Champagne Selosse : « Après le vol, pourrir la filière des revendeurs de faux champagne ! »

Anselme Selosse, célèbre vigneron champenois a récemment subi un vol important de bouteilles de champagne et d’étiquettes dans ses entrepôts à Avize. Entretien avec un homme qui privilégie la...

Anselme Selosse, célèbre vigneron champenois a récemment subi un vol important de bouteilles de champagne et d’étiquettes dans ses entrepôts à Avize. Entretien avec un homme qui privilégie la transparence pour protéger sa clientèle.

Atabula – Votre volonté est manifestement de communiquer le plus largement possible sur le vol que vous avez subi dans la nuit du 21 au 22 mars. Pourquoi ?

Anselme Selosse – Ma volonté est de pourrir au maximum la filière qui va chercher à écouler mes bouteilles et qui, surtout, va se lancer probablement dans de la contrefaçon des champagnes Selosse puisque des étiquettes ont été volées. Cette volonté de transparence qui est la mienne n’est pas sans conséquence puisque ce vol risque de créer un doute chez le client qui veut acheter du champagne Selosse. C’est un risque que j’assume au service de mes clients. D’ailleurs, je réfléchis à changer très rapidement d’étiquette pour réduire tout risque de confusion.

Qu’est-ce qui a été volé exactement ?

Outre quelques palettes de bouteilles, les voleurs ont pris 16 000 étiquettes – 14 000 de la cuvée Initiale et 2 000 de la cuvée Version Originale –, 12 000 collerettes et 2 500 coiffes. En revanche, ils n’ont pas volé les contre-étiquettes. En outre, nos bouteilles sont en verre noir. Deux éléments qui devraient rendre la contrefaçon plus difficile.

Les voleurs semblaient particulièrement bien équipés…

Ils ne sont pas venus avec une simple camionnette dans laquelle on ne peut prendre que deux palettes. Ils avaient un camion avec un hayon qui leur a permis de tordre le détecteur qui se trouve sur le toit de l’entrepôt et de ne pas utiliser notre chariot élévateur. Incontestablement, ils étaient bien informés sur ce qu’ils venaient chercher chez nous.

Quel est le coût économique du vol ?

Il est relativement faible, de l’ordre de 0,9% de notre stock. Notre production annuelle est de l’ordre de 57 000 bouteilles. Nous ne sommes donc absolument pas fragilisés par ce délit. Le risque, je le répète, est plus sur le discrédit lié à l’écoulement de fausses bouteilles sur le marché.

L’ampleur et la bonne organisation de ce vol montrent la volonté de certains d’obtenir à tout prix vos bouteilles. Est-ce que cela vous surprend ?

Cette pression, nous la ressentons chaque jour de plus en plus. Depuis un an, la demande est exponentielle avec, forcément, des marchés fortement insatisfaits. En Russie, l’allocation totale n’est que de 180 bouteilles. À peine dix fois plus en Grande-Bretagne. Dans les palaces parisiens, les Russes commandent des bouteilles de Selosse dans leur chambre. Ils ne les ouvrent pas et les glissent directement dans leurs bagages. Certes, c’est flatteur de voir de tels comportements, mais cela crée des frustrations pour tout le monde.

Est-ce la première fois que vous subissez un tel vol ?

En France, il y a eu d’autres histoires mais anecdotiques. En revanche, il y a eu des vols rocambolesques en Italie. En novembre dernier, les voleurs ont fait des trous dans les murs d’un entrepôt ultra-sécurisé pour aller chercher quelques palettes de champagne Selosse. Avec un endoscope (petite caméra, ndlr), ils ont trouvé la bonne zone de stockage, ont cassé un autre mur et volé toutes les palettes. Sauf la dernière qui cachait la cellule de détection de mouvements. Ce qui est étonnant, c’est que le lieu était rempli d’autres grandes bouteilles d’alcool. Mais les voleurs n’ont pris que nos bouteilles et rien d’autre.

Ce vol, chez vous à Avize, constitue-t-il un traumatisme pour vous-même et vos équipes ?

Il faut relativiser. Certes, c’est un lieu où il y avait de la richesse, mais personne n’a été violenté, notre intimité n’a pas été touchée. Quand vous êtes vignerons, vous avez l’habitude de perdre beaucoup en quelques minutes, avec la grêle ou le gel. Là, c’est un vol mais nous devons supporter des coups durs comme cela. Sinon, il ne faut pas être vigneron.

Faviconfondblanc20g Propos recueillis par Franck Pinay-Rabaroust

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