Cuisine et cinéma : Boris Vian passe à table

Actuellement au cinéma, l’adaptation du roman L’Écume des jours, de Boris Vian, est l’occasion de mettre un coup de projecteur sur le cuisinier Jules Gouffé, connu comme  l’ « apôtre de la cuisine décorative » et incarné par Alain Chabat. Il va sans dire que les décorateurs du film se sont régalés…

Un pâté d’anguille tout droit sorti de la page 638 du Livre de cuisine de Jules Gouffé. Un andouillon des îles au porto musqué, purement inventé par Boris Vian. Le roman L’Ecume des jours s’ouvre sur les fumets de la cuisine de Nicolas (alias Omar Sy), cuisinier de Colin (Romain Duris) et ardent disciple de Gouffé, qui lui a réellement existé. Ce cuisinier et pâtissier, qui œuvra au XIXe siècle, est passé à la postérité culinaire pour son livre rassemblant quelque 500 recettes, illustrées par des  chromolithographies et des planches explicatives. Une débauche de pâtés et terrines, galantines et pièces montées, plus élaborés les uns que les autres, qui se sont révélés une manne pour les décorateurs d’un film dont les premières scènes montrent un délirant festin. « Nous nous sommes inspirés du Livre de cuisine, mais aussi d’autres livres des années 50 aux photos colorisées », raconte Stéphane Rozenbaum, chef décorateur de L’Ecume des jours. Particularité des plats reconstitués : ils sont tous réalisés à la main, en tissu et matériaux de récupération. « C’est un souhait du réalisateur, Michel Gondry. Il est végétarien et trouve que la vraie nourriture, ce n’est pas très photogénique. » L’option a donc été prise de réaliser une cuisine de décor, quitte à prendre au mot Gouffé lui-même, puisqu’il est justement connu pour avoir porté au sommet l’art d’une « cuisine décorative », sans doute plus belle à contempler qu’à goûter.

Cuisine cinéma Vian 2Plats animés

Au total, c’est une trentaine de plats plus délirants les uns que les autres qui ont été fabriqués par Bénédicte Charpiat, assistée de Coralie Avignon. « Ce n’est pas de la bidouille de court-métrage, comme on a pu le lire dans certaines critiques, commente l’accessoiriste. Je peux vous assurer que nous avons travaillé avec des équipes hyper pointues. » Elle-même s’est en particulier appuyée sur le département « animation » du film, notamment pour donner vie aux fameuses anguilles que l’on attrape à l’aide d’un dentifrice à l’ananas, avant de les déguster encore bien frétillantes dans l’assiette.

Michel Gondry lui-même y est allé de ses inventions, en particulier lors de la fête d’Isis de Ponteauzanne, où l’on sert de délicieux petits fours façon… fours de cuisine miniatures. Les pièces réalisées ont bien sûr été conservées. Une partie est actuellement présentée au Musée des lettres et manuscrits, à Paris, qui consacre jusqu’à fin août une exposition à L’Ecume des jours. Bénédicte Charpiat a quant à elle commencé la rédaction d’un livre de recettes imaginaires autour de ces plats fantaisistes. Joli trait d’union entre un écrivain et un cuisinier. Entre les mots et les mets.

Marie-Laure Fréchet

Lien vers le site du Musée des Lettres et Manuscrits

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