Cuisine et numérique : un art appli…qué

L’iPad entre dans la cuisine. Le succès de l’Appli Pâtisserie ! montre le potentiel des applis, dans la foulée des livres de recettes. En adaptant le best-seller de Christophe Felder, les Editions de La Martinière renouvellent le genre et innovent en proposant un assistant culinaire.

C’est ce qu’on appelle un best-seller. Plus de 120 000 exemplaires, publiés en cinq langues et en cours de traduction en chinois et en japonais. Le livre de Christophe Felder, Pâtisserie ! est le genre de livres dont rêvent tous les éditeurs. Sorti en  2010, il regroupe neuf tomes de « leçons de pâtisserie » ; soit 900 pages de recettes pas à pas, expliquées par le pâtissier alsacien. Le succès de sa version appli est plus inattendu. A l’inverse du marché du livre de cuisine, extrêmement florissant, celui du livre numérique (et celui de l’appli) est encore émergeant et mal connu des éditeurs. Pourtant, dès sa sortie, l’appli Pâtisserie ! s’est classée en tête des ventes, toutes catégories confondues. Elle a, depuis sa sortie en mars, était téléchargée plusieurs milliers de fois.

Christophe Felder
Christophe Felder

Ce succès, elle le doit à un positionnement intelligent. « Aux Editions de La Martinière, nous proposons des livres de qualité, haut de gamme, explique Antoine Cam, qui a accompagné le projet.  Nous souhaitions donc proposer une appli qualitative, qui apporte autre chose que la simple copie numérique du livre. L’idée était aussi de profiter de la tablette pour développer des outils. Et de proposer un véritable assistant culinaire. ».

Un nouveau marché

L’appli se révèle effectivement très pratique. Dosage des ingrédients en fonction du nombre de convives, liste de courses interactive, minuteur, commande vocale pour tourner les « pages » simplifient (et décomplexent) la réalisation. Sans parler des vidéos mettant en scène le pâtissier lui-même. « Les vidéos, c’est souvent assez froid ou ringard, commente-il. Je voulais qu’on ait l’impression d’être à la maison ».  On y voit un Felder décontracté, donnant réellement l’impression que pâte à brioche et macarons sont à la portée de n’importe quel marmiton.

La réalisation de l’appli a nécessité un an et demi de travail. Le projet a été facilité par les contenus tirés du livre, notamment les photos. C’est Nord Compo qui a été chargé de son développement. Une entreprise du nord de la France spécialisée dans le prépresse et prémédia depuis quarante ans et qui a pris rapidement le virage du numérique. Aujourd’hui leader sur ce marché, elle travaille déjà avec Solar, les éditions Ouest France et Ducasse, dont elle réalise la version numérique des ouvrages. La plupart du temps, il s’agit cependant de livres homothétiques, c’est à dire reprenant le contenu à l’identique.

Outre son apport technique, Nord Compo a apporté sa compétence en matière de community management. « C’est un marché nouveau et les éditeurs manquent encore d’expérience dans le numérique, » explique Arnaud Lecompte, en charge de ce secteur. La sortie de l’appli a ainsi été relayée sur une dizaine de blogs (soit 70 000 vus) et promue par un concours, via ces blogs, permettant de gagner des cours de cuisine avec Christophe Felder.

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Pas sans le livre ?

Il est encore trop tôt pour  savoir si le développement d’une telle appli va se révéler intéressante financièrement, et pour l’éditeur et pour l’auteur. Le coût de fabrication reste conséquent. « Nous avons reçu des propositions entre 20 et 75 000 € », note l’éditeur sans vouloir être plus précis. Les droits d’auteur se négocient eux sur la base d’une vente d’appli = un exemplaire papier. Le livre est vendu 40 €, l’appli 5,49€.

Écran de l'appli
Écran de l’appli

« Si cela ne marche pas,  on perdra certes de l’argent, mais toujours moins qu’avec un livre, commente Arnaud Lecompte. On ne pilonne pas une appli. »  Les premiers constats sont néanmoins encourageants. « La plupart de ceux qui achètent le livre achètent l’appli et réciproquement, note Antoine Cam. Je pense que les deux vont cohabiter. Les gens ont envie d’acheter le livre pour le feuilleter et le poser sur la table du salon. » Les autres doivent oublier qu’ils posent un iPad à 600 € à côté du paquet de farine, souligne non sans ironie Arnaud Lecompte…

L’auteur se dit lui aussi satisfait, même s’il était plutôt sceptique au départ. « Avec cette appli, on devrait toucher un autre public. Cela me donne envie d’adapter ainsi mes autres livres. Mais je pense que le livre passe avant. C’est son succès qui va déterminer celui de sa déclinaison numérique. Et personnellement, je ne veux pas faire une appli pour faire une appli. Pas question de faire de l’abattage. On ne va pas faire de mauvaises appli comme on fait de mauvais livres. »  L ‘éditeur a lui déjà d’autres développements dans ses cartons, notamment avec Sophie Dudemaine. La Martinière travaille également sur un projet inédit et uniquement numérique avec un chef. C’est encore top secret, mais cela montre, si besoin est, que la cuisine va devenir un art appli… qué.

Marie-Laure Fréchet

 

 

 

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