Quand manger alimente nos peurs

Il n’y a plus un jour où médias et réseaux sociaux ne se font l’écho d’un nouveau « scandale alimentaire ». Ce scandale, conséquence de la globalisation, ne connaît ni frontière, ni origine géographique bien déterminée. Accumulation oblige, il se tricote doucement une nouvelle peur alimentaire occidentale post-moderne. Après la crainte antique de la pénurie, l’émergence des réglementations sur la qualité sanitaire des produits alimentaires*, puis les réactions contre la malbouffe généralisée, voilà venu le temps d’une peur sur la tromperie liée à la qualité de la marchandise. Et, plus largement, sur la capacité de notre société à contrôler ce que nous mangeons.

Fait intéressant, nul n’est à l’abri de cet emballement médiatique, industrie agroalimentaire ou haute gastronomie. Avant-hier la vache folle et l’e-coli, hier le cheval qui se prend pour un bœuf, des tartes au chocolat contaminées par des bactéries fécales ou une souris découverte entière dans une boite de conserve. Aujourd’hui du riz OGM avec des gènes de foie humain (aux États-Unis) et des intoxications en pagaille au restaurant Noma (Danemark). Le pire et le meilleur peuvent être cloués aux piloris sans jugement ni distinguo.

Par delà les questions de responsabilité – floues et multiples –, il semble important de se demander s’il y a réellement une augmentation des risques et, corrélativement, une réduction de notre sécurité alimentaire. Là encore, il semble bien difficile de répondre à cette question sous l’angle épidémiologique puisque qualité et quantité des contrôles ont évolué avec le temps. Comparaison ne serait pas raison et, ne l’oublions pas, la science médicale ne trouve… que ce qu’elle cherche.

Reste à aborder le pourquoi de l’actuelle surabondance d’information sur la qualité de nos produits alimentaires. Deux angles, différents mais complémentaires, peuvent constituer une bonne piste d’explication. D’une part, le bien-manger s’impose comme une question de société de tout premier plan. Sous cet angle, ce n’est pas tant le risque qui augmente, mais sa perception par la société dans son ensemble. D’autre part, il faut bien rappeler le fonctionnement du système médiatique qui n’aime rien tant que l’« effet loupe » en grossissant tel ou tel sujet en fonction d’intérêts parfois peu ragoûtants.

Manger chez soi des lasagnes Findus, goûter une tarte au chocolat chez Ikéa ou déguster des huitres chez Noma implique un risque. A chaque fois, le geste est le même : ingérer un aliment dont on ne connaît rien ou si peu du circuit qui l’a mené jusqu’à notre assiette. Actuellement, les médias nourrissent nos peurs alimentaires jusqu’à l’écoeurement. Manger est avant tout un acte de confiance. Et ce périmètre de la confiance n’a jamais été aussi restreint.

Franck Pinay-Rabaroust

* Belgique (1830), Allemagne (1870), Grande-Bretagne (1875)

Pour en savoir plus : l’ouvrage « Histoire des peurs alimentaires », de Madeleine Ferrières (2006)

Voir le commentaire (1)
  • Bonjour,
    Eh oui, la confiance, le manger c’est de la confiance, comme l’économie, et si on fait le rapprochement, les crises ne font que commencer, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

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