Communication – Comment émerge médiatiquement un restaurant : l’exemple des Grès, du chef Jérôme Bigot

Il y a quelques mois encore, le restaurant Les Grès n’existait pas. Son chef, Jérôme Bigot, n’avait encore aucune accointance avec l’univers de la restauration professionnelle. L’homme peignait et gagnait correctement sa vie à coups de pinceaux. Mais, depuis janvier 2012 et l’ouverture de son établissement perdu dans l’Yonne profonde, Jérôme Bigot fait parler de lui, et pas qu’un peu. Quelques blogueurs, des journalistes de L’Express, de France Inter et d’autres, accrédités par des médias à forte audience, ont fait le déplacement… Certes, la qualité de la cuisine est au rendez-vous mais chacun sait que cela ne suffit pas pour que les médias s’enflamment pour une modeste adresse de province. Il y a donc un plus à forte valeur ajoutée. Et ce plus, en l’occurrence, trouve sa source dans des rencontres arrivées au bon moment.

Complémentarité des canaux d’information

Si la passion de la cuisine est ancienne chez Jérôme Bigot, la rencontre avec Sophie Cornibert, cofondatrice de la plateforme éditoriale et événementielle Fulgurances, a été essentielle. « Notre rencontre s’est faite via le réseau social Facebook, d’abord autour de la musique, puis, au fil des échanges, nous avons parlé cuisine » explique Sophie Cornibert. En janvier 2010, elle organise un événement sur le thème de Freaks et demande à Jérôme Bigot d’intervenir côté cuisine. Le peintre impressionne grâce à un menu génial et décalé, réalisé en un rien de temps. Dans son élan, et après quelques autres agapes de belle tenue, il déclare son envie d’abandonner la peinture – il en vit correctement, mais estime qu’il ne dispose pas du bagout commercial suffisant – pour ouvrir un restaurant. Cela ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde qui lui assure qu’elle sera là pour l’accompagner, forte de son expérience et de ses réseaux amicaux et professionnels. « Avec Sophie et Hugo, l’autre cofondateur de Fulgurances, il s’est très vite installée une confiance réciproque. Ils m’ont accompagné dans le type de restauration à réaliser, sur de nombreux éléments qui forgent l’identité d’un restaurant. Les Grès sont vraiment le fruit de ces échanges et de ce rapport basé sur la confiance » précise Jérôme Bigot.

Lorsque le restaurant ouvre en janvier 2012, le site des Fulgurances a fort logiquement déjà réalisé un billet pour annoncer l’événement. Ne reste plus alors qu’à activer les réseaux pour créer le buzz. Stéphanie Biteau, consultante culinaire, animatrice du blog Cookcooning et amie des Fulgurances, se rend à Lindry quatre fois en moins de deux mois. Les Fulgurances y fêteront leurs deux ans d’existence en compagnie de Stéphanie Biteau et Laurent Vanparys de Gastros on tour. Rapidement, la presse traditionnelle flaire la bonne adresse et prend le relais, notamment François-Régis Gaudry de l’Express (et de France Inter) ou l’influent critique Andréa Petrini. Suivront beaucoup d’autres journalistes, mais aussi blogueurs et autres « bavards du net » qui reviendront tous ravis de leur expérience bourguignonne, avec mots et photos à disperser sur les réseaux sociaux. Jérôme Bigot souligne l’importance de la complémentarité des canaux d’information : « Si les blogs et les réseaux sociaux me ramènent une clientèle parisienne, amatrice de tourisme culinaire, la presse nationale influence beaucoup plus la clientèle locale. La semaine, je remercie la presse nationale de remplir ma salle, le weekend, je remercie Internet. »

Et que serait-il passé sans cet « accompagnement » des Fulgurances ? Si Sophie Cornibert souligne que le chef dispose de son propre réseau chez les viticulteurs, Jérôme Bigot reconnaît que cela a tout accéléré. « Je m’étais donné un an pour faire le point. Ma priorité était de développer d’abord la clientèle locale, de faire un premier point en octobre 2012, puis de voir ce que je devais faire pour passer à la vitesse supérieure. Là, tout va très vite, jamais je n’aurais pu imaginer un tel engouement et une telle exposition médiatique » sourit celui a choisi ce petit village bourguignon pour fuir les loyers démentiels de la capitale.

Producteurs locaux et recrutement

Si le cas des Grès ne constitue pas un exemple facilement reproductible en termes de visibilité médiatique, il révèle néanmoins la capacité de quelques personnes à provoquer des réactions en chaîne et repose fondamentalement la question, par delà les hasards des rencontres, des choix pour un restaurateur de la bonne communication à mettre en place pour émerger médiatiquement. Jérôme Bigot ne se pose plus cette question-là. D’autres contraintes se présentent à lui, comme maintenir son engagement de ne travailler qu’avec des producteurs locaux et, surtout, recruter quelqu’un pour garder la cadence.

Franck Pinay-Rabaroust

Les Grès – 9 rue du 14 Juillet – Lindry (Yonne) – 09.52.31.64.10

Les Fulgurancesfulgurances.com

(Crédit photos – Stéphanie Biteau – www.cookcooning.com)

Voir le commentaire (1)
  • Un très bon exemple de l’effet « accélérateur à particule » des réseaux sociaux pour l’ouverture d’une nouvelle adresse… mais quid de l’effet inverse, lorsque les réseaux sociaux transforment un lancement en échec cuisant…? (sans mauvais jeu de mot 🙂

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