Soirée « Tumult » au Trianon : quand Coca-Cola vise les foodies

Pour parler d’une soirée, il vaut mieux y être ; c’est un minimum professionnel (que certains critiques ne semblent pas avoir, mais il s’agit d’un autre débat, lancé assez récemment sur Atabula d’ailleurs…). Je l’avoue donc, j’ai cédé il y a peu à la tentation d’un dîner de presse, vous savez, ces opérations «communication» organisées par des agences bien rodées à l’exercice de séduction. L’objet commercial de cette soirée ? Point de chocolat qui me fait courir le tout Paris (et bien au-delà du périphérique),  mais une sorte de Champomy pour adultes, lancé par la marque américaine Coca Cola.

Pas de quoi rêver.

Evidemment, ce n’est pas avec un nouveau soda qu’ils m’ont alpaguée. Pour dire vrai, un nom m’a fait craquer : Jean-François Piège, le médiatique chef étoilé. Quel rapport avec ma marotte chocolatée ? Top Chef ! Je m’en suis rendue compte après, en feuilletant un de mes carnets. Je prends des notes tout le temps et même devant la télé. Jean-François Piège, membre du jury, avait donné ce petit conseil fort juste lors de la finale : «Pour les plats salés, il faut choisir le chocolat comme un condiment et pas forcément le cuisiner.» Je sais, il m’en faut peu pour tomber sous le charme. Enfin, là, je déchante. Vendre son image à un soda fait par Coca Cola, il y a de quoi s’étonner de la part d’un Piège qui fait salle comble chez Thoumieux, son gastro de poche et dans sa brasserie attenante made by Costes.

Communiquer vers les foodies

Pour ma part, j’ai pris tous les avantages qui « s’offraient » à moi : échanger quelques mots avec le chef (qui est bien obligé de jouer le jeu du commercial VIP !) et déguster ses plats dans un cadre aussi prestigieux qu’inhabituel : le théâtre du Trianon (18e arr. de Paris). Joli coup, chère agence de com, même s’il faut, dans ce genre de soirée, autant juger les présents que noter les absents pour voir si la cible visée a répondu à l’appel… En l’occurrence, la blogueuse tendance – peu regardante sur la puissance invitante et les conséquences inhérentes à ce genre d’exercice – était fortement représentée dans cet happening culinaire. Coca-Cola et ses représentants cherchent d’ailleurs à communiquer sur cette population foodies peu consommatrice aujourd’hui de leurs produits. Les Lundis de Fulgurances (www.fulgurances.com) ont d’ailleurs accepté un partenariat qui prendra la forme d’un « placement produit » lors des trois prochaines soirées « Les seconds sont les premiers ».

Imaginez le théâtre du Trianon privatisé pour une vingtaine de convives, un banquet créé rien que pour nous et dressé sur scène. Nous voilà acteurs ! A nous de déguster et d’évaluer le mariage des plats avec notre soda de luxe. Foie gras au pop corn, riz de veau façon hot dog, fondant sous le palais, esquimau à la noix de coco et j’en passe, le tout servi dans un panier d’ouvreuse. Rien que pour la galette de turbot aux morilles, ça valait le déplacement. Le chef, disponible, ne boude pas son plaisir (l’homme joue le jeu, c’est tout à son honneur…). Il trouve à qui parler, déclinant son menu à l’envie, pour des amateurs ravis de rencontrer une des toques les plus en vue du moment.

Le soda dans tout ça ? Une sorte de bière blanche sans alcool, à base de pomme, de poire et d’orge. Pas désagréable, il devrait rencontrer, force de frappe cocacolesque oblige, son petit succès estival. Et nous, devant nos assiettes alléchantes ? Nous avons surtout bu du champagne, du vrai, et du vin calme, rouge, non moins savoureux ! Voilà certainement le paradoxe de ces soirées de communication où l’on vous « vend » un produit – une boisson américaine sans alcool – sans même oser vous l’imposer à table. Le champagne est, dans un tel cadre, un ambassadeur bien plus convainquant. Comprenne qui pourra…

Cadre unique, menu original, ce restaurant éphémère fut en soi une expérience artistique à forte longueur en bouche. Mais pour celles et ceux qui l’aurait oublié, le passage au vestiaire était obligatoire et signait la fin du rêve. Personnellement, j’en avais presque oublié le pourquoi de ce banquet, la présence de ces hôtes et cette amabilité du chef, jusqu’au moment où les organisateurs vous tendent un dossier de presse et un paquet contenant les deux bouteilles de « Tumult », la marque qui m’a arrosée ce soir-là.

Violaine Vermot-Gaud

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