Acteurs – 2e volet – La cuisine-spectacle à son paroxysme (à propos de la soirée organisée par les Lundis de Fulgurances)

Dans certains restaurants, gare à ne pas oublier veste et cravate pour pouvoir dîner. Aux Lundis de Fulgurances, soirée organisée par Sophie Cornibert et Hugo Hivernat (des anciens d’Omnivore) basée sur le principe qu’un second de cuisine crée un menu gastronomique éphémère, point de beaux habits obligatoires. En revanche, n’oubliez pas votre appareil photo (mieux encore, votre Iphone 4 !), sauf à vouloir passer pour l’idiot de la soirée. Pour la prochaine fois, si vous n’êtes ni blogueuse tendance, ni foodies délurés, ni en lien étroit avec l’une de ces deux mouvances, sachez qu’il y a fort à parier que vous vous retrouviez tout(e) seul(e) à votre table, en plein milieu du repas. Pourquoi ? Parce que la vedette – le chef – vient de prendre place en salle, face caméra (il y en a, et plusieurs !) pour dresser un plat. Et sachez également que cela se répète plusieurs fois et, réflexe moutonnier, vos convives s’en iront de plus belle, l’arme à images au poing. La cuisine-spectacle a ses codes.

Savoir manier le zoom semblait donc aussi important (peut-être même plus pour certaines personnes) que de savoir goûter la cuisine de Willy, le second de Kobe Desramaults (In The Wulf, Dranouter, Belgique). C’est un peu comme si nous étions sur le plateau de Cuisine.tv, en live intégral, dégustation comprise. Où est le mal me direz-vous ? Nulle part ai-je envie de vous répondre, sauf à bien comprendre que ces Lundis mélangent – avec une certaine habileté – la dimension « gastronomique » (les chefs invités sont probablement de futurs grands chefs, dans leur style…) et la dimension « happening » spectaculaire et participatif. Comprenez bien que vous n’êtes pas au restaurant, mais dans un studio où l’on enregistre chacun de vos gestes, en cuisine comme en salle. D’ailleurs, est-ce vraiment un hasard si le lieu choisi se nomme le Kitchen Studio ? Difficile d’imaginer meilleure enseigne pour ces soirées.

Néanmoins, je crois que le « mal » est, au final, plus pernicieux. Ayant eu la chance d’être présent à leur deuxième soirée (chef invité : Nicolas Guiet, aux Combustibles ; mars 2010), j’avais réellement apprécié la convivialité des tables et des participants et, en fin de repas, les conversations se nouaient d’autant plus facilement que le vin (de chez Robineau) était généreusement versé. Là, outre une convivialité discutable dans l’assiette (cf le billet de Gaston Friton), les convives (qui ont déboursé 75 euros pour l’accord mets-vins) n’ont guère goûtés aux plaisirs de l’échange avec leurs voisins d’un soir. C’est à se demander si cette population « foodies », jeune et jolie, n’a pas oublié tout simplement d’être « bonne vivante ».  Dès la dernière bouchée avalée, tous les participants ont quitté la salle de spectacle en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Pour eux, le principal était ailleurs : goûter un peu, photographier et filmer beaucoup (les souvenirs sont dans la « boîte »), voir et se faire voir. Demain, les photos et les vidéos seront sur Internet. Et c’est bien là l’essentiel.

Franck Pinay-Rabaroust

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