Entretien avec Florent Ladeyn, finaliste de l’émission Top Chef : « J’ai compris que j’avais un instinct de cuisinier»

Charismatique et talentueux, Florent Ladeyn a réalisé un très beau parcours jusqu’à la finale de l’émission Top Chef. Retour avec le chef de l’Auberge du Vert Mont sur l’émission, son image et sur ce qu’il a appris.

Atabula – Pourquoi avez-vous voulu participer à l’émission Top Chef ?

Florent Ladeyn – À vrai dire, je n’avais rien demandé. C’est M6 qui m’a téléphoné pour me demander si cela m’intéressait de faire l’émission Top Chef. En 2011, la production m’avait déjà contacté pour l’édition 2012. J’ai passé les tests en cuisine – sans trop d’encombres – puis il y a eu l’entretien pour expliquer pourquoi je voulais faire l’émission. Avec beaucoup d’humour, j’ai répondu : « pour le business ». Quelques semaines après, on m’a rappelé pour me dire que ça n’allait pas le faire. Explication : j’étais trop heureux et je n’allais pas réussir à toucher la corde sensible du public.

Et on vous a rappelé pour l’édition 2013 de Top Chef…

C’est à peu près ça, oui. L’an dernier, la journaliste Julie Andrieu a fait une halte à l’Auberge du Vert Mont accompagnée d’une personne que je ne connaissais pas. A la fin du repas, cette dernière me demande si cela me tenterait de participer à Top Chef. Forcément, je souris et la discussion s’engage. Trois jours après, la même personne que j’avais eu en 2011 me rappelle et me demande de revenir faire le casting. On connaît la suite.

Et là, ça passe ?

Toujours avec beaucoup de recul, je leur dis en rigolant : ne pas me prendre la première fois, c’était une erreur. La reproduire, ce serait une faute professionnelle. J’arrive au test cuisine sans aucune pression et un peu à l’arrache. Un pigeonneau, quelques pommes de terre. Pas de jus, rien. C’est simple mais bon. Les autres étapes se sont enchainées naturellement. Et j’ai été retenu !

Mais vous, pourquoi avoir voulu participer à l’aventure Top Chef ?

Que ce soit à Paris ou ailleurs, il est toujours important de savoir communiquer pour montrer son travail. A Boeschèpe, nous travaillons très bien depuis 2011 mais il me semblait important de vitaliser notre image. Ensuite, l’envie de me frotter à d’autres candidats me tentait bien. Toujours bien de se situer par rapport à d’autres professionnels.

Avez-vous eu peur de la caricature et que l’on vous enferme dans une image du cuisinier chti ?

D’emblée, j’ai bien expliqué cela : je ne suis pas chti. Comme je n’ai pas un accent à couper au couteau, c’était plus simple à faire comprendre. Après, il ne faut pas être dupe. S’il y a un casting, c’est que nous devons entrer dans des cases. A toi de savoir dans laquelle on cherche à te mettre. Pour moi, c’était assez évident : le terroir. Je suis le cuisinier du terroir. Une image champêtre qui me convient bien. Le vrai danger, c’est de vouloir sortir de la case dans laquelle tu as été placé en amont de l’émission. Là, a priori, tu ne feras pas long feu.

Et cette image du chef-terroir, vous avez cherché à la cultiver au fil des émissions ?

Le rythme est bien trop intense pour calculer quoi que ce soit. On est pris dans un bouillon permanent. Très vite, vous êtes dans une bulle dans laquelle vous êtes conditionné. Face caméra ou pas, vous êtes dans une immédiateté de la réaction, sans penser à ce que le téléspectateur va penser de vous. J’ai néanmoins toujours veillé à ne pas abuser d’un langage trop fleuri car il s’agit d’une émission de divertissement. Et puis je me disais tout le temps : pense à tes grands-parents qui regardent l’émission !

Votre cuisine a-t-elle évolué grâce à l’émission Top Chef ?

Ma cuisine a beaucoup évolué depuis 2010, année où j’ai repris le Vert Mont. Mais il faut bien comprendre qu’il est difficile d’entendre les conseils des chefs pendant l’émission car vous êtes dans l’action. En revanche, j’ai apprécié qu’un chef comme Thierry Marx sache rester longtemps après l’extinction des feux pour discuter cuisine et vous donner des conseils. Là, c’est enrichissant.

Vous citez Thierry Marx. Quels rapports avec-vous eu avec les chefs qui font partie du jury ?

Ils sont tous différents, avec leurs qualités et leurs défauts. Professionnellement, ils sont tous respectables. Humainement, je veux souligner le fait que des chefs comme Ghislaine Arabian et Thierry Marx sont exactement les mêmes face caméra et hors caméra. On aime leur style ou pas, mais ils ne trichent pas.

Et vous, personnellement, qu’avez-vous retenu de Top Chef ?

J’ai appris que je pouvais cuisiner dans toutes les situations. Que j’avais un véritable instinct de cuisinier. Quelque soit l’épreuve, je n’ai jamais eu de trou noir, ces moments difficiles où vous êtes désemparés. C’est là où tu comprends que tout ce que tu as emmagasiné pendant des années te sert à quelque chose.

Est-ce que l’émission Top Chef a boosté la fréquentation de l’Auberge du Vert Mont ?

Désormais, c’est dimanche midi tous les jours ! Mais nous tournions déjà très bien avant, grâce à la presse locale qui avait largement repris mon titre de Jeune Talent Gault & Millau en 2011. Disons qu’aujourd’hui, qu’il fasse beau ou pas, nous remplissons le restaurant, avec une capacité d’environ cinquante-cinq couverts par service.

Le risque désormais est de ne pas garder les pieds sur terre après l’aventure Top Chef…

Je suis parfaitement entouré ! La famille, les copains et Julie, ma femme. Tout le monde est là pour m’encadrer et me recadrer si besoin. En cuisine, mon second – qui est également mon cousin – est parfait dans son rôle. Mais il est vrai qu’il faut bien avoir les pieds sur terre car personne ne peut nous préparer à ça. C’est hallucinant le pouvoir de la télévision. Mais tant que je continue à rouler dans ma Peugeot 205 rouge, je sais que je ne suis pas sorti du droit chemin.

Propos recueillis par Marie-Laure Fréchet et Franck Pinay-Rabaroust

Crédit photo – Marie-Laure Fréchet – Atabula

L’Auberge du Vert Mont – Boeschèpe (59) – 03 3 28 49 41 26 – Lien vers le site

Afficher les commentaires (2)
  • J’aurai souhaité que ce soit Florent Ladeyn qui gagne Top Chef 2013. Le sort en a décidé autrement. Evidemment de l’autre côté de ma télé je ne pouvais dire quel plat me plaisait gustativement plus qu’un autre. Mon souhait tien surtout au fait de la personnalité des deux candidat. J’ai trouvé Florent Ladeyn beaucoup plus humble, humainement respectueux et respectable. J’aurais aimé que son travail soit récompensé avec ces 100 000€ mis en jeu, pour lui permettre de réaliser ses envies. Maintenant, j’espère que sa notoriété le lui permettra malgré tout. Je lui souhaite ainsi qu’à sa femme et leur petit, une belle vie heureuse …

Laisser une réponse

Votre adresse mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Haut de page