Marcel Richaud et son côte-du-rhône primeur : c’est nouveau mais c’est bon

Une affiche criarde, encadrée de raisins en plastique, invite à fêter le beaujolais nouveau. On tombe alors sur un vin médiocre, dégusté dans une brasserie sans relief, sous le regard bovin d’un serveur doté d’une amabilité qui n’a d’égal que l’infâme saveur du saucisson qui l’accompagne, soit disant pistaché, suintant de mauvais gras, reposant tristement sur un morceau de baguette moulée, molle, et beigeasse. Les lipides tapissant la langue offre une protection bienvenue à la farouche agression du breuvage, et la texture cotonneuse du pain soulage rapidement les papilles. Il paraît que c’est une fête ! L’expérience est passablement cruelle, mais quand on cherche la merde…

On n’est pas nécessairement obligé de se jeter sur ces vins industriels, juste pour le plaisir de les critiquer et d’assassiner cette région. Le beaujolais possède des vignerons de grand talent, Lapalu, Vionnet, Lapierre, Foillard, etc… Ils font des primeurs de caractère, bons, plaisants et qui n’ont pas le goût de banane. Ce sont des vins simples et joyeux, permettant d’égayer sensiblement ce mois de novembre parfois un peu terne. Ils doivent juste être bu pour ce qu’ils sont.

Beaucoup d’autres régions prennent part à cette fête. Parmi les belles cuvées bien plaisantes, il y a le muscadet  nouveau de Jo Landron, le Vertige de la famille Paire dans les côtes roannaises ou comme l’illustre l’image qui habille ce post, le côte-du-rhône primeur du domaine Marcel Richaud.

Principalement issu de grenache, avec un peu de syrah et une touche de carignan, ce vin a un nez marqué par les fruits noirs avec des notes de réglisse. En bouche, beaucoup de densité, de concentration mais aussi de fraicheur. C’est un vin agréable, racé et facile, qui remplit précisément son rôle.

Aucune mention sur l’étiquette, car la commission d’agrément a pris l’habitude de le déclasser en vin de table pour « manque de typicité ». Cette année, il l’a eu, ce qui amène Marcel Richaud à se demander ironiquement si son 2012 est vraiment bon. Il faut néanmoins souligner l’ingratitude de ces commissions, à l’égard de ce vigneron exigeant, qui sait se servir de sa notoriété pour mettre en avant l’appellation cairanne, et qui sait partager avec générosité son expérience à ses jeunes collègues.

Marcel et son équipe officient sur une cinquantaine d’hectares cultivés en bio, avec des terroirs bien distincts permettant un encépagement varié pour un rendement global de 35hl/ha. Grande attention apportée aux sols, raisins vendangés à maturité, tri très sévère, utilisation de levures indigènes, fermentations lentes, pas de filtration ni de collage et une utilisation minimale du soufre, voire nulle sur une cuvée. De ce vin nouveau jusqu’à « L’ébrescade », la grande cuvée parcellaire, l’ensemble de la gamme est cohérent, irréprochable et unique dans l’appellation.

Stéphane Pugnat

CDR primeur du domaine Marcel Richaud – 7 euros en moyenne chez les bons cavistes

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