Le Verre Volé : le verre de moins

Verre vole

Le Verre Volé est une institution parisienne, en bordure du Canal Saint-Martin (10e arr.), appréciée de longue date par les amateurs de vin nature. Il y a quelques mois, cette cave à vin rudimentaire s’est muée en restaurant, proposant une cuisine simple basée sur le produit. Ca ne casse pas trois pattes à un canard, mais la clientèle répond présent et le succès semble au rendez-vous.

Mais il y a un point noir qui gâche l’expérience. Lequel peut sobrement être qualifié de sectarisme ou d’idiote intransigeance. Lors d’un récent repas, outre quelques verres de vin, il a été demandé un jus de fruit. La maison n’en sert pas. Un sirop pour un enfant ? Négatif. Devant notre étonnement, il a été froidement répondu que « l’endroit n’est pas fait pour cela. Il y a de l’eau et rien de plus pour les femmes enceintes, les enfants et ceux qui ne veulent pas de vin. » Cela a été prononcé sans une once de gêne, ni même un semblant d’excuse de ne pas satisfaire la moitié de la tablée.

Nul doute que certains défendront ce point de vue, au nom de l’identité du lieu et du libre choix du gérant. Cela peut se défendre. D’autres, dont je fais partie, s’irriteront devant cette attitude parfaitement ignorante – et ouvertement méprisante – de la diversité de la clientèle. Lors de ce même service – un dimanche midi -, plusieurs enfants ont été réduits à prendre de l’eau. Les femmes enceintes peuvent également gentiment aller se faire « boire » ailleurs.

Se revendiquer comme cave à vin est une chose, et la sélection vineuse du Verre Volé est en tout point respectable. Mais il est inacceptable de ne pas proposer à sa carte ne serait-ce qu’un choix réduit de boisson non alcoolisée. Il en existe de belle qualité, parfaitement recommandable. L’adresse ne perdrait rien de son identité. Mais c’est semble-t-il bien trop demander à cette institution parisienne arc-boutée sur le vin nature. Une position aussi dogmatique que ridicule. Pour une partie de la clientèle, le Verre Volé se résume surtout au verre manquant.

Franck Pinay-Rabaroust

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