Quand Alexandre Gauthier fait le coup du lapin…

L’événement fait le plein chaque année. Le Channel, scène nationale de Calais, propose chaque année des repas spectacle, nés de la rencontre entre Alexandre Gauthier et un artiste invité. Le chef s’est cette fois plié aux facéties de deux magiciens et a créé l’illusion d’un repas à la frontière du réel.

Pour assister à ce dîner, ils font la queue dès 6h du matin, un dimanche, guettant l’ouverture des réservations. Et c’est peu dire que les trois soirs (et exceptionnellement cette année un déjeuner) se jouent à guichet fermé.  Le public fidèle du Channel, la scène nationale de Calais, ne manquerait pour rien au monde ce qui constitue en quelque sorte le point d’orgue de la manifestation « Libertés de séjour », une résidence d’artiste à qui on confie le lieu et la programmation pendant trois semaines. Alexandre Gauthier, le chef de la Grenouillère à La-Madeleine-sous-Montreuil, qui signe aussi la carte du restaurant du Channel, les Grandes Tables, se joint chaque année à l’événement et imagine avec l’artiste un repas hors normes. Le public se souvient encore avec émotion de l’édition 2011,  le « dîner des petites mécaniques » orchestré par François Delarozière,  et des plats servis par de curieuses machines.

Il s’agissait cette fois d’un trio avec les magiciens Etienne Saglio et Raphaël Navarro, représentants de la « magie nouvelle », un courant qui veut sortir la magie du divertissement et en faire un véritable langage artistique. Pour son fondateur, Raphaël Navarro, cette collaboration avec un chef était l’occasion non pas de proposer « de la bonne bouffe et des tours de carte, mais de travailler sur la narration d’un repas ». En jouant sur le visuel, mais plus rare dans la magie, aussi sur le goût.

Des lapins… en tartare

Installés sur une structure ovale à deux étages, les convives vont aller de surprise en surprise : un poisson rouge dans le verre à eau, une serviette en dentelle… de betterave,  le dessert en entrée (profiterole à la pomme, sauce… boudin noir). Avec la complicité des serveurs, vrais pour certains, magiciens pour d’autres, le repas glisse alors doucement vers le burlesque. Tandis que surgissent de sympathiques lapins au milieu de la scène, arrive dans l’assiette un tartare. De lapin…? Les convives l’apprendront à la fin. Comme le souligne laconiquement Raphaël Navarro, « la  colombe et le lapin sont les deux animaux incontournables de la magie. Il fallait cuisiner l’un des deux… ». Mais plus que les tours de passe-passe qui animeront le repas, c’est l’illusion de reconnaître ou non ce que l’on mange qui va surprendre. Car le goût s’en trouve mystérieusement faussé…

Outre le public, conquis d’avance, la rencontre a séduit et le chef, toujours partant pour flirter avec l’extrême, et les magiciens, qui on trouvé chez lui un « vrai sens artistique ». Au point, pour Raphaël Navarro, d’imaginer déjà monter avec sa Cie 14 :20 et Alexandre Gauthier un spectacle plus abouti encore autour d’un « repas magique ». Qui a dit qu’il ne fallait pas jouer avec la nourriture ?

Marie-Laure Fréchet

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