditions de conservation en plein air n’augurent rien de bon. En revanche, je suis tombée sous le charme de la grossière truffe appelée « la boule à jojo » – preuve qu’ici on ne se prend pas au sérieux. Le croquant de la crêpe dentelle mélangée à la pâte de noisette croustille sous la dent. Je teste enfin la kouignette, soi-disant un must de la maison, sorte de kouig an am décliné en 16 saveurs. J’opte pour le caramel au beurre salé. Je finis laborieusement. Très gras et trop sucré. Un gâteau étouffe chrétien sans subtilité : une recette plus faite pour les pêcheurs  bretons que les bobos parisiens. Passons aux macarons. Texture ok, une coque un peu molle. Saveur citron et framboise très réussie mais parfois il m’a fallu goûter plusieurs fois pour reconnaître l’arome ! Paraît que les colorants sont naturels et la ganache sans crème au beurre. J’en doute.

Bref, si mon palais reste sur sa faim, mes poches, elles, s’en tirent mieux. 4 euros 50 les 100g de choc’. Pas cher pour du chocolat artisanal dans le ghetto de la bourgeoisie. Avec ces prix gentils, Georges Larnicol attire une autre clientèle que celle de ses classieux voisins (Patrick Roger et Pierre Cluizel). Bien vu pour le coup.

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